Al-Ahram Hebdo, Arts | Petites cellules en souffrance
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 19 au 25 décembre 2007, numéro 693

 

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Arts

Festival international du film de marrakech. La septième édition, qui s’est achevée le 15 décembre, a plongé dans l’univers des familles déchirées, ce nous-mêmes à multiples facettes, qu’il soit père, mère, enfant, frère ou sœur.

Petites cellules en souffrance

Au Festival, le choix n’était pas indifférent. Il suffisait de voir défiler à l’écran les films de la compétition pour constater qu’ils servent tous complaisamment la même problématique : la survie de la famille et les problèmes qui altèrent ses membres dans le monde d’aujourd’hui. Quelques films tels Funuke Show Some Love, You Losers (montrez un peu d’amour et vous perdez) du Japonais Daihachi Yoshida, The Trap (le piège) du Serbe Serdan Golubovic, Wolfsbergen (le suicide) du Néerlandais Nanouk Léopold, The Savages (la famille sauvage) de l’Américaine Tamara Jenkins et enfin Man’s Job (un travail d’homme) du Finnois Aleksi Salmenpera, illustrent plus pertinemment que d’autres cette thématique centrale. Un même réalisme semble s’imposer dans tous comme une qualité visuelle majeure du moment, comme si la caméra s’autorisait à porter un regard proche des matières de notre environnement.

Quand Yoshida condamne sans appel l’égoïsme de son personnage principal, Sumaki, une actrice déchue, rentrée de Tokyo dans son village du Sud pour mettre en péril l’équilibre fragile de son frère et de sa sœur Yikumo, il offre à celle-ci la possibilité de s’inventer une autre vie, un autre rapport de conscience par rapport à son aînée qui abuse de tout pour l’argent. Les plans baroques colorant le banal d’une atmosphère où Yikumo illustre en bandes dessinées les drames dus à la conduite de sa sœur, évoquent un monde où devient poreuse la frontière du merveilleux, et la rupture possible avec l’insouciance de Sumaki. Toute la complexité du film réside dans ce pouvoir de dérision triomphant de la déchéance. Il en va autrement dans Trap du Serbe Serdan Golubovic, où l’on diagnostique selon l’auteur « la difficulté pour la génération de 35-40 ans de trouver une certaine stabilité dans l’époque de transition que vit la Serbie ». Le cinéaste intervient dès lors sur un chapitre nouveau du métier de vivre et non du plaisir de vivre. Le film est centré sur les états d’âme de Mladen, son protagoniste, un chef de chantier de construction, sa culpabilité et sa peur d’avoir gâché la vie des siens. Son fils souffrant de malformation du cœur, il se trouve confronté au dilemme de devoir tuer un homme pour se procurer l’argent nécessaire à son opération du commanditaire du crime qui veut éliminer un rival. Eclatant la chronologie, ne gardant que les détails psychologiques de son aveu du crime, le cinéaste atténue l’enjeu de culpabilité. Tandis que le drame du meurtre signe la fin de son innocence, contraint d’affronter le monde et d’assumer son acte, l’accident provoquant sa mort le libère, l’initiant à l’expérience éthique d’un monde transformé en terrain de tourments et d’affrontements dont l’auteur exige qu’il prenne fin.

Un même programme de parents au bord du gouffre et du suicide et un déficit d’affection chez leurs enfants, qui les place dans une impuissance retorse, se trouve au cœur de Wolfsbergen et The Savages. Le réalisme est fait de constants reports d’information, d’enfoncement progressif dans la matière narrative à travers le journal rétrospectif d’un père au bord du suicide, dans le premier film, ou par le biais de bouleversements mus par une série de distorsions cruelles affectant les personnages, dans le second. La mise en scène réduite à un montage de certains passages atones se gonfle d’une douceur morbide où la complicité entre couples glisse vers la crise. Des séquences suffisent cependant à elles seules à crever l’abcès. Dans une quiétude suprême, les parents décident de pardonner à leurs enfants leur indifférence pour les libérer des artifices que le manque de pesanteur et de grâce ont disposés autour d’eux.

Enfin Man’s Job semble aussi travaillé par le mélodrame et la psychologie se déployant par a-coups ou épanchements, violence ou cruauté dans la conduite grotesque mais combien déchirante de Juha, un père de famille, acculé à la misère due au chômage, qui le pousse à se prostituer pour en affranchir sa famille. Le décalage est assez inouï entre la succession de rituels érotiques qu’adopte Juha pour satisfaire les impulsions de femmes en manque d’amour et de sollicitude et la sobriété de la résistance du personnage face à la menace d’éclatement. Son pauvre plan le condamne : il assure la survie de toutes ces femmes délaissées mais ruine la vie des siens. L’exaltation noire flamboie dans les interstices de cette œuvre qui trouve sa respiration dans l’enchaînement d’une logique du pire qui trouve ses limites.

