Rencontre.
Le Congrès régional de la Fédération Internationale des
Professeurs de Français s’est tenu au Caire du 6 au 9
décembre sur le thème « Arabophonie et francophonie :
actions et interactions ». Il a mis l’accent sur la
didactique convergente de l’arabe et du français.
S’alimenter
des richesses
Une manifestation culturelle riche et diversifiée. C’est
ainsi qu’on peut qualifier le 1er Congrès régional de la
commission du monde arabe qui s’est tenue du 6 au 9 décembre
2007 au sein de l’Université du Caire. Cette conférence,
dont le thème était « Arabophonie et francophonie : actions
et interactions », a été organisée par la Commission du
Monde Arabe (CMA) de la Fédération Internationale des
Professeurs de Français (FIPF) avec le soutien du ministère
français des Affaires étrangères et européennes, de
l’Organisation internationale de la francophonie et de
l’Université du Caire qui fêtait son centenaire.
Initialement, ce congrès était censé être organisé au Liban.
Mais en raison de la situation politique dans ce pays, il a
été décidé de le transférer au Caire. La décision a été
prise en juillet dernier, ce qui met en évidence le défi
relevé par les organisateurs qui n’ont épargné aucun effort
pour le tenir.
L’importance de ce congrès réside dans le fait qu’il boucle
les réunions des commissions de l’Asie-Pacifique, de
l’Europe et de l’Amérique latine et prépare le congrès
mondial de la FIPF qui sera tenu au Québec en juillet 2008.
« Il s’agit de capitaliser le progrès, d’avancer ensemble
dans un dynamisme de modernisation pour se préparer à de
nouvelles échéances et de défendre la francophonie porteuse
de valeurs démocratiques. C’est un message d’espoir dans la
possibilité d’une communication », a indiqué Dario Pagel,
président la FIPF.
Au total, quelque 140 intervenants et participants ont pris
part à ce congrès, venus d’Afghanistan, d’Algérie, du
Canada, du Djibouti, d’Egypte, des Etats-Unis, de France,
d’Italie, de Jordanie, du Liban, du Maroc, de Mauritanie, du
Mexique, de la Tunisie, de Swaziland, du Soudan, de la Syrie
et du Yémen.
Partant de la conviction que les deux langues se complètent
sans s’exclure, l’organisation de ladite conférence
cherchait à répondre aux besoins des apprenants des deux
côtés de la Méditerranée, à proposer des idées pour le
développement du français et à soutenir les enseignants.
Comme l’a souligné le Dr Gharra Mehanna, présidente de la
CMA et chef du département de la langue française à la
faculté des lettres de l’Université du Caire, le congrès
émane de la nécessité de repenser les deux langues, arabe et
française, dans une perspective d’enrichissement. « C’est un
pas vers le dialogue entre les deux langues, une réflexion
sur la didactique, la littérature comparée et la traduction.
La diffusion du français dans le monde arabe est l’œuvre des
écoles et des universités, alors que l’arabe doit son
expansion en France aux chercheurs et traducteurs, c’est un
échange qui ne cesse de se renforcer et de s’élargir, c’est
une conscience aiguë de ce que nous sommes capables de faire
». De son côté, l’ex-secrétaire général de l’Organisation
internationale de la francophonie, Boutros Boutros-Ghali a
souligné que l’apport culturel et linguistique ne doit pas
rester à sens unique. « Il doit y avoir une réciprocité
culturelle fondée sur un minimum d’égalité. Les échanges
doivent se passer au même niveau dans tous les domaines.
C’est de la volonté des Etats et des sociétés civiles que
dépendra la qualité du dialogue entre l’arabe et le français
», a-t-il souligné tout en déplorant que 0,1 % des lycéens
français apprennent l’arabe, alors que 25 % des lycéens
arabes apprennent le français. « Dans le monde contemporain,
la mondialisation peut devenir synonyme d’uniformité. Ses
menaces génèrent des réactions de rejet, de repli sur soi,
de fanatisme, de fondamentalisme, de haine de l’autre dans
sa différence. Et là, la francophonie a une capacité de
développer une coopération Nord/Sud et Sud/Sud », a insisté
M. Boutros-Ghali.
Réflexion
sur l’enseignement
Les thèmes des débats et tables rondes, pour diversifiés
qu’ils étaient, ont tous mis l’accent sur le rôle du
français dans le renforcement du savoir : l’enseignement du
français, le français langue étrangère, le français de
spécialité et le français deuxième langue, etc. Des séances-débats
se sont tenues simultanément, suivies de quatre ateliers.
Une panoplie de recherches a également été présentée : «
Vers une construction de l’identité francophone », «
Francophonie : nouvel humanisme et pluriculturalisme », «
Tintin en Arabie, représentations de l’arabe dans les albums
d’Hergé », « L’Orient et l’Occident à travers trois figures
féminines », « Utilisation des sites Internet dans
l’enseignement de la civilisation française », etc. « Le but
est de travailler ensemble dans un esprit de solidarité.
Nous tenons à accorder notre soutien aux départements de
français et ce en terme de recherche et de professionnalisme.
Nous croyons que l’avenir du français passe par son usage
dans les pays où il n’est pas première langue. Raison pour
laquelle nous cherchons à tisser des liens d’échange, de
partage de valeurs et de biens communs avec les autres
francophones », a pour sa part déclaré Jean-Paul Mortelette,
de l’Agence universitaire de la francophonie. Et d’ajouter
qu’une réunion des chefs de département de français se
tiendra les 14 et 15 janvier 2008 à Beyrouth dans cette
perspective. Un nouveau maillon qui viendra s’ajouter à la
chaîne visant la multiplication des passerelles entre le
français et les autres langues et l’approfondissement de la
réflexion sur la rencontre de deux cultures.
« La tenue du 1er Congrès régional de la CMA souligne
l’implication des sociétés civiles et leur dynamisme. Ce
congrès prouve la fécondité des échanges ainsi que le
militantisme des enseignants de la langue française qui
œuvrent à promouvoir le fonds culturel et littéraire de la
langue », a déclaré Jean-Paul Rebaud, du ministère des
Affaires étrangères et européennes. Signe positif de ce
militantisme, la FIPF devrait prochainement s’installer en
Jordanie ainsi qu’en Afghanistan.
Autre bonne nouvelle annoncée lors de la séance inaugurale du
congrès, le porte-parole du ministère égyptien de
l’Education, Réda Abou-Série, a souligné la décision
d’enseigner le français dans les écoles gouvernementales
égyptiennes à partir du cycle préparatoire au lieu du cycle
secondaire. « Il s’est avéré que deux ans ne sont pas du
tout suffisants pour maîtriser une langue. Apprendre une
langue, c’est connaître l’autre et savoir coexister avec lui
en paix et sécurité », a-t-il souligné.
Rania
Adel