La ministre italienne du Commerce
extérieur, Emma
Bonino, était récemment en Egypte. Elle
souligne l’intérêt qu’accorde son pays à l’Egypte et les projets de coopération
en matière de formation des jeunes.
« Nos investissements en Egypte sont
une priorité politique »
Al-Ahram Hebdo : Votre visite en Egypte
s’est soldée par la signature de plusieurs accords de coopération. Quels en
sont les domaines ?
Emma Bonino : En fait, je suis venue en Egypte dans le but de préparer les dossiers les
plus importants du sommet présidentiel prévu en janvier : Le corridor vert, la
création d’une université commune ainsi que d’autres projets de coopération
économique et culturelle. A cet égard, nous avons signé quelques accords de
coopération à travers la Banque d’Alexandrie dirigée par l’Italienne Saint
Paulo. Il s’agit par exemple d’un crédit de 50 millions d’euros pour soutenir
les importateurs et les exportateurs. De même, on a discuté d’une autre tranche
d’échange de la dette et on a signé la deuxième phase du projet de la Roubiki :
La zone industrielle située à 50 km du Caire et qui regroupe toutes les usines
du cuir.
— L’Italie accorde un grand intérêt à
investir en Egypte. Et ce malgré le fait que l’Egypte occupe la 126e place sur
180 selon le rapport international Doing Business. En plus des taux d’inflation
et du chômage élevés et une pauvreté croissante. Comment expliquez-vous cela ?
— Le
gouvernement italien a relancé une attention toute particulière à la
Méditerranée. Et à l’intérieur de cet espace, l’Egypte représente une priorité.
Nous avons fait déjà des missions d’entreprises au Maroc, en Algérie, mais
l’Egypte représente pour nous une idée de partenariat non seulement au niveau
du développement économique, mais aussi culturel et politique. Il est vrai
qu’il reste quelques points faibles à traiter comme vous le mentionnez, mais
ces problèmes seront résolus. Vous savez, nous soutenons l’adhésion de la
Turquie à l’UE même avec une procédure lente. Donc, pour nous, la zone de
voisinage est une priorité politique. Et quand vous regardez la Méditerranée,
c’est impossible de ne pas voir l’Egypte avec ses capacités et ses 80 millions
d’habitants. C’est l’une des zones les plus fertiles de la Méditerranée surtout
si on prend en considération sa position géographique avantageuse.
— Cette orientation vers l’Egypte
n’inclut pas des intérêts économiques tels les sources d’énergie subventionnées
...
— Le
gaz sans doute est l’une des causes qui nous pousse vers l’Egypte, mais cela
existe aussi en Algérie. Il y a d’autres composantes plus importantes qui nous
incitent à préférer l’Egypte. Sans doute, la dimension économique nous présente
également un atout pour y investir et chez vous l’économie a fait preuve d’un
véritable bond en avant ces dernières années. C’est ça qui nous importe le
plus.
— Malgré la grande publicité qui a
accompagné l’idée de créer un corridor vert entre les deux pays, ce projet
traîne et n’a pas dépassé la phase des études. Quelles sont les causes d’un tel
ralentissement ?
— Le
projet du corridor vert est très important pour l’Italie autant que pour
l’Egypte. Il permettra d’exporter les produits agricoles égyptiens vers
l’Italie, qui sera le portail de l’Egypte vers tous les pays européens. Mais,
malheureusement, ce projet traîne jusqu’à maintenant. Il s’agit de questions
techniques et non pas de choix politique. Les deux pays lui accordent un
intérêt primordial et il sera un des thèmes principaux à discuter au cours du
sommet présidentiel prévu en janvier. Car, il faut au moins préciser une date
de début pour ce projet afin que des pas positifs et rapides soient pris.
— L’Italie applique un programme de
formation pour les jeunes Egyptiens. De quoi s’agit-il et quels sont les
secteurs prioritaires ?
— Il
existe en fait deux différents projets de formation. Premièrement, nous avons
le programme pour le commerce international. Les jeunes reçoivent au début des
cours de formation à notre siège à Rome avant de suivre une formation dans nos
entreprises italiennes. Ils reçoivent d’abord une formation de base et ensuite
ils se spécialisent dans un domaine particulier lors des stages dans les
différentes entreprises. En fait, on a besoin de jeunes formés dans tous les
secteurs : textile, ingénierie, tout.
