Soudan .
Rien à faire pour que la force hybride prenne position au
Darfour. Khartoum et l’Onu échangent les accusations et la
question du financement surgit au premier plan.
Une terre toujours brûlée
Le
déploiement de la force hybride de l’Union africaine et des
Nations-Unies (Minuad) au Darfour se heurte toujours à des
obstacles et à des accusations mutuelles. Chaque camp
rejette la responsabilité sur l’autre et les problèmes
demeurent sans solutions, ce qui menace la mission qui doit
commencer sa tâche dans quelques semaines.
Défendant son régime, le numéro deux de la diplomatie
soudanaise a nié dimanche dernier les critiques contre son
pays, accusé d’empêcher le déploiement de la force hybride,
assurant que les difficultés et le retard venaient du
financement de l’opération et de problèmes logistiques. «
Nous avons agi et nous continuons d’agir avec responsabilité
pour appliquer la résolution 1769, créant cette force », a
assuré Sammani Wassila, secrétaire d’Etat aux Affaires
étrangères. L’autorité soudanaise a attribué les difficultés
de cette force au « flou » qui entoure encore son
financement. « Nous demandons à ce qu’un esprit de
coopération et de transparence préside aux relations entre
le Soudan et les Nations-Unies », a estimé Wassila. Cet avis
est partagé par les analystes. Zeid Al-Sabbane, spécialiste
du dossier soudanais à la Ligue Arabe, insiste que
l’autorité soudanaise a fait tout son mieux pour que la
force hybride soit déployée au Darfour à la date prévue par
les résolutions onusiennes. Pour Nasr Ibrahim, analyste au
Centre d’études africaines au Caire, estime que « ce sont
les pays occidentaux qui freinent le déploiement de cette
force et non pas le Soudan. Parce qu’ils campent sur leurs
positions et ne fournissent pas le financement nécessaire à
cette mission ».
D’autre part, la communauté internationale, notamment l’Onu,
jette la responsabilité sur le Soudan. Ils ont demandé
samedi dernier au président soudanais Omar Al-Béchir de
faciliter le déploiement au Darfour de la force de paix
ONU-UA dont il refuse la composition proposée par les
Nations-Unies. « Nous souhaitions maintenant que Béchir
réponde aux propositions des Nations-Unies de manière à
créer les conditions pour déployer rapidement la force
hydride », a déclaré le président de la Commission
européenne, José Manuel Barroso. Béchir s’oppose à la
participation à la Minuad d’unités spécialisées du Népal, de
Thaïlande et des pays nordiques. Le président soudanais a
affirmé que « certains veulent imposer » ces contingents
alors que l’Egypte, le Pakistan et la Chine, qui ont les
faveurs de son pays, ont proposé les mêmes troupes. «
Pourquoi on n’accepte pas les autres pays favoris par notre
autorité ? », se demande Sammani Wassila. Selon lui, le
Soudan veut le déploiement de la Minuad car il la considère
comme l’un des quatre éléments d’une solution au Darfour.
Les trois autres sont les volets politique, humanitaire et
de développement de cette région de l’ouest du Soudan aux
rares ressources.
La force ONU-UA doit être majoritairement africaine par sa
composition, selon un accord passé avec le gouvernement
soudanais, mais selon l’Onu, ces contingents non africains
sont indispensables à l’efficacité opérationnelle de la
force. Cependant, la nationalité des membres de la force
hybride n’est pas le seul point de discorde. Les préparatifs
pour son déploiement, qui doit commencer au début de 2008,
se heurtent à de nombreux problèmes logistiques et
administratifs. A cet égard, le secrétaire général des
Nations-Unies, Ban Ki-moon, avait mis les grands pays devant
leurs responsabilités en les exhortant à fournir 24
hélicoptères jugés indispensables au succès de la Minuad. «
Nous devons absolument avoir une force robuste, efficace.
Sans elle, il ne pourrait y avoir de sécurité au Darfour.
Mais pour cela, nous avons besoin de certaines capacités sur
le terrain », a dit M. Ban. Il a indiqué avoir contacté
personnellement tous les pays contributeurs possibles en
vain. « Il est temps que les Etats membres mettent leurs
actes en accord avec leurs paroles », a-t-il averti .
Maha
Salem