Al-Ahram Hebdo, Voyages | Antiquités en péril
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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Trésors sous-marins. L’Unesco vient de lancer un appel pour la sauvegarde du patrimoine culturel submergé dans le monde entier. Celui d’Alexandrie occupe une importance majeure.

Antiquités en péril

Des trésors se cachent sous la mer et il est temps de les mettre en valeur et de les protéger. C’est d’ailleurs l’Unesco qui vient de lancer un appel dans ce sens. Selon l’Organisation internationale, le nombre d’épaves dispersées au fond des océans et non encore découvertes dépasse les 3 millions. S’y ajoutent d’innombrables sites archéologiques sous-marins, à l’instar de celui de la baie d’Alexandrie et des ruines du célèbre Pharos, septième merveille du monde. L’Unesco assure que ces sites subaquatiques sont de plus en plus menacés et exposés à la chasse irrégulière et clandestine ainsi que le pillage et le trafic illicite, facilités désormais par le progrès technologique qui permet d’atteindre les vestiges archéologiques qui reposent sous les eaux depuis des siècles. Pour cette raison, « l’Unesco prévoit l’entrée prochaine en vigueur de la Convention sur le patrimoine culturel subaquatique, dont le seuil nécessaire de ratification par 20 pays devrait être atteint d’ici la fin de l’année », comme l’a déclaré Françoise Rivière, sous-directrice générale de l’Unesco pour la culture, lors d’une conférence de presse au siège de l’organisation à Paris.

Si le vol des antiquités englouties sous l’eau marine ou douce représente un danger majeur dans le monde entier, ce n’est qu’un élément d’une série de menaces qu’envisage le patrimoine submergé égyptien qui existe partout : tout au long de la Côte-Nord dans la Méditerranée, la côte est de la mer Rouge, et ce sans oublier le cours du Nil qui lie Assouan à Alexandrie. « Une multitude d’emplacements et de trésors diversifiés sont présents. Cela varie entre navires marchands et bâtiments de guerre, des villes complètement englouties avec tous leurs contenus, stèles, statues mais aussi des bâtiments », explique Emad Khalil, professeur des antiquités marines à l’Université d’Alexandrie. « Une telle richesse met en valeur l’importance de parer aux menaces qu’affronte ce trésor englouti dans l’eau égyptienne », reprend-il.

 

Autant de trésors, autant de dangers

Selon lui, les antiquités submergées les plus fameuses du monde, ce sont les navires marchands ou de guerre qui ont été coulés à plusieurs reprises, lors des différentes époques. Ce genre d’antiquités est facile à atteindre sur les côtes sud-méditerranéennes, celles de l’Egypte notamment. « Ceci s’explique par le fait que la profondeur de l’eau s’accentue de manière graduée permettant de tirer aisément les épaves », explique Khalil, surtout que l’Egypte en comprend des milliers de ce genre qui vont de l’époque pharaonique jusqu’à l’âge moderne. Néanmoins, « les fouilles clandestines sont difficiles à mener en Egypte grâce aux garde-côtes et les permis demandés avant de plonger dans la Méditerranée ou la mer Rouge. Ainsi, même les touristes faisant des plongées doivent être accompagnés d’un membre du Conseil suprême des antiquités ainsi qu’un guide des frontières », affirme Ezzat Qadous, professeur d’antiquités à l’Université d’Alexandrie. Selon lui, un pillage exige une équipe de plongeurs bien entraînés et bien équipés. « C’est difficile alors d’entamer une telle mission clandestinement, surtout que les épaves englouties sont très lourdes à retirer », reprend-il. Avis que ne partage pas Emad Khalil assurant que les uniques régions archéologiques maritimes et fluviales contrôlées sont celles qui sont traitées par les missions étrangères et égyptiennes à l’instar de la baie d’Abouqir, la Citadelle de Qaïtbay ou l’île de Nelson. Il faut d’ailleurs se rappeler que ces emplacements ont été connus grâce aux déclarations des pêcheurs dont les filets comprenaient des pièces antiques. C’est dire que des fouilles clandestines existent, mais dans les emplacements peu connus.

Les antiquités englouties en Egypte ont une autre originalité. Il s’agit d’édifices faisant partie de villes qui ont été entièrement englouties suite aux séries de tremblements de terre qui ont eu lieu au fil des siècles. Ces bâtiments sont menacés essentiellement par les blocs de granite jetés par l’Organisme de la protection des côtes afin d’éviter l’érosion des côtes causée par les vagues. La plupart de ces blocs « reposent sur des épaves et des constructions archéologiques », assure Alaa Mahrous, directeur du service des antiquités submergées à Alexandrie. Selon lui, ces blocs cachent, voire détruisent pas mal de trésors inconnus. Il faudrait selon les spécialistes que les deux services responsables collaborent ensemble. Pis encore. Tous les villages touristiques qui sont construits sur la Côte-Nord égyptienne ont détruit « plusieurs quais et édifices archéologiques causant leur perte irrémédiable », déplore Khalil, assurant que cette série de destructions se répète quotidiennement non seulement au nord mais encore à l’est de l’Egypte, notamment à Qosseir.

 

Convention protectrice

A cause de tous ces dangers, les archéologues espèrent que l’Unesco parviendra à mettre en vigueur la Convention du patrimoine culturel subaquatique qui souligne la nécessité de privilégier la préservation in situ, avec la perspective de musées subaquatiques, ainsi que l’interdiction de l’exploitation commerciale de ce patrimoine, un point très important face à l’afflux de chasseurs de trésors. La convention, en imposant la protection des sites et leur exploration exclusive par des spécialistes d’archéologie sous-marine, vise à combler un « vide juridique » qui favorise le trafic illicite, le pillage et les fouilles clandestines. Mais elle ne touche en rien aux questions de propriété des épaves, selon les termes de Françoise Rivière. Là, l’Egypte entre dans une phase de lutte sur le plan mondial. Pour que la convention en question entre en vigueur, il faudrait que 20 pays en signent l’acceptation. Or, « 16 seulement l’ont signée », explique Alaa Mahrous qui espère l’accroissement d’un tel nombre lors de la dernière conférence de la protection des antiquités submergées qui a eu lieu à Naples. Les experts assurent qu’une telle convention sera utile pour ce patrimoine « dont on ne connaît qu’une proportion très modeste », estime Khalil. Et ce tout en mettant en évidence le caractère inviolable des épaves archéologiques sous l’eau et en espérant mettre en vigueur les études entamées de construire un musée sous-marin.

Doaa Elhami

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