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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Idées

Evénement. Le cinquantenaire de la Trilogie de Mahfouz est passé inaperçu en Egypte. Un « oubli » que les milieux littéraires sont unanimes à déplorer.

Regrettable négligence

Alors que le 50e anniversaire de la publication de Justine de Lawrence Durrell était célébré la semaine dernière à la Biliotheca Alexandrina, et au moment même où les milieux littéraires égyptiens célèbrent la mémoire du 96e anniversaire de Mahfouz, peu se sont rappelés le 50e anniversaire de la publication de son chef-d’œuvre, la Trilogie (Impasse des deux palais, Palais du désir et Le Jardin du passé). « La Trilogie se distingue par un style incroyablement singulier, mais aussi par le fait qu’elle n’est pas un simple roman. Elle constitue un document historique important et une référence pour tous ceux qui cherchent à étudier la société égyptienne et la culture du pays », explique Youssef Abou-Raya, romancier d’une génération suivant celle de Mahfouz et lauréat 2005 du prix Mahfouz, décerné par l’Université américaine du Caire.

En effet, cette œuvre, qui dépasse les mille pages, est souvent considérée comme le point décisif du parcours littéraire de Mahfouz, puisqu’elle fut précédée d’une période de recherche de l’identité qui se révèle dans ses œuvres historiques. « Cette Trilogie est son projet essentiel, qui n’a cessé de se répéter dans les œuvres suivantes », explique le romancier et l’ami proche de Mahfouz, Youssef Al-Qaïd. « Le roman de générations est le mot-clef de La Trilogie, on y retrouve la famille, le rapport entre père et fils, et le temps. Des thèmes récurrents dans les autres œuvres telles Al-Harafich, La Chanson des gueux, ou Les Fils de la médina, qui étaient en germe dans les romans précédant la Trilogie comme Khan Al-Khalili. A mon avis, il faut la considérer comme la colonne vertébrale de l’œuvre de Mahfouz ».

Un guide aussi bien géographique que social et littéraire qui a profondément marqué l’esprit égyptien, même de nos jours. «  Le public ne connaît-il pas Al-Sayed Ahmad Abdel-Gawwad ou Si Sayed, sans lire le livre ? Cela ne veut-il pas dire que c’est une œuvre plus que complète ? », ajoute Al-Qaïd. Dans son discours lors de l’attribution du prix Mahfouz, Youssef Abou-Raya s’est identifié à Kamal Abdel-Gawwad (personnage principal du Jardin du passé. « Tout jeune homme est Kamal Abdel-Gawwad. Qui d’entre nous n’a pas connu ses déceptions ? Aucun d’entre nous ne peut expliquer et décrire avec autant de simplicité et de perfection le doute, le désespoir et le choc qui ont affecté ce personnage ».

 

Sujet d’admiration

Difficile de nier l’apport de la Trilogie à la littérature égyptienne voire arabe, puisque Mahfouz y introduit un nouveau style de roman. « Il s’agit d’une construction littéraire inimitable, dans laquelle Mahfouz peint des rapports humains complexes et se révèle doté d’un pouvoir singulier à écrire un dialogue dramatique pénétrant », analyse Samia Mehrez, professeure de littérature à l’Université américaine. « La Trilogie est bien évidemment une mine d’or pour tout écrivain, et n’a cessé depuis sa publication et jusqu’à aujourd’hui d’influencer la littérature moderne. Aswani n’est-il pas d’une certaine manière un aboutissement de la tradition mahfouzienne ? ».

Une œuvre qui demeurera à jamais le sujet d’admiration de tout romancier. Son thème et ses personnages retrouveront toujours leurs ressemblants dans d’autres œuvres, que ce soit dans la littérature arabe qu’égyptienne. « Mais, d’après le critique littéraire Khaïri Doma, personne n’a atteint ce niveau de maîtrise parfaite des personnages et des événements, et n’a, avec autant de précision, dressé un portrait aussi fidèle d’une famille, d’une ville et d’une société ».

« Aujourd’hui, les jeunes romanciers, à mon avis, ne suivent pas le chemin de Mahfouz. Non par rébellion mais par différence, les préoccupations ne sont pas les mêmes, ni la société. Cela n’empêche pas que La Trilogie garde son charme littéraire et sa valeur unique », ajoute-t-il.

Cinquante ans après sa publication, La Trilogie reste indétrônable. Pas un écrivain ne dira le contraire. Mais l’insatisfaction gagne la place parce qu’aucune institution officielle — ou non officielle — ne s’est chargée de célébrer cette mémoire. La seule célébration organisée à cette occasion a eu lieu en Israël, en novembre 2007, sous le titre « Le Caire, hier et aujourd’hui ». « Je ne dirais qu’une chose, je suis extrêmement déçu et triste », s’indigne Al-Qaïd.

Dina Abdel-Hakim

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