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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Francophonie

Rencontre. Le Congrès régional de la Fédération Internationale des Professeurs de Français s’est tenu au Caire du 6 au 9 décembre sur le thème « Arabophonie et francophonie : actions et interactions ». Il a mis l’accent sur la didactique convergente de l’arabe et du français.

S’alimenter des richesses

Une manifestation culturelle riche et diversifiée. C’est ainsi qu’on peut qualifier le 1er Congrès régional de la commission du monde arabe qui s’est tenue du 6 au 9 décembre 2007 au sein de l’Université du Caire. Cette conférence, dont le thème était « Arabophonie et francophonie : actions et interactions », a été organisée par la Commission du Monde Arabe (CMA) de la Fédération Internationale des Professeurs de Français (FIPF) avec le soutien du ministère français des Affaires étrangères et européennes, de l’Organisation internationale de la francophonie et de l’Université du Caire qui fêtait son centenaire.

Initialement, ce congrès était censé être organisé au Liban. Mais en raison de la situation politique dans ce pays, il a été décidé de le transférer au Caire. La décision a été prise en juillet dernier, ce qui met en évidence le défi relevé par les organisateurs qui n’ont épargné aucun effort pour le tenir.

L’importance de ce congrès réside dans le fait qu’il boucle les réunions des commissions de l’Asie-Pacifique, de l’Europe et de l’Amérique latine et prépare le congrès mondial de la FIPF qui sera tenu au Québec en juillet 2008.

« Il s’agit de capitaliser le progrès, d’avancer ensemble dans un dynamisme de modernisation pour se préparer à de nouvelles échéances et de défendre la francophonie porteuse de valeurs démocratiques. C’est un message d’espoir dans la possibilité d’une communication », a indiqué Dario Pagel, président la FIPF.

Au total, quelque 140 intervenants et participants ont pris part à ce congrès, venus d’Afghanistan, d’Algérie, du Canada, du Djibouti, d’Egypte, des Etats-Unis, de France, d’Italie, de Jordanie, du Liban, du Maroc, de Mauritanie, du Mexique, de la Tunisie, de Swaziland, du Soudan, de la Syrie et du Yémen.

Partant de la conviction que les deux langues se complètent sans s’exclure, l’organisation de ladite conférence cherchait à répondre aux besoins des apprenants des deux côtés de la Méditerranée, à proposer des idées pour le développement du français et à soutenir les enseignants. Comme l’a souligné le Dr Gharra Mehanna, présidente de la CMA et chef du département de la langue française à la faculté des lettres de l’Université du Caire, le congrès émane de la nécessité de repenser les deux langues, arabe et française, dans une perspective d’enrichissement. « C’est un pas vers le dialogue entre les deux langues, une réflexion sur la didactique, la littérature comparée et la traduction. La diffusion du français dans le monde arabe est l’œuvre des écoles et des universités, alors que l’arabe doit son expansion en France aux chercheurs et traducteurs, c’est un échange qui ne cesse de se renforcer et de s’élargir, c’est une conscience aiguë de ce que nous sommes capables de faire ». De son côté, l’ex-secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie, Boutros Boutros-Ghali a souligné que l’apport culturel et linguistique ne doit pas rester à sens unique. « Il doit y avoir une réciprocité culturelle fondée sur un minimum d’égalité. Les échanges doivent se passer au même niveau dans tous les domaines. C’est de la volonté des Etats et des sociétés civiles que dépendra la qualité du dialogue entre l’arabe et le français », a-t-il souligné tout en déplorant que 0,1 % des lycéens français apprennent l’arabe, alors que 25 % des lycéens arabes apprennent le français. « Dans le monde contemporain, la mondialisation peut devenir synonyme d’uniformité. Ses menaces génèrent des réactions de rejet, de repli sur soi, de fanatisme, de fondamentalisme, de haine de l’autre dans sa différence. Et là, la francophonie a une capacité de développer une coopération Nord/Sud et Sud/Sud », a insisté M. Boutros-Ghali.

