Al-Ahram Hebdo,Monde | Veillées pré-électorales tendues
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Pakistan. La levée de l’état d’urgence, le 15 décembre, à la veille du lancement de la campagne officielle des élections législatives prévues le 8 janvier, ne dissipe pas les doutes en un scrutin qualifié à l’avance de « manipulé » et « frauduleux ».  

Veillées pré-électorales tendues 

Le président du Pakistan, Pervez Musharraf, a tenu sa promesse. Après un mois et demi d’appels internationaux à lever l’état d’urgence décrété sur le pays, Musharraf l’a enfin levé, le 15 décembre, comme il l’avait promis, à la veille de la campagne officielle des élections prévues le 8 janvier. Un pas visant à dissiper les doutes sur la régularité des législatives. Malgré la levée de l’état d’urgence, les rues pakistanaises demeurent, cette semaine, désespérément ternes dans un pays plongé dans le chaos politique depuis mars dernier. Chacun des 46 partis politiques du pays a son symbole sur les murailles du pays : la bicyclette pour celui qui soutient M. Musharraf, la flèche pour celui de Mme Bhutto, le tigre pour l’ex-premier ministre aussi, Nawaz Sharif ... « Aucun des partis politiques n’est sincère quand ils parlent d’améliorer la vie des gens et nos espoirs en eux se sont envolés », déplore un citoyen pakistanais.

Selon les experts, Musharraf a bien choisi la date qui lui permet de faire d’une pierre deux coups. D’une part, il a prouvé à son peuple et à la communauté internationale sa bonne volonté de tenir des élections justes dans un climat démocratique, comme il l’avait dit lui-même : « Je m’engage devant le peuple et devant le monde à tenir des élections absolument équitables et transparentes ». D’autre part, Musharraf a déjà réalisé tout ce dont il rêvait sous l’état d’urgence : un mois et demi lui a permis de bouleverser le paysage politique en sa faveur alors qu’il était sur le point de perdre les rênes du pouvoir. Les acquis qu’il a accumulés lors de ces 45 jours sont en effet innombrables : il a réussi à museler l’opposition en arrêtant la plupart de ses opposants, il a imposé aux médias une large censure, démis de leurs fonctions les plus hauts magistrats qui lui étaient hostiles, installé un ordre judiciaire docile qui lui a prouvé sa loyauté en rejetant tous les recours déposés contre sa candidature à un nouveau mandat présidentiel et enfin il a réussi à former, sous l’état d’urgence, un gouvernement intérimaire fidèle, chargé de préparer le scrutin. Quelques jours avant la levée de l’état d’urgence, le gouvernement a définitivement mis à la retraite anticipée 37 juges (les 13 évincés de la Cour suprême ainsi que des magistrats des Hautes Cours de justice des différentes provinces) et introduit des amendements à la Constitution qui interdisent de contester devant des tribunaux les mesures prises en vertu de l’état d’urgence. Le gouvernement a même promis que les 37 juges destitués ne seront jamais réintégrés, certains demeurent même en détention dans leurs résidences.

 

Des doutes sur la sincérité du scrutin

En effet, cette mise en place d’un gouvernement fidèle et d’un ordre judiciaire docile remet fortement en cause la sincérité des élections à venir, estiment l’opposition et les défenseurs des droits de l’homme qui jugent que M. Musharraf manipulera les élections pour obtenir les deux tiers des sièges, la majorité qui lui permettra d’amender la Constitution. Preuve de la mauvaise intention du président : il a pris soin de proscrire par avance tout recours en justice contre les mesures définitives prises sous ce régime d’exception, notamment l’éviction des plus hauts magistrats du pays, qui lui étaient hostiles. « La soi-disant restauration de la Constitution promise par Musharraf prévoit aussi de légaliser a posteriori les mesures prises sous l’état d’urgence qui ont permis de museler la presse et les avocats et octroyé à l’armée la possibilité d’abuser de ses pouvoirs en toute impunité. Le véritable retour à l’ordre constitutionnel serait de restaurer la loi fondamentale et l’ordre judiciaire tels qu’ils existaient avant le 3 novembre, date de l’état d’urgence », affirment les experts politiques. Rejetant toutes les allégations concernant une manipulation du scrutin, le président Musharraf a ironisé cette semaine : « Certains leaders politiques parlent d’élections manipulées alors que celles-ci auront lieu le 8 janvier. Ils parlent de tricherie alors que la campagne n’a même pas commencé ».

Quoi qu’il en soit, la levée de l’état d’urgence n’est pas de nature à rassurer les électeurs à l’approche du scrutin, qu’un chef des combattants islamistes proches d’Al-Qaëda a déjà promis de « perturber ». A quelques heures de l’abrogation de l’état d’urgence, un énième attentat suicide a tué trois civils et deux soldats devant un poste de contrôle d’une caserne dans le nord-ouest du pays. En effet, l’année 2007 a connu un record absolu en terme d’attentats perpétrés par les islamistes proches d’Al-Qaëda et des Talibans, qui progressent également militairement dans le nord-ouest du pays, en particulier dans les zones tribales frontalières avec l’Afghanistan. Près de 700 personnes ont été tuées cette année dans tout le pays dans cette vague sans précédent d’attentats, quasi exclusivement perpétrés par des kamikazes.

Selon le premier grand sondage rendu public depuis la proclamation de l’état d’urgence le 3 novembre, les deux tiers des Pakistanais souhaitent que le président Pervez Musharraf démissionne, et ses alliés devraient recueillir moins d’un quart des suffrages lors des élections législatives du 8 janvier. « Ce sont véritablement les pires résultats pour Musharraf. Sa cote était nettement supérieure il y a encore un an », estiment les analystes pakistanais. A la question de savoir qui serait le mieux à même de résoudre les problèmes du Pakistan, 31 % désignent l’ex-premier ministre Benazir Bhutto, chef du principal parti de l’opposition, 25 % l’ex-premier ministre Nawaz Sharif, récemment rentré d’exil, comme Bhutto, et 23 %, ensuite, citent le nom de Musharraf. Pour ce qui est des législatives, le Parti Populaire Pakistanais (PPP) de Bhutto est crédité de 30 % des intentions de vote, la formation de Sharif de 25 % et celle de Musharraf de 23 %.

Soulignant la vivacité de l’opposition à Musharraf, 2 000 juristes ont tenu, la semaine dernière, un rassemblement à Lahore, dans l’est du Pakistan, pour réclamer le rétablissement dans leurs fonctions des juges de la Cour suprême, limogés par Musharraf. Scandant des slogans hostiles à Musharraf, des milliers d’avocats ont déchiré sur leur passage plusieurs dizaines d’affiches électorales de candidats du parti soutenant Musharraf. Quant aux deux leaders de l’opposition, Benazir Bhutto et Nawaz Sharif, ils restent profondément divisés et n’arrivent pas à s’unir derrière une menace de boycott des élections. Voilà que ces deux principaux mouvements viennent d’annoncer leur participation aux élections. Reste à suivre leur campagne électorale et leurs promesses à un peuple déçu.

Maha Al-Cherbini

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