Exposition.
A la faculté des beaux-arts de Zamalek, une rétrospective de
50 ans d’art du grand artiste Nagui Shaker nous permet
d’apprécier une œuvre d’une grande variété. Jusqu’au 2
janvier.
Un parcours riche et nuancé
Lorsqu’on
évoque le nom de Nagui Shaker, vient à l’esprit
automatiquement l’opérette d’Al-Leila Al-Kabira (la grande
nuit du mouled) comme faisant partie intrinsèque de son nom.
Cette opérette qui comme son nom l’indique raconte une
soirée du mouled avec humour et distance a fait tabac en son
temps et continue à donner cette sensation de bonheur et de
grand art à des générations successives. Elle a fini par
faire partie de« l’âme de l’Egypte ». Et ce n’est pas
employer de grands mots que d’en parler ainsi. Cette
opérette constituée de marionnettes confectionnées par Nagui
Shaker avec la musique de Salah Jahine et les poèmes du
grand poète du dialectal Sayed Darwich touche les cœurs
encore et toujours. Personne n’avait cru au moment de sa
création qu’elle aurait cet énorme succès, à commencer par
son créateur Shaker qui reste encore étonné. Une œuvre d’art
de 1960 d’un jeune théâtre des marionnettes qui a, à peine
deux ans, ému tous les cœurs, ceux des grands avant les
petits. Reprise d’une courte œuvre pour la radio, la Grande
nuit du mouled se donne régulièrement à la télévision et sur
les planches du théâtre rencontrant malgré les technologies
modernes et l’évolution des mentalités, le même accueil.
Pourtant, son créateur reste un homme modeste, qui ne parle
pas trop de ses exploits. Et ils sont nombreux ! Il suffit
de faire le tour de cette rétrospective de 50 années de son
œuvre pour se rendre compte combien nous nous trompons en
résumant Nagui Shaker à une seule grande œuvre. A la faculté
des beaux-arts où il enseigne la scénographie depuis de
nombreuses années, il reste proche de ses étudiants qui vont
et viennent sans interruption, avec dévotion, dans cette
grande salle d’exposition où nous pouvons suivre son
parcours ô combien riche et nuancé. Calme et serein, Nagui
Shaker est un passionné de l’art et de sa valeur qui peut
faire évoluer l’être humain. Toutes les opérettes pour les
marionnettes qui ont précédé comme Al-Chater Hassan et suivi
Al-Leila Al-Kabira racontent le périple et les vœux de
justice face aux périples de la vie. Souvent inspirées des
Mille et une nuits, elles essayent de retrouver la verve du
passé dans un habit de modernité. Dans Homar Chéhabeddine
(l’âne de Chéhabeddine), dont les splendides poupées sont
exposées dans la salle d’exposition, les valeurs de la
justice et de l’équité sont à l’honneur. Un chanteur
métamorphosé en âne parce qu’il n’a voulu dire que la vérité
tombe amoureux de Rihana, la fille du pauvre bûcheron,
propriétaire de l’âne. Cet âne qui l’aide à se défendre et à
se cantonner à la vérité et à la justice pour redevenir le
bel homme qu’il était et épouser sa fille.
Mais Shaker ne se contente pas de puiser dans les Mille et
une nuits, en critiquant les temps modernes comme il le fait
d’habitude, il fonce toujours vers de nouveaux horizons.
Ainsi pouvons-nous voir L’Enfant et l’oiseau où les masques
et les enfants deviennent les acteurs principaux de ce
spectacle où les enfants créent la trame autant que
l’auteur. Ce sera en 1972 à Bucarest et ce spectacle sera
tout aussi apprécié par les grands et les petits. Mais, à
Rome, il change de moyens d’expression, et crée un film
expérimental également L’été 70 et ce, alors qu’il était
boursier pour une thèse de doctorat en Italie. Un film où
chaque séquence se suffit à elle-même tout en se prolongeant
avec la précédente. Ce film créé en coopération avec un
réalisateur italien permet à chacun d’entre eux de démontrer
son point de vue dans la continuité du film. « J’ai senti
que la caméra pour ce film serait mon moyen de prédilection
pour enlever à la réalité son image traditionnelle et pour
inciter l’œil, la raison et le sentiment à voir la réalité
autrement .», écrit Nagui Shaker, exposant une partie de son
périple italien.
Car Shaker est parti dans de nombreux pays et a fait de
nombreuses découvertes artistiques. En Egypte ou à
l’étranger sur une scène de théâtre avec les pièces de
grands dramaturges comme Tewfiq Al-Hakim et Alfred Farag, au
cinéma en créant les costumes et les décors d’un film de
grand renom Chafiqa et Métoualli avec la grande Soad Hosni
pour ne citer que ceux-là, à la télévision, Shaker crée du
beau.
Mais il reste qu’une salle d’exposition, quel que soit son
espace, ne suffit pas à nous donner à apprécier l’œuvre de
ce grand artiste. Nous restons sur notre faim en espérant
que l’exposition qui sera donnée à la Bibliotheca
Alexandrina au printemps prochain nous permettra de mieux
apprécier les œuvres de cet artiste, qui a toujours fait de
grandes choses sans trop de bruits. Pour enchanter nos âmes
dans ce monde qui perd de sa beauté.
Soheir Fahmi