Al-Ahram Hebdo, Idées | Une écriture discrètement engagée
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Idées

Evénement. Le Prix Mahfouz, octroyé le 11 décembre par l’Université américaine au Caire (AUC), le jour de l’anniversaire du prix Nobel, est cette année attribué à une jeune romancière égyptienne, Amina Zeidan.

Une écriture discrètement engagée

C’est sans doute l’art de mêler public et privé, politique et personnel, qui a le plus attiré l’attention du jury sur l’œuvre gagnante de cette année. Dans Nabiz ahmar (Vin rouge), la narratrice décrit un parcours indissociable de la destinée d’une ville, celle de Suez occupée. Les personnages de Zeidan font de la résistance au quotidien. Au rythme des « violents bombardements des vieilles maisons », la vie s’organise dans la demeure de Suzy autour d’une mère malade et d’un père blessé. Entre les quartiers détruits et les descentes dans les abris, l’enfant balade son cartable chargé de munitions pour les résistants, trimbalant ses rêves blessés dans une ville ensanglantée. Jeune femme, elle fuira ces cauchemars dans un amour ancien pour un jeune Grec qui a vécu avec elle dans la ville occupée, à l’époque où le père s’occupait de coudre des bleus de travail, uniformes improvisés pour les membres des organisations de résistance populaire.

« La politique dans ce roman, explique Ibrahim Fathi, critique et membre du jury, ne se fait pas autour de causes abstraites. Zeidan nous décrit des personnages qui ne sont pas des îles isolées dans une ville occupée ». Une analyse qui fait écho aux nombreuses remarques qui avaient salué la parution de l’œuvre primée, en mars 2007. Les critiques avaient alors souligné la singularité du style de Zeidan, cet équilibre délicat qu’elle maintenait entre la lutte de toute une ville, de tout un peuple, et les angoisses intimes de sa narratrice. C’est ce qui a convaincu le jury, composé cette année de Samia Mehrez, professeure de littérature arabe, Hoda Wasfi, professeure de littérature française, Abdel-Moneim Tallima et Ibrahim Fathi, critiques littéraires, Fakhri Saleh, président de l’Association des critiques littéraires jordaniens, et Mark Linz, directeur du l’AUC Press. Le prix était attribué pour la première fois par l’écrivain Mohamed Salmawy, qui a rappelé dans son allocution le parcours du prix Nobel égyptien, son dévouement à l’écriture, et le fait que l’œuvre ainsi que les positions de Mahfouz ont souvent été mal jugées par ses contemporains. Mais l’allocution de Salmawy était également un appel à se souvenir de « la bonté de l’homme, le courage de ses idées et l’excellence de son œuvre ». Un appel à regarder vers l’avenir. Un appel correspondant bien à l’esprit du prix Mahfouz, qui va cette année à la plus jeune de ses lauréates depuis sa constitution.

Née à Suez en 1966, Zeidan est l’auteure d’un recueil de nouvelles, Hadatha sirrane (c’est arrivé en secret, 1995, Conseil suprême de la culture) et d’un roman, Hakaza yaabathoune (c’est ainsi qu’ils manœuvrent, 2003, GEBO). Elle a un roman en voie de publication, Mouftah al-hayat (la clé de la vie) ainsi qu’un recueil de nouvelles Fawda (chaos). Plusieurs prix avaient déjà encouragé cette écriture prometteuse : le premier prix de la nouvelle octroyé par Akhbar Al-Adab en 1994, le prix du meilleur recueil de nouvelles à la Foire du livre en 1995, et le prix de la meilleure œuvre égyptienne traduite vers l’italien en 1997. La récompense décernée à l’AUC, accompagnée d’une traduction et publication en anglais, marquera sans aucun doute une étape importante dans le parcours de cette jeune romancière .

Dina Heshmat

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Précédents lauréats

2006 : Sahar Khalifeh, L’image, l’icône et l’ancien testament.

2005 : Youssef Abou-Rayya, Nuit de noces.

2004 : Alia Mamdouh, Les êtres aimés

2003 : Khaïri Chalabi, Wikalet Attiya.

2002 : Bensalem Himmich, Le Savant.

2001 : Somaya Ramadan, Feuilles de Narcisse.

2000 : Hoda Barakat, Le laboureur des eaux.

1999 : Edward Al-Kharrat, Rama et le dragon.

1998 : Ahlam Mosteghanemi, La mémoire de la chair.

1997 : Mourid Barghouti, J’ai vu Ramallah ; et Youssef Idris, Cité d’amour et de cendres.

1996 : Ibrahim Abdel-Méguid, L’autre pays ; et Latifa Al-Zayyat, Porte ouverte.

 

Hadith al-sabah wal massaa (Morning and Evening Talk) de Naguib Mahfouz, traduction de Christina Phillips, les presses de l’AUC, Le Caire 2007.

Cette toute nouvelle traduction en anglais fait partie d’une longue liste qui a commencé avant même l’obtention de Mahfouz du prix Nobel en 1988. Hadith al-sabah wal massaa, œuvre inclassable, sortie en 1987, basée sur une série de portraits relatant le quotidien égyptien à travers cinq générations, se situe parmi la récente écriture expérimentale de Mahfouz. On y suit le devenir de trois familles depuis l’arrivée de Napoléon à la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1980. En esquissant les portraits vifs de personnages de diverses catégories sociales, cette œuvre témoigne d’une société en mutation.

Naguib Mahfouz, Pages de mémoires, Entretiens avec Ragaa Al-Naqqach, traduction de Marie Francis-Saad, Actes Sud, 2007.

Enfin disponible en français, cet ouvrage rassemble les entretiens menés par Ragaa Al-Naqqach, écrivain et critique littéraire, avec le prix Nobel égyptien entre août 1990 et décembre 1991. Il s’agit de l’un des ouvrages les plus intéressants pour qui veut comprendre la pensée d’un homme souvent érigé en symbole de son pays. Mahfouz s’y exprime en effet avec beaucoup de franchise sur l’histoire contemporaine égyptienne. Il développe également longuement l’importance qu’il accordait à l’équilibre entre tradition et modernité, caractéristique de la génération d’intellectuels libéraux à laquelle il appartenait.

 

 




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