Le moment de pur divertissement

Un des nombreux effets bénéfiques du festival était de réserver au public des moments de pur divertissement avec deux films projetés hors compétition, Flying Lessons (l’envol) de l’Italienne Francesca Archibugi et Whatever Lola Wants (les désirs de Lola) du Marocain Nabil Ayouch. L’étonnante alchimie de la matérialité brute des corps et des objets et l’agencement érotique des rapports au désir, au temps, qui défient tous les clichés et toutes les simplifications confèrent beauté et émotions au sens plein à ces deux films. Dans le premier, aux fins fonds de l’Inde, et par des détours féconds de l’amour et de l’amitié, deux adolescents italiens apprennent à avancer dans une confiance renouvelée vers la maturité et la présence de soi-même. Le second film opère un pied de nez à tous les obstacles qui s’articulent autour d’un discours de repli identitaire et religieux sinistrement en phase avec les exactes revendications de liberté et d’évolution de notre temps. Lola, personnage intensément physique, traverse le film comme un toboggan. Son drame intérieur ne nous intéresse pas, seule compte sa connexion à ce qui l’entoure, une aspiration à l’élévation (poétique et lyrique). Cette mission d’élévation, Lola l’accomplit brillamment en bout de course, emporté au zénith par la danse du ventre qu’elle apprend d’une chevronnée du métier au Caire, Ismahan, qu’elle soustrait au repli et à la souffrance. L’élévation de Lola est une injonction pour nous tous à prendre de la hauteur par rapport à une condition aliénante.

Tout en veillant à satisfaire les goûts de tous, le festival a su s’attirer l’intérêt de stars de marque tels les cinéastes japonais Shinji Aoyama, ancien élève de Kurosawa, l’Américain Abel Ferrara, auteur de succès mondial Mary, et le comédien Léonardo di Caprio, auxquels il a rendu hommage, et qui étaient heureux d’apprécier la splendeur de la ville rouge et le développement harmonieux de sa jeune industrie des images et des sons.

Amina Hassan

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Une fête égyptienne à Marrakech

Le Festival de Marrakech s’est fait un point d’honneur en consacrant un hommage à grande résonance au cinéma égyptien qui fête son centenaire.  

A la grande joie du public marocain et sous le label « Notre cinéma égyptien que nous aimons », le festival a consacré une rétrospective de 40 films qui ont fait l’histoire du cinéma égyptien aujourd’hui centenaire, en plus d’une pléthore de comédiens et réalisateurs égyptiens représentant les différentes générations qui l’ont marqué de leur créativité et leur génie. « Quand je pense au cinéma égyptien, tout un théâtre intérieur se lève dans mon esprit, et viennent alors les images des déhanchements de Tahiya Karioka, du sourire enjôleur de Omar Sharif et de la classe de Faten Hamama ou la voix enchanteresse de la diva Oum Kalthoum. Ce cinéma a su chanter l’amour, la guerre, la paix, le rêve, la réalité, la pauvreté … Nous avons appris sa langue et nous connaissons ses us. Il est entré dans notre vie et nous l’avons fait nôtre. Ce cinéma vient à nous avec ceux qui ont fait sa gloire, et nous avons le droit de fêter son centenaire comme nous l’avons vécu avec lui », c’est avec ces propos que Mohamed Kamel, le grand critique marocain, a inauguré le colloque consacré à cet événement. Ali Abou-Chadi, secrétaire général du Conseil suprême des arts et de la culture a de même souligné que cet accueil chaleureux était unique et digne du cinéma égyptien considéré autant comme un art et un patrimoine culturel dont l’ampleur et la quintessence ont façonné un imaginaire arabe, interpellant par sa magie et son génie le public et ouvrant un discours conflictuel ou avec ses réalités diverses.

Questionner ce mythe à l’aune de son histoire, semblait dès lors opportun pour les intervenants. Certains ont trouvé que le cinéma égyptien entame un tournant important avec des films de la texture de L’Immeuble Yacoubian (2006) de Marwan Hamed, vecteur d’une question importante : comment est-on passé d’une société dite moderne et ouverte d’esprit à une société souvent décrite comme intolérante, où prévalent clientélisme et corruption ? Le comédien Nour Al-Chérif considère que le cinéma égyptien est en voie de se départir de la censure et l’autocensure qui riment pour l’artiste avec la mort, dans un monde où il est devenu périlleux de critiquer un régime en particulier. Il a évoqué l’exemple du Pentagone qui a décrété une loi interdisant toute aide matérielle ou logistique aux films opposés à la politique de guerre américaine.

Par ailleurs, une journaliste a demandé pourquoi le cinéma égyptien, classé 10e au niveau mondial, n’a pas pu produire un autre acteur de l’envergure de Omar Sharif. « Le cinéma égyptien a besoin de s’ouvrir sur les talents et la créativité des acteurs et auteurs arabes tous azimuts, pour restaurer son âge d’or favorable à l’éclosion de talents internationaux », a répliqué le comédien Khaled Aboul-Naga. Les avis furent unanimes, par ailleurs, sur la nécessité de créer une plate-forme favorisant les coproductions arabes, notamment entre l’Egypte et le Maroc. Des fonds importants sont à mobiliser pour financer des films sur les gloires et victoires arabes qui servent de repères et de catalyseurs des synergies et de l’union des Arabes autour des défis et des enjeux du présent et du futur. « Un travail d’écriture commune et de rapprochements des sensibilités est aussi utile pour concentrer les efforts sur des sujets intéressant les populations arabes. C’est ce que j’ai tenté avec mon film Al-Bahessat an al-horriya (les émancipées) », a conclu Inès Al-Dégheidi.

Amina Hassan

 

 




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