Trésors sous-marins.
L’Unesco vient de lancer un appel pour la sauvegarde du
patrimoine culturel submergé dans le monde entier. Celui
d’Alexandrie occupe une importance majeure.
Antiquités en péril
Des
trésors se cachent sous la mer et il est temps de les mettre
en valeur et de les protéger. C’est d’ailleurs l’Unesco qui
vient de lancer un appel dans ce sens. Selon l’Organisation
internationale, le nombre d’épaves dispersées au fond des
océans et non encore découvertes dépasse les 3 millions. S’y
ajoutent d’innombrables sites archéologiques sous-marins, à
l’instar de celui de la baie d’Alexandrie et des ruines du
célèbre Pharos, septième merveille du monde. L’Unesco assure
que ces sites subaquatiques sont de plus en plus menacés et
exposés à la chasse irrégulière et clandestine ainsi que le
pillage et le trafic illicite, facilités désormais par le
progrès technologique qui permet d’atteindre les vestiges
archéologiques qui reposent sous les eaux depuis des
siècles. Pour cette raison, « l’Unesco prévoit l’entrée
prochaine en vigueur de la Convention sur le patrimoine
culturel subaquatique, dont le seuil nécessaire de
ratification par 20 pays devrait être atteint d’ici la fin
de l’année », comme l’a déclaré Françoise Rivière,
sous-directrice générale de l’Unesco pour la culture, lors
d’une conférence de presse au siège de l’organisation à
Paris.
Si le vol des antiquités englouties sous l’eau marine ou
douce représente un danger majeur dans le monde entier, ce
n’est qu’un élément d’une série de menaces qu’envisage le
patrimoine submergé égyptien qui existe partout : tout au
long de la Côte-Nord dans la Méditerranée, la côte est de la
mer Rouge, et ce sans oublier le cours du Nil qui lie
Assouan à Alexandrie. « Une multitude d’emplacements et de
trésors diversifiés sont présents. Cela varie entre navires
marchands et bâtiments de guerre, des villes complètement
englouties avec tous leurs contenus, stèles, statues mais
aussi des bâtiments », explique Emad Khalil, professeur des
antiquités marines à l’Université d’Alexandrie. « Une telle
richesse met en valeur l’importance de parer aux menaces
qu’affronte ce trésor englouti dans l’eau égyptienne »,
reprend-il.
Autant de trésors, autant de dangers
Selon lui, les antiquités submergées les plus fameuses du
monde, ce sont les navires marchands ou de guerre qui ont
été coulés à plusieurs reprises, lors des différentes
époques. Ce genre d’antiquités est facile à atteindre sur
les côtes sud-méditerranéennes, celles de l’Egypte
notamment. « Ceci s’explique par le fait que la profondeur
de l’eau s’accentue de manière graduée permettant de tirer
aisément les épaves », explique Khalil, surtout que l’Egypte
en comprend des milliers de ce genre qui vont de l’époque
pharaonique jusqu’à l’âge moderne. Néanmoins, « les fouilles
clandestines sont difficiles à mener en Egypte grâce aux
garde-côtes et les permis demandés avant de plonger dans la
Méditerranée ou la mer Rouge. Ainsi, même les touristes
faisant des plongées doivent être accompagnés d’un membre du
Conseil suprême des antiquités ainsi qu’un guide des
frontières », affirme Ezzat Qadous, professeur d’antiquités
à l’Université d’Alexandrie. Selon lui, un pillage exige une
équipe de plongeurs bien entraînés et bien équipés. « C’est
difficile alors d’entamer une telle mission clandestinement,
surtout que les épaves englouties sont très lourdes à
retirer », reprend-il. Avis que ne partage pas Emad Khalil
assurant que les uniques régions archéologiques maritimes et
fluviales contrôlées sont celles qui sont traitées par les
missions étrangères et égyptiennes à l’instar de la baie d’Abouqir,
la Citadelle de Qaïtbay ou l’île de Nelson. Il faut
d’ailleurs se rappeler que ces emplacements ont été connus
grâce aux déclarations des pêcheurs dont les filets
comprenaient des pièces antiques. C’est dire que des
fouilles clandestines existent, mais dans les emplacements
peu connus.
Les antiquités englouties en Egypte ont une autre
originalité. Il s’agit d’édifices faisant partie de villes
qui ont été entièrement englouties suite aux séries de
tremblements de terre qui ont eu lieu au fil des siècles.
Ces bâtiments sont menacés essentiellement par les blocs de
granite jetés par l’Organisme de la protection des côtes
afin d’éviter l’érosion des côtes causée par les vagues. La
plupart de ces blocs « reposent sur des épaves et des
constructions archéologiques », assure Alaa Mahrous,
directeur du service des antiquités submergées à Alexandrie.
Selon lui, ces blocs cachent, voire détruisent pas mal de
trésors inconnus. Il faudrait selon les spécialistes que les
deux services responsables collaborent ensemble. Pis encore.
Tous les villages touristiques qui sont construits sur la
Côte-Nord égyptienne ont détruit « plusieurs quais et
édifices archéologiques causant leur perte irrémédiable »,
déplore Khalil, assurant que cette série de destructions se
répète quotidiennement non seulement au nord mais encore à
l’est de l’Egypte, notamment à Qosseir.
Convention protectrice
A cause de tous ces dangers, les archéologues espèrent que
l’Unesco parviendra à mettre en vigueur la Convention du
patrimoine culturel subaquatique qui souligne la nécessité
de privilégier la préservation in situ, avec la perspective
de musées subaquatiques, ainsi que l’interdiction de
l’exploitation commerciale de ce patrimoine, un point très
important face à l’afflux de chasseurs de trésors. La
convention, en imposant la protection des sites et leur
exploration exclusive par des spécialistes d’archéologie
sous-marine, vise à combler un « vide juridique » qui
favorise le trafic illicite, le pillage et les fouilles
clandestines. Mais elle ne touche en rien aux questions de
propriété des épaves, selon les termes de Françoise Rivière.
Là, l’Egypte entre dans une phase de lutte sur le plan
mondial. Pour que la convention en question entre en
vigueur, il faudrait que 20 pays en signent l’acceptation.
Or, « 16 seulement l’ont signée », explique Alaa Mahrous qui
espère l’accroissement d’un tel nombre lors de la dernière
conférence de la protection des antiquités submergées qui a
eu lieu à Naples. Les experts assurent qu’une telle
convention sera utile pour ce patrimoine « dont on ne
connaît qu’une proportion très modeste », estime Khalil. Et
ce tout en mettant en évidence le caractère inviolable des
épaves archéologiques sous l’eau et en espérant mettre en
vigueur les études entamées de construire un musée
sous-marin.
Doaa
Elhami