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Evénement.
Le Prix Mahfouz, octroyé le 11 décembre par l’Université
américaine au Caire (AUC), le jour de l’anniversaire du prix
Nobel, est cette année attribué à une jeune romancière
égyptienne, Amina Zeidan.
Une écriture discrètement engagée
C’est
sans doute l’art de mêler public et privé, politique et
personnel, qui a le plus attiré l’attention du jury sur
l’œuvre gagnante de cette année. Dans Nabiz ahmar (Vin
rouge), la narratrice décrit un parcours indissociable de la
destinée d’une ville, celle de Suez occupée. Les personnages
de Zeidan font de la résistance au quotidien. Au rythme des
« violents bombardements des vieilles maisons », la vie
s’organise dans la demeure de Suzy autour d’une mère malade
et d’un père blessé. Entre les quartiers détruits et les
descentes dans les abris, l’enfant balade son cartable
chargé de munitions pour les résistants, trimbalant ses
rêves blessés dans une ville ensanglantée. Jeune femme, elle
fuira ces cauchemars dans un amour ancien pour un jeune Grec
qui a vécu avec elle dans la ville occupée, à l’époque où le
père s’occupait de coudre des bleus de travail, uniformes
improvisés pour les membres des organisations de résistance
populaire.
« La politique dans ce roman, explique Ibrahim Fathi,
critique et membre du jury, ne se fait pas autour de causes
abstraites. Zeidan nous décrit des personnages qui ne sont
pas des îles isolées dans une ville occupée ». Une analyse
qui fait écho aux nombreuses remarques qui avaient salué la
parution de l’œuvre primée, en mars 2007. Les critiques
avaient alors souligné la singularité du style de Zeidan,
cet équilibre délicat qu’elle maintenait entre la lutte de
toute une ville, de tout un peuple, et les angoisses intimes
de sa narratrice. C’est ce qui a convaincu le jury, composé
cette année de Samia Mehrez, professeure de littérature
arabe, Hoda Wasfi, professeure de littérature française,
Abdel-Moneim Tallima et Ibrahim Fathi, critiques
littéraires, Fakhri Saleh, président de l’Association des
critiques littéraires jordaniens, et Mark Linz, directeur du
l’AUC Press. Le prix était attribué pour la première fois
par l’écrivain Mohamed Salmawy, qui a rappelé dans son
allocution le parcours du prix Nobel égyptien, son
dévouement à l’écriture, et le fait que l’œuvre ainsi que
les positions de Mahfouz ont souvent été mal jugées par ses
contemporains. Mais l’allocution de Salmawy était également
un appel à se souvenir de « la bonté de l’homme, le courage
de ses idées et l’excellence de son œuvre ». Un appel à
regarder vers l’avenir. Un appel correspondant bien à
l’esprit du prix Mahfouz, qui va cette année à la plus jeune
de ses lauréates depuis sa constitution.
Née à Suez en 1966, Zeidan est l’auteure d’un recueil de
nouvelles, Hadatha sirrane (c’est arrivé en secret, 1995,
Conseil suprême de la culture) et d’un roman, Hakaza
yaabathoune (c’est ainsi qu’ils manœuvrent, 2003, GEBO).
Elle a un roman en voie de publication, Mouftah al-hayat (la
clé de la vie) ainsi qu’un recueil de nouvelles Fawda
(chaos). Plusieurs prix avaient déjà encouragé cette
écriture prometteuse : le premier prix de la nouvelle
octroyé par Akhbar Al-Adab en 1994, le prix du meilleur
recueil de nouvelles à la Foire du livre en 1995, et le prix
de la meilleure œuvre égyptienne traduite vers l’italien en
1997. La récompense décernée à l’AUC, accompagnée d’une
traduction et publication en anglais, marquera sans aucun
doute une étape importante dans le parcours de cette jeune
romancière .
Dina
Heshmat
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Précédents lauréats
2006 : Sahar
Khalifeh, L’image, l’icône et
l’ancien testament.
2005 : Youssef Abou-Rayya,
Nuit de noces.
2004 : Alia
Mamdouh, Les êtres aimés
2003 : Khaïri
Chalabi,
Wikalet Attiya.
2002 : Bensalem
Himmich, Le Savant.
2001 : Somaya Ramadan,
Feuilles de Narcisse.
2000 : Hoda
Barakat, Le laboureur des eaux.
1999 : Edward Al-Kharrat,
Rama et le dragon.
1998 : Ahlam
Mosteghanemi, La mémoire de la
chair.
1997 : Mourid
Barghouti, J’ai vu Ramallah ; et
Youssef Idris, Cité d’amour et de cendres.
1996 : Ibrahim Abdel-Méguid,
L’autre pays ; et Latifa
Al-Zayyat, Porte ouverte.
Hadith al-sabah
wal massaa
(Morning
and Evening Talk) de
Naguib
Mahfouz, traduction de Christina
Phillips, les presses de l’AUC, Le Caire 2007.
Cette toute nouvelle traduction en anglais fait partie d’une
longue liste qui a commencé avant même l’obtention de
Mahfouz du prix Nobel en 1988.
Hadith al-sabah
wal massaa,
œuvre inclassable, sortie en 1987, basée sur une série de
portraits relatant le quotidien égyptien à travers cinq
générations, se situe parmi la récente écriture
expérimentale de Mahfouz. On y
suit le devenir de trois familles depuis l’arrivée de
Napoléon à la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1980. En
esquissant les portraits vifs de personnages de diverses
catégories sociales, cette œuvre témoigne d’une société en
mutation.
Naguib
Mahfouz, Pages de mémoires,
Entretiens avec Ragaa
Al-Naqqach, traduction de Marie
Francis-Saad, Actes Sud, 2007.
Enfin disponible en français, cet ouvrage rassemble les
entretiens menés par Ragaa
Al-Naqqach, écrivain et critique
littéraire, avec le prix Nobel égyptien entre août 1990 et
décembre 1991. Il s’agit de l’un des ouvrages les plus
intéressants pour qui veut comprendre la pensée d’un homme
souvent érigé en symbole de son pays.
Mahfouz s’y exprime en effet avec beaucoup de
franchise sur l’histoire contemporaine égyptienne. Il
développe également longuement l’importance qu’il accordait
à l’équilibre entre tradition et modernité, caractéristique
de la génération d’intellectuels libéraux à laquelle il
appartenait.
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