Rd Congo.
La situation risque de s’enflammer à l’est du pays après que
les insurgés eurent repris toutes les positions qu’ils
avaient perdues dans la province troublée du Nord-Kivu.
Retour en force de la rébellion
Un
calme précaire entrecoupé d’accrochages entre armée et
insurgés règne dans le Nord-Kivu, province de l’est de la
République Démocratique du Congo (RDC), depuis la prise par
ces derniers, le 10 décembre, des Mushake et Karuba,
localités du territoire du Masisi situées à environ 40 km au
nord-ouest et à l’ouest de la capitale provinciale Goma. Ce
faisant, des accrochages réguliers sont signalés au nord de
Goma, capitale du Nord-Kivu entre Forces Armées de la
République Démocratique du Congo (FARDC) et les troupes
insurgées du Congrès National pour la Défense du Peuple
(CNDP) de l’ex-général tutsi congolais Laurent Nkunda,
depuis les revers subis par l’armée la semaine dernière, qui
l’ont obligé à se retirer vers Masisi, chef-lieu du
territoire du même nom, situé à plus de 60 km au nord-ouest
de Goma.
Depuis le 10 décembre, une semaine après le lancement d’une
vaste offensive par les FARDC, qui ont massé près de 25 000
hommes, pour rétablir l’autorité de l’Etat au Nord-Kivu et
désarmer les insurgés, ces derniers, estimés à quelque 4 000
hommes, ont récupéré en deux jours toutes les positions
qu’ils occupaient à la fin août, au début des affrontements
avec l’armée régulière au Nord-Kivu. Le front s’est
stabilisé autour de Sake, cité située à 30 km de Goma et
désormais défendue par les Casques bleus de la Mission de
l’Onu en République démocratique du Congo (Monuc), qui ont
prévenu qu’ils ouvriraient le feu en cas de tentative de
progression des insurgés, à Sake, mais aussi à Rutshuru (100
km au nord, nord-ouest de Goma) et Goma, trois villes
importantes.
Fort de ces victoires, le camp du général déchu Laurent
Nkunda exige désormais l’ouverture de négociations avec le
gouvernement. « Il faut négocier. Nous demandons l’ouverture
de discussions au gouvernement », a déclaré René Abandi,
porte-parole du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP),
mouvement politico-militaire de Nkunda. « Cette guerre nous
a été imposée depuis le début. Nous croyons que l’issue des
problèmes est politique et non militaire, même si la
situation sur le terrain est actuellement en notre faveur ».
Interrogé pour savoir si le CNDP comptait poursuivre sa
progression en s’attaquant directement à Goma ou à des
centres urbains, M. Abandi a répondu : « Cela va dépendre de
la situation, s’ils continuent à vouloir nous pilonner ou
non ». « Nous n’avons jamais dit vouloir renverser les
institutions. Nous voulons discuter sur la base de nos
revendications », a-t-il souligné. Tutsi congolais, Laurent
Nkunda se pose en défenseur de sa minorité contre les
rebelles hutus rwandais stationnés dans l’est de la RDC,
estimés à environ 6 000 par l’Onu. Il refuse de désarmer
tant que ces rebelles — dont certains ont participé au
génocide rwandais de 1994, essentiellement dirigé contre les
Tutsis — ne sont pas neutralisés et accuse les forces
gouvernementales de les utiliser comme « supplétifs » contre
ses troupes. Depuis sa création en juillet 2006, le CNDP
exige aussi le retour des réfugiés tutsis congolais hébergés
dans les pays voisins, notamment le Rwanda, d’être associé à
la réforme de l’armée et l’annulation de mandats d’arrêts «
fantaisistes », dont celui visant Nkunda pour des crimes de
guerre commis en 2004.
La retraite précipitée de centaines de soldats loyalistes de
zones dont ils avaient annoncé la « libération », et où les
habitants étaient revenus s’installer, a entraîné des
mouvements de panique et de nouveaux déplacements de
populations. Selon des représentants de l’Onu, environ 60
000 civils ont fui les combats du Nord-Kivu durant la seule
semaine écoulée. Les humanitaires craignent que l’afflux de
dizaines de milliers d’autres réfugiés n’excède les moyens
des camps, déjà submergés de familles dont beaucoup dorment
à même le sol. « Les civils sont pris en otage. Chaque
partie, les FARDC comme les nkundistes affirment combattre
pour les libérer. Aucun d’entre eux ne respecte leurs
droits, leurs biens, leurs vies », a déploré un travailleur
humanitaire, sous couvert d’anonymat. « Les enrôlements
d’enfants continuent, les viols collectifs sont quotidiens
», a-t-il déploré.
Au cours des douze derniers mois, le conflit en cours, le
renforcement des effectifs militaires et l’insécurité
généralisée dans le Nord-Kivu — foyer de rébellions qui ont
déjà plongé le pays dans la guerre à deux reprises (1996-97
et 1998-2003) —, ont été la cause d’un déplacement massif de
population, soit environ 400 000 personnes, ce qui constitue
la pire crise de déplacement depuis la fin de la guerre
civile en 2003, selon le HCR. Au total, le HCR estime le
nombre de déplacés au sein de la province à 800 000, parmi
lesquels figurent les personnes déplacées par les conflits
antérieurs .
Hicham Mourad