Divorce. Avec la fin de la vie conjugale, d’autres batailles commencent. Pension, garde, jalousie. La séparation est souvent vécue comme un affront. La société et les législations sont incapables de garantir l’équilibre.

La bataille de l’après-bataille

Même si le divorce est prononcé, cela ne veut pas dire que les problèmes sont terminés. Chaque conjoint essaie de sortir de cette expérience avec un minimum de dégâts. Selon les chiffres du Centre national des études sociales et criminelles, il y aurait 6 cas de divorce toutes les 6 minutes. Malgré ce taux élevé de divorce, la société n’a pas réussi à instaurer une formule adéquate en cas de séparation. La brouille reste le trait commun des couples qui ont décidé de se séparer. Bilan, les bureaux de réconciliation des conflits conjugaux dépendant du ministère de la Justice ont examiné au cours des 15 premiers mois de leur ouverture en 2004, environ 250 000 demandes de divorce, y compris des procès intentés pour obtenir une pension alimentaire, d’autres pour la garde des enfants.

Fardos Al-Bahnassi, féministe et conseillère de plusieurs ONG qui œuvrent pour la femme, estime que pour les Egyptiens, le mariage prend souvent l’aspect d’une transaction. Autrement dit, le jeune homme qui possède un appartement, et capable d’offrir une parure et de s’acquitter de la dot, a plus de chance de se marier. Dans une société en majorité modeste à l’exemple de la société égyptienne, il n’est pas alors étrange, d’après la même source, de voir des parents faire des économies toute leur vie pour pouvoir marier leurs enfants. Et donc, en cas de divorce, les deux antagonistes ne veulent pas perdre, car il est difficile pour eux d’entamer une autre expérience en faisant encore des sacrifices. En général, les partenaires ont tendance à faire des concessions au cours de la vie conjugale. Cependant, on considère souvent le divorce comme un cas exceptionnel et on ne planifie pas par rapport à cette possibilité. En cas de conflit, on ne possède pas les outils nécessaires pour affronter un tel échec. « Le nouveau contrat de mariage ordonne aux futurs époux de se présenter devant le maazoun quelques jours avant la signature du contrat pour que chacun puisse poser ses conditions. Ce qui ne se fait jamais », poursuit Al-Bahnassi, tout en ajoutant que les droits de chaque conjoint en cas de discorde ne sont jamais abordés.

Soheir, ingénieur de 35 ans, a dû jouer au chat et la souris avec son mari. Après avoir gagné son procès de divorce, obtenu une pension alimentaire et la garde des enfants, son mari refuse de lui verser de l’argent. « Comme c’est un homme d’affaires, la banque Nasser n’a pas réussi à régulariser ma situation ni à m’aider pour obtenir la pension de mes enfants, étant donné que cette banque ne s’occupe que des fonctionnaires et ceux qui travaillent dans le secteur public. Mon mari change constamment de lieu de résidence pour éviter de signer pour les convocations venant du tribunal. Il se déplace d’un hôtel à un autre pour se dérober à ses obligations ». Soheir a dû alors verser des pots-de-vin à son chauffeur pour savoir où il séjourne. Elle a pris avec elle un policier pour lui indiquer où il réside.

Pire encore. Les enfants servent parfois de moyen de pression pour céder aux revendications de l’un ou l’autre des conjoints. Une carte qui porte ses fruits, si elle est bien exploitée. Le petit Abdallah, âgé de 9 ans, a été envoyé par sa mère pour négocier avec son père qui refuse de payer les frais de scolarité et des leçons particulières. Un moyen de pression auquel Noha, professeur, a eu recours pour obliger le père à subvenir aux besoins de ses deux enfants. Ahmad, avocat et ex-mari, emploie ses astuces. Il a essayé de gagner l’amour de ses enfants en les faisant sortir souvent et ce, pour irriter la mère qui à son tour fait intercéder le petit. Elle a fait savoir à son enfant qu’il risquerait de ne plus aller à l’école si son père refuse de payer les frais de leurs scolarités. « C’est illogique papa que tu nous accompagnes dans des hôtels ou des restaurants, alors que nous risquons d’être renvoyés de l’école », dit alors l’enfant âgé de 9 ans.

« Bien que le couple soit séparé, cela n’exclut pas les responsabilités de chacun vis-à-vis de leurs enfants. Une chose dont beaucoup de couples ne tiennent pas compte. Il est sûr que tout enfant subit un choc psychologique à la séparation de ses parents, mais pour atténuer les dégâts, il faut éviter de les faire vivre dans une ambiance tendue. Rares sont les maris et femmes qui arrivent à maîtriser leur colère ou leur jalousie », explique la sociologue Iman Beibars, responsable de l’Association de l’émancipation de la femme.

En effet, le divorce a lieu selon deux procédures : consentement mutuel entre les deux époux, désir de l’homme ou de la femme de vouloir se séparer de son partenaire (parfois le kholea), d’après l’avocat Nihad Aboul-Qomsane, présidente du Centre égyptien pour les droits de la femme. Le consentement mutuel n’existe pas en Egypte. Pourtant, c’est l’image connue au début de l’islam. Le prophète et ses compagnons étaient plus civilisés dans leurs relations avec leurs ex-épouses. Ils ont compris qu’une séparation ne signifie pas la fin d’une relation humaine. « On prétend aujourd’hui que notre société est pieuse, alors que nous ignorons les droits d’autrui, une chose primordiale en islam », avance Aboul-Qomsane.

Et ce n’est pas tout. Il arrive parfois que le mari oriental considère sa femme comme son bien, même après l’avoir divorcée. Il tente à tout prix de l’empêcher de nouer une autre relation. Une célèbre féministe raconte que son ex-mari devient comme un fou lorsqu’il la voit avec un autre homme, même si c’est un collègue de travail. « Et bien que ce soit lui qui ait demandé le divorce, il n’hésite pas à faire circuler des rumeurs comme quoi elle l’a trompé avec un autre homme … », conclut la féministe.

Dina Darwich