 

Réflexion sur l’enseignement

Les thèmes des débats et tables rondes, pour diversifiés qu’ils étaient, ont tous mis l’accent sur le rôle du français dans le renforcement du savoir : l’enseignement du français, le français langue étrangère, le français de spécialité et le français deuxième langue, etc. Des séances-débats se sont tenues simultanément, suivies de quatre ateliers. Une panoplie de recherches a également été présentée : « Vers une construction de l’identité francophone », « Francophonie : nouvel humanisme et pluriculturalisme », « Tintin en Arabie, représentations de l’arabe dans les albums d’Hergé », « L’Orient et l’Occident à travers trois figures féminines », « Utilisation des sites Internet dans l’enseignement de la civilisation française », etc. « Le but est de travailler ensemble dans un esprit de solidarité. Nous tenons à accorder notre soutien aux départements de français et ce en terme de recherche et de professionnalisme. Nous croyons que l’avenir du français passe par son usage dans les pays où il n’est pas première langue. Raison pour laquelle nous cherchons à tisser des liens d’échange, de partage de valeurs et de biens communs avec les autres francophones », a pour sa part déclaré Jean-Paul Mortelette, de l’Agence universitaire de la francophonie. Et d’ajouter qu’une réunion des chefs de département de français se tiendra les 14 et 15 janvier 2008 à Beyrouth dans cette perspective. Un nouveau maillon qui viendra s’ajouter à la chaîne visant la multiplication des passerelles entre le français et les autres langues et l’approfondissement de la réflexion sur la rencontre de deux cultures.

« La tenue du 1er Congrès régional de la CMA souligne l’implication des sociétés civiles et leur dynamisme. Ce congrès prouve la fécondité des échanges ainsi que le militantisme des enseignants de la langue française qui œuvrent à promouvoir le fonds culturel et littéraire de la langue », a déclaré Jean-Paul Rebaud, du ministère des Affaires étrangères et européennes. Signe positif de ce militantisme, la FIPF devrait prochainement s’installer en Jordanie ainsi qu’en Afghanistan.

Autre bonne nouvelle annoncée lors de la séance inaugurale du congrès, le porte-parole du ministère égyptien de l’Education, Réda Abou-Série, a souligné la décision d’enseigner le français dans les écoles gouvernementales égyptiennes à partir du cycle préparatoire au lieu du cycle secondaire. « Il s’est avéré que deux ans ne sont pas du tout suffisants pour maîtriser une langue. Apprendre une langue, c’est connaître l’autre et savoir coexister avec lui en paix et sécurité », a-t-il souligné.

Rania Adel


 

 3 questions à

François Pradal, rédacteur en chef de la revue Le français dans le monde et animateur, pendant le congrès, de l’atelier « Travailler avec la presse francophone en cours de langues ».

«Pour que le français se développe, il faut des débouchés»

Al-Ahram Hebdo : On parle souvent de la place de la langue française en Egypte et dans le monde arabe. Mais en est l’arabe en France ?

François Pradal : Si l’on évoque le côté culturel, l’arabe est bien présent. Il existe tout un héritage de l’émigration maghrébine avec en premier lieu la musique raï. Mais si l’on passe au niveau de l’Etat, nous remarquerons une crainte d’organiser un enseignement communautaire. Peu de familles même encouragent leurs enfants à opter pour le choix de l’étude de la langue arabe. Moi, personnellement, je vois qu’il faut accéder aux langues, y compris l’arabe. Mais, il faut savoir quel arabe enseigner, est-ce l’arabe littéral ou dialectal ? Donc, le problème se pose à deux niveaux : celui de l’offre et celui de la façon de l’enseigner. Il faut qu’il y ait une volonté politique pour pallier ce problème.

Ne croyez-vous pas que dans le cadre de la mondialisation, l’arabe aussi bien que le français sont menacés ?

— Certes. La mondialisation est une évidence, c’est une destruction des cultures, des peuples, de la singularité. Tout est susceptible de passer sous le rouleau compresseur de l’anglais. Et pour ce, les deux langues ont besoin de s’unir.

Vous avez été directeur du Centre français de culture et de coopération au Caire. Comment évaluez-vous la francophonie en Egypte ?

Ça fait deux ans que je suis parti, peut-être que la francophonie ne gagne pas du terrain ces jours-ci en Egypte, mais au moins elle n’en perd pas. Il existe plusieurs projets menés en coopération avec la France, notre grand espoir est l’Université française d’Egypte et l’Institut de formation de professeurs que ce soit au Caire ou à Alexandrie, sans oublier les filières francophones. Bref, pour que le français se développe, il faut qu’il y ait des débouchés afin d’encourager les étudiants à s’y lancer.

Propos recueillis par Rania Adel

 

 




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