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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Opinion
 

Le Quatuor de Durrell vaut mieux que
la Trilogie de Mahfouz

Mohamed Salmawy

 

Le 11 décembre était la date du 96e anniversaire de Naguib Mahfouz. Une date qui a coïncidé avec l'événement important qui a été célébré grandement, celui du 50e anniversaire de la publication de sa célèbre trilogie. Deux événements qui sont passés inaperçus, à l’exception de l'Université américaine qui organise une cérémonie annuelle à l'occasion de l'anniversaire de Naguib Mahfouz.

Une grand événement qui n'a lieu que rarement s'est déroulé, celui de l'anniversaire de la publication de l’une des œuvres les plus importantes de la littérature mondiale. Il s'agit du chef-d'œuvre de Naguib Mahfouz, la Trilogie composée de ses trois romans-clés : Impasse des deux palais, Le palais du désir  et Le jardin du passé. Cette trilogie que le monde entier connaît dans les différentes langues par « la Trilogie du Caire ».

50 ans sont déjà passés depuis la première publication de la Trilogie en 1957. Elle était un trait marquant dans l'histoire du roman arabe. Depuis sa révélation sur le plan mondial, elle devint également un trait marquant de l'histoire universelle. Elle a valu à son auteur le prix littéraire le plus prestigieux. du monde, à savoir le prix Nobel.

L'importance de la Trilogie (1 500 pages) ne revient pas uniquement au fait qu'elle ait été signée par l'un des plus importants romanciers du XXe siècle et lauréat du Prix Nobel de littérature, mais également parce qu'elle retrace le cheminement historique de l'âme de toute une nation au cours d'une des plus importantes périodes de l'histoire moderne. Ce, à travers trois générations successives issues d'une même famille de la classe moyenne.

Nombreux ont été les ambassadeurs étrangers qui m'ont dit avoir discerné la nature du peuple égyptien et avoir connu son histoire avant d'assumer les fonctions de leurs postes au Caire à travers la lecture de la Trilogie de Naguib Mahfouz, plus qu'ils ne l'ont compris à travers les livres de politiques et d'économie.

Littérairement parlant, la trilogie est considérée aux yeux des critiques internationaux comme l'un des sommets du réalisme en littérature, à travers laquelle Naguib Mahfouz a atteint l'apogée de cette période. Après cette trilogie, et suite à une longue période de 7 ans où il s’est trouvé dans l’incapacité d'écrire, Naguib Mahfouz a transcendé le réalisme vers de nouveaux horizons de l'écriture avec de nouveaux moyens artistiques.

La trilogie est considérée comme l'une des grands moments de notre vie littéraire. La date de sa parution est un tournant décisif dans l'histoire du roman arabe et mondial. Il fallait donc absolument la célébrer.

La Grande-Bretagne a tenu en 2002 une cérémonie pour célébrer le 80e anniversaire de la parution du roman de James Joyce Ulysse. En 2003, la France a, de son côté, également célébré le 90e anniversaire de la parution des premiers volumes qui constituent l'ouvrage de Marcel Proust A la recherche du temps perdu. Deux œuvres qui ont pratiquement changé la face du monde de la littérature au XXe siècle. Il était à notre tour, nous aussi, de célébrer cette année le 50e anniversaire de la parution de la célèbre Trilogie de Naguib Mahfouz.

La cérémonie a comporté un colloque scientifique auquel ont pris part des professeurs et critiques mettant en relief les différents aspects de la trilogie qui étaient inconnus du public. Une soirée a été organisée au cours de laquelle le grand comédien Youssef Abou-Warda a lu des parties de la trilogie, accompagné d'un arrière-fond musical de musique classique arabe sous la direction du grand musicien Albert Elias.

Tel était une partie de l'héritage que nous a légué Naguib Mahfouz dont nous allons célébrer ces jours-ci, et plus précisément le 11 décembre, le 96e anniversaire de sa naissance. C'est une partie du crédit qui fait notre fierté parmi les nations. Cette célébration est venue confirmer au monde entier la grande valeur de l'Egypte et de son grand homme de lettres.

Si vous n'avez pas entendu parler de cette cérémonie, c’est parce qu’elle n'a pas eu lieu en Egypte, le pays de Naguib Mahfouz, qu'il a éternisée dans ses ruelles et ses romans. Cette célébration a effectivement eu lieu en Israël et avait pour intitulé « Le Caire, hier et aujourd'hui » et a été tenue sous la supervision du professeur renommé de littérature Sasoon Sumich. Mais peut-être est-ce pour une autre raison, celle de la célébration du Quatuor de Lawrence Durrell à la Bibliothèque d’Alexandrie.

Ainsi, les Israéliens ont tenu à célébrer l'événement, passé inaperçu dans le pays natal de l'homme de lettres, créateur de Sayed Ahmad Abdel-Gawwad ou Si Sayed, l'un des personnages les plus célèbres de la littérature arabe contemporaine. Ce personnage de la trilogie despote et autoritaire symbole du machisme est devenu tellement incontournable que j’ai parlé avec Naguib Mahfouz de ce héros qui s'est ancré dans la mémoire collective des Egyptiens. En devenant proche de la famille Mahfouz, je m’aperçus très clairement que Mahfouz n’avait rien à voir avec ce personnage de roman. Je trouvais que Mahfouz, le père de famille, était loin d'être à l'image de Si Sayed. Je lui ai demandé quelle était l'origine de cette personnalité, d'autant plus qu'elle a incarné un type de personnage qui existait depuis longtemps dans notre société orientale. Il a rétorqué : « C'est la vie qui me l'a inspiré, toutes les familles comportaient un Si Sayed, mais ceci dans une génération antérieure à la nôtre. Pour moi, Si Sayed était un amalgame de personnages, bien que mon père ne lui ressemblait guère », a-t-il commenté. « Au contraire, il était complètement à l’encontre. Il était démocrate au sens vrai du terme, gentil, avait bon cœur et adorait la musique et le chant ». Cette dernière particularité est ce qu'il avait en commun avec Si Sayed. L'amour de celui-ci pour les femmes, il l’avait puisé de son oncle qui s'appelait Saïd. Alors que sa dureté de caractère, c'est un voisin dans leur vieille maison à Maydan Al-Qadi, à Gamaliya, qui s'appelait Am Béchir, qui la lui a inspiré. Sa femme se plaignait, selon Mahfouz, longuement de son caractère à sa mère. J’ai emmagasiné en moi pendant plus de 15 ans tous ses traits de caractère jusqu'à l'écriture de la trilogie. L'unique personnage de sa famille qui avait un caractère proche de Si Sayed était le mari de sa sœur Zeinab qui était originaire de Haute-Egypte. Le personnage de Si Sayed dans la trilogie était différent des personnages qui l'ont inspiré dans la mesure où il menait une double vie, une le matin et l'autre le soir. Il incarnait ainsi un exemple d'hypocrisie sociale qui régnait à l'époque et que l'on ne retrouvait nullement dans les personnages qui l'ont inspiré et qui étaient extrêmement purs et transparents, comme il me l’a affirmé.

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