L’autre rôle de la femme
Nawla Darwich
Activiste de la sociéte
civile
On remarque partout dans la presse publique, partisane ou
indépendante, qu’elle consacre une place aux affaires de la
femme. Souvent, ces affaires se rapportent par exemple aux
arts culinaires qui sont censés rassembler les membres d’une
même famille et consolider leur solidarité. On retrouve
parfois des conseils sur la manière idéale d’éduquer les
enfants, de gérer sa vie conjugale ou domestique. Même la
mode s’octroie une place dans la presse écrite. Je
souhaiterais faire quelques commentaires à ce propos : à mon
sens lorsqu’on consacre un chapitre à la femme, c’est une
sorte de délimitation de son rôle. D’ailleurs, la plupart du
temps ce chapitre est mis à l’écart et relégué aux dernières
pages, loin de la une et des pages d’intérêt public.
Parfois, tout ce qui est femme est inséré dans un supplément
du journal. C’est en d’autres termes une séparation
arbitraire entre les questions se rapportant aux femmes et
le reste de la société. D’autre part, les discours sur la
femme impliquent une grande erreur que l’on commet certes
involontairement, mais souvent. Il n’est pas question de la
cause de la femme mais plutôt de toutes les femmes, toutes
tendances confondues. Nous avons les citadines, les
paysannes, les fonctionnaires, celles qui exercent les
petits métiers, les chercheuses, les mères de famille et
toute une longue liste diversifiée.
Cependant, toutes ces catégories de femmes sont très liées
aux conjonctures de leurs pays et aux défis qu’elles sont
obligées de relever dans leur vie quotidienne, publique
soit-elle ou privée. La troisième remarque concerne le
contenu de la matière présentée et qui contribue à
encourager les rôles sociaux traditionnels de la femme.
C’est-à-dire leurs rôles de mère de famille et de femmes au
foyer, mettant ainsi l’accent sur leur nature et aspect
féminin et celui de partenaire de l’homme indispensable à la
vie et à la procréation. Le contenu de cette matière
s’oriente vers des couches sociales déterminées, et néglige
que la plupart du peuple égyptien est démuni. En même temps,
un intérêt moindre est porté aux évolutions qui
interviennent dans la vie des gens en général et des femmes
en particulier, qu’ils considèrent comme questions
marginales.
Pourquoi ne pas demander à la presse écrite de consacrer une
place paritaire ? Car soustraire les femmes de l’intérêt
public dénote une attitude peu progressiste. Et bien que
cette demande me tienne particulièrement à cœur, je doute
que cela puisse être réalisable dans un avenir proche. Mais
on a toutes les raisons de croire que cet appel parviendra à
tous ceux qui se trouvent impliqués dans le processus
journalistique. Depuis les décideurs en passant par les
journalistes jusqu’aux écrivains d’opinions. Pour aboutir à
cet objectif, il faut essentiellement que les femmes
contribuent à créer cette vision alternative à travers une
participation plus abondante de leurs écrits et leurs
réflexions. Dans cet esprit, les femmes se doivent
d’intégrer la société et ce dans toutes ses nuances et
nouveautés, de s’armer d’une détermination et d’un courage
en se lançant sur cette voie. Il est vrai que les femmes
réinventent la culture de l’homme : la paternité et la
masculinité. Ces deux concepts sont eux aussi en voie
d’évolution. Ceci ne revient pas uniquement à l’influence
implicite qu’exerce un certain paternalisme au sein de la
culture sociale dominante mais également à la crainte de
sortir de l’ordinaire, de peur d’être marginalisée et de
perdre le consentement de son environnement. Nous devons
briser le mur du silence et revendiquer les droits les plus
élémentaires. Nous devons sortir des stéréotypes et
rectifier les postulats qui nous définissent comme des
citoyennes de seconde zone. Nous avons le droit de ne pas
être représentées dans les rubriques Faits divers comme
étant la cause des viols, des harcèlements sexuels,
d’atteintes à la pudeur et autres crimes et actes de
violence dont les femmes font l’objet. Peut-on rêver du
jour, où les responsables de la presse écrite nous
accorderont la place qui nous revient ?