Al-Ahram Hebdo, Arts |Un parcours riche et nuancé
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Arts

Exposition. A la faculté des beaux-arts de Zamalek, une rétrospective de 50 ans d’art du grand artiste Nagui Shaker nous permet d’apprécier une œuvre d’une grande variété. Jusqu’au 2 janvier.

Un parcours riche et nuancé

Lorsqu’on évoque le nom de Nagui Shaker, vient à l’esprit automatiquement l’opérette d’Al-Leila Al-Kabira (la grande nuit du mouled) comme faisant partie intrinsèque de son nom. Cette opérette qui comme son nom l’indique raconte une soirée du mouled avec humour et distance a fait tabac en son temps et continue à donner cette sensation de bonheur et de grand art à des générations successives. Elle a fini par faire partie de« l’âme de l’Egypte ». Et ce n’est pas employer de grands mots que d’en parler ainsi. Cette opérette constituée de marionnettes confectionnées par Nagui Shaker avec la musique de Salah Jahine et les poèmes du grand poète du dialectal Sayed Darwich touche les cœurs encore et toujours. Personne n’avait cru au moment de sa création qu’elle aurait cet énorme succès, à commencer par son créateur Shaker qui reste encore étonné. Une œuvre d’art de 1960 d’un jeune théâtre des marionnettes qui a, à peine deux ans, ému tous les cœurs, ceux des grands avant les petits. Reprise d’une courte œuvre pour la radio, la Grande nuit du mouled se donne régulièrement à la télévision et sur les planches du théâtre rencontrant malgré les technologies modernes et l’évolution des mentalités, le même accueil.

Pourtant, son créateur reste un homme modeste, qui ne parle pas trop de ses exploits. Et ils sont nombreux ! Il suffit de faire le tour de cette rétrospective de 50 années de son œuvre pour se rendre compte combien nous nous trompons en résumant Nagui Shaker à une seule grande œuvre. A la faculté des beaux-arts où il enseigne la scénographie depuis de nombreuses années, il reste proche de ses étudiants qui vont et viennent sans interruption, avec dévotion, dans cette grande salle d’exposition où nous pouvons suivre son parcours ô combien riche et nuancé. Calme et serein, Nagui Shaker est un passionné de l’art et de sa valeur qui peut faire évoluer l’être humain. Toutes les opérettes pour les marionnettes qui ont précédé comme Al-Chater Hassan et suivi Al-Leila Al-Kabira racontent le périple et les vœux de justice face aux périples de la vie. Souvent inspirées des Mille et une nuits, elles essayent de retrouver la verve du passé dans un habit de modernité. Dans Homar Chéhabeddine (l’âne de Chéhabeddine), dont les splendides poupées sont exposées dans la salle d’exposition, les valeurs de la justice et de l’équité sont à l’honneur. Un chanteur métamorphosé en âne parce qu’il n’a voulu dire que la vérité tombe amoureux de Rihana, la fille du pauvre bûcheron, propriétaire de l’âne. Cet âne qui l’aide à se défendre et à se cantonner à la vérité et à la justice pour redevenir le bel homme qu’il était et épouser sa fille.

Mais Shaker ne se contente pas de puiser dans les Mille et une nuits, en critiquant les temps modernes comme il le fait d’habitude, il fonce toujours vers de nouveaux horizons. Ainsi pouvons-nous voir L’Enfant et l’oiseau où les masques et les enfants deviennent les acteurs principaux de ce spectacle où les enfants créent la trame autant que l’auteur. Ce sera en 1972 à Bucarest et ce spectacle sera tout aussi apprécié par les grands et les petits. Mais, à Rome, il change de moyens d’expression, et crée un film expérimental également L’été 70 et ce, alors qu’il était boursier pour une thèse de doctorat en Italie. Un film où chaque séquence se suffit à elle-même tout en se prolongeant avec la précédente. Ce film créé en coopération avec un réalisateur italien permet à chacun d’entre eux de démontrer son point de vue dans la continuité du film. « J’ai senti que la caméra pour ce film serait mon moyen de prédilection pour enlever à la réalité son image traditionnelle et pour inciter l’œil, la raison et le sentiment à voir la réalité autrement .», écrit Nagui Shaker, exposant une partie de son périple italien.

Car Shaker est parti dans de nombreux pays et a fait de nombreuses découvertes artistiques. En Egypte ou à l’étranger sur une scène de théâtre avec les pièces de grands dramaturges comme Tewfiq Al-Hakim et Alfred Farag, au cinéma en créant les costumes et les décors d’un film de grand renom Chafiqa et Métoualli avec la grande Soad Hosni pour ne citer que ceux-là, à la télévision, Shaker crée du beau.

Mais il reste qu’une salle d’exposition, quel que soit son espace, ne suffit pas à nous donner à apprécier l’œuvre de ce grand artiste. Nous restons sur notre faim en espérant que l’exposition qui sera donnée à la Bibliotheca Alexandrina au printemps prochain nous permettra de mieux apprécier les œuvres de cet artiste, qui a toujours fait de grandes choses sans trop de bruits. Pour enchanter nos âmes dans ce monde qui perd de sa beauté.

Soheir Fahmi

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