L’autre
projet qui va démarrer et qui sera aussi l’un des dossiers importants au sommet
est celui de l’université italo-égyptienne. Celle-ci aura un siège en Italie et
un autre en Egypte. Elle dispensera des matières scientifiques et sa gestion
sera paritaire entre l’Egypte et l’Italie.
— L’Italie s’intéresserait-elle à ces
projets pour limiter le nombre des immigrés illégaux ?
—
Certainement. La question des immigrés illégaux inquiète non seulement
l’Italie, mais aussi tous les pays européens. Ces projets de formation sont une
composante très importante qui pourra réduire l’afflux des immigrés illégaux. D’autant
plus que cela aide les employés temporaires en Italie à être mieux placés dans
le contexte. Une formation technique avec une présence légale. Mais, je ne
pourrai pas dire que c’est la seule solution ou la solution miracle mais une
solution efficace.
— L’Italie adopte-t-elle des mesures
spéciales vis-à-vis de ces immigrés ? Quelles sont les conventions appliquées à
cet égard ?
— Tout
d’abord, nous avons des règles européennes qui s’appliquent aux immigrés illégaux
à l’intérieur de l’Europe. Par exemple, nous avons une directive que nous
sommes en train d’appliquer qui prévoit qu’un immigré peut être renvoyé vers
son pays d’origine quand il s’agit de problème d’ordre public, de sécurité ou
de santé publiques. Et les procédures sont juridiques et appliquées au cas par
cas. Pour les immigrés illégaux, il y a des conventions bilatérales entre le
pays d’origine comme la Libye, la Tunisie, la Turquie, l’Algérie et l’Egypte. Ces
conventions traitent d’une manière égale tous les pays et impliquent un système
de réadmission des immigrés dans leur pays d’origine.
— Les pays de l’UE se sont mis d’accord
récemment sur la nécessité de continuer à protéger le secteur agricole ainsi
que les agriculteurs. Qu’en pensez-vous ?
— Je
pense qu’on a fait des pas en avant avec la réforme de la PAC (Politique
Agricole Commune). Mais de mon point de vue, ce système est intenable
financièrement. D’autre part, nous avons en Europe d’autres priorités
d’investissement des fonds publics qui méritent plus les 40 % du budget
consacré à la PAC, comme les inventions technologiques, le programme nucléaire.
On peut par exemple avoir des projets de soutien aux zones fragiles comme les
communautés des montagnes ou aux endroits où l’agriculture artisanale et non
pas industrielle aide plus à la préservation du territoire. En gros, je pense
qu’il vaudrait mieux réduire les subventions accordées à la politique agricole,
pour avoir de l’argent à investir dans les secteurs innovateurs de la science,
de la technologie, de la femme, du nucléaire ... Mais, c’est une opinion tout à
fait personnelle qui ne fait pas des partisans nombreux en Europe. Chaque pays
a son intérêt.
— Mais cette politique agricole ne
mènera-t-elle pas à un manque de crédibilité entre les pays européens et ceux
en voie de développement ?
— Les
pays en voie de développement, eux-mêmes, ne partagent pas tous les mêmes
intérêts. Par exemple, quand on a ouvert le marché à différents éléments de
production même agricoles pour les pays les plus pauvres et les moins avancés,
là c’était toute une bataille. Les pays moyens n’étaient pas contents. Donc, on
est à mi-chemin d’une évolution à mon avis un peu trop lente.
— L’idée de l’Union méditerranéenne,
dont le président français Sarkozy est le promoteur, n’est pas très claire. De
quoi s’agit-il et quelle est la position de l’Italie vis-à-vis de ce projet ?
—
Moi-même, je connais le titre que le président français utilise très souvent,
mais je ne connais pas les sous-titres ni le contenu.
— L’Egypte demande actuellement à ses
partenaires européens, surtout avec l’envolée des cours du pétrole, de revoir à
la hausse le prix du gaz (75 dollars) qu’elle exporte vers l’Europe. L’Italie
prendra-t-elle en considération une telle demande ?
—
C’est un problème économique qu’on discute. Mais je ne pense pas que l’Italie
ou tout autre pays européen acceptera une telle modification. Ce sont des
accords déjà signés et l’accord est un accord.
Propos recueillis par Névine Kamel