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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Arts

Théâtre. Un Jour de juillet, une adaptation égyptienne de Peer Gynt d’Ibsen, qui vient d’être présentée au théâtre Al-Balloun, met en valeur une unité de la culture humaine, surtout lorsqu’il s’agit du drame du héros problématique.

Une belle coloration égyptienne

Adapter Peer Gynt la célèbre pièce d’Henrik Ibsen dans notre langage de tous les jours est une vraie gageure. On pourrait au départ craindre des disparités de culture et d’ambiance : de la Norvège dans le Nord à la campagne égyptienne, il y aurait une grande différence. Mais somme toute, les constantes humaines ne sont-elles pas les mêmes ? L’ambition, l’avidité, la sexualité ? Et même l’imaginaire, ce monde parallèle qui vit dans l’esprit des hommes et éveille les fantasmes. Ne sont-ils pas communs à tous ? De toute façon, transcrire Peer Gynt, le transposer dans un village d’Egypte et faire de cette œuvre musicale une opérette bien de chez nous n’est pas une chose facile d’où, au départ, la nécessité de souligner un succès notable. Celui de l’adapteur, Said Haggag, qui est aussi l’auteur si l’on relève cette égyptianisation si réussie.

La pièce d’Ibsen relate la chute et la rédemption d’un paysan norvégien. Les critiques occidentaux la considèrent comme une pièce douce-amère racontant l’histoire d’un anti-héros parti défier le monde, qui rate tout ce qu’il entreprend et découvre seulement à la fin combien il est seul. L’amertume est le point final de l’histoire. Un retour vers une sorte de piété et de spiritualisme qui semble être plus une résignation qu’une vocation mystique au vrai sens du terme.

Dans notre pièce Peer Gynt c’est Bahi, un enfant du village, très peu adapté à cette ambiance faite de chaleur et de convivialité mais cachant aussi toutes sortes de conflits, de jalousie et de haine. Traditions, décors, musique, danse et chansons, puisqu’il s’agit d’une opérette, reflètent cette atmosphère rurale que l’on connaît bien ici. Mais c’est surtout la notion dramatique : la tristesse diffuse de la campagne égyptienne, ces lamentations, ce noir, chez les femmes, notamment Hakima, la mère de Bahi qui révèle une tradition presque une prédisposition au deuil : un deuil pour un événement passé et celui anticipant l’aventure de Bahi. Mais que dire du héros problématique ? S’il est égyptien, il découle quand même de Peer Gynt : le passage par l’aliénation, la psychose, toutes sortes d’aberration.

Un des aspects les plus spectaculaires de la pièce est cette sorte de descente aux enfers. Dans l’œuvre d’Ibsen, le héros, à la recherche d’aventure et d’amour, se retrouve dans un monde de trolls et de démons. Le fantastique nordique a été bien rendu avec l’émergence du monde des djinns, on est alors dans une atmosphère très Mille et une nuits. Le décor est saisissant, les danses aussi, cet humour qui atténue la monstruosité et l’épouvante du contexte où l’homme, Bahi (resplendissant) en l’occurrence, paraît plus futé que les démons. Dans cet intermède qui pourrait n’être qu’un rêve de Bahi, il y a une sorte de critique et de dérision du pouvoir absolu. Le roi des djinns ressemble bien à Ubu, roi d’Alfred Jarry. Et dans ce rêve, Bahi retrouve dans la fille du djinn un double de sa bien-aimée qu’il a perdue à force de s’aventurer dans un monde du mal : Rouh Al-Hayat, appellation qui veut dire (l’esprit de vie) et qui relève aussi de l’imaginaire conté par Shéhérazade.

Dans ce parcours tortueux, Bahi avait commencé par déshonorer sa promise, fait inadmissible dans la campagne égyptienne. Un choix gratuit, le mal pour le mal. En fait, un homme et surtout un héros de ce type qui serait bien un héros de notre temps, n’est pas conséquent. C’est le point de départ d’une chute voulue. Elle figure aussi dans Peer Gynt, mais elle a un accent plus tragique dans le contexte égyptien qu’a su bien rendre l’adapteur.

C’est l’alibi parfait pour plus d’insertion dans un monde de brigandage. Le héros d’Ibsen se rend au Maroc, où il fait fortune dans l’esclavage. Son navire, contenant toutes ses richesses, lui est volé par son partenaire en affaires. C’est le même succès et échec de Bahi mais transposé dans la modernité de l’affairisme. Ici, on retrouve des hommes qui sont la caricature des grands profiteurs de l’Infitah menant alors à l’occidentale, difficile transition pour ces gens de la campagne égyptienne, puisque c’est le même groupe de personnes d’abord hostiles à Bahi, puis devenant ses suivants et acolytes, en attendant de bondir sur lui, qui le suivent en permanence même lorsqu’il passe par l’asile. Evidemment, ils ne le suivent pas lors du retour sur soi fait de solitude. Seul le rejoint Aïn Al-Hayat. Mais a-t-elle vraiment existé ? Un vœu, un souhait ... Lorsque le rideau tombe, c’est le noir.

Un des avantages de la pièce qu’a su rendre avec beaucoup de succès le talentueux metteur en scène Mohsen Helmi, c’est ce contraste entre un schéma somme toute tragique et une opérette où la musique, le chant et la danse ont beaucoup d’entrain et de vivacité. La diversité et l’imagination dominent, grâce aux musiciens et danseurs de la Troupe nationale de musique populaire. Et ce contraste n’est-il pas en fait l’expression de la vie telle qu’elle est ? Un jour de juillet, permet aussi au chanteur Ahmad Ibrahim qui a joué le rôle de Bahi de mettre en valeur une belle voix orientale Nayyéra Aref, l’insaisissable amoureuse, est aussi un talent émergent. Laïla Gamal, Hakima, célèbre star, a incarné avec maestria une triste mère, sans oublier les poèmes de Said Al-Faramawi et la musique de Mohamad Baher.

Deux mondes qui se rejoignent. D’ailleurs Ibsen est bien amoureux de l’Egypte et dans Peer Gynt il y a une scène au Caire où le héros s’adresse au Sphinx : l’origine première du mystère de la vie et des hommes.

Ahmed Loutfi

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L’opérette Fi yom fi chahr fi sabéa (un jour de juillet) sera reprise en janvier à l’occasion des vacances scolaires de la mi-année.

 




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