Grève . Les
fonctionnaires de l’Organisme des impôts fonciers réclament au ministre des
Finances une augmentation immédiate de leur salaire. Ils ne lèveront leur
sit-in qu’une fois avoir obtenu gain de cause.
Revendication non-négociable
Pour
la troisième fois en un mois et demi, les fonctionnaires des impôts fonciers
sont en sit-in en plein centre du Caire. Dans la rue Hussein Hégazi, dans le
quartier de Qasr Al-Aïni, face aux bureaux du gouvernement, ils sont installés
depuis le 3 décembre. Leur nombre augmente de jour en jour et a dépassé lundi
10 décembre les 10 000 personnes. La revendication principale demandée par les
fonctionnaires venus des 4 coins d’Egypte est de bénéficier d’un salaire
équivalent à celui de leurs collègues du siège de l’organisme, au Caire. Ceux-ci
reçoivent des primes mensuelles équivalentes à 4 mois de salaires, alors que
les primes des employés des impôts fonciers dans les gouvernorats représentent
à peine trois quarts du salaire mensuel. Les grèvistes refusent de quitter les
lieux avant que le ministre des Finances n’accède à leur demande. Mais celle-ci
est jugée irréalisable par Farouq Chéhata, président du Syndicat général des
banques, de l’assurance et des affaires financières. « Ils ont tout à fait le
droit de demander une augmentation de salaire. Mais la prise d’une décision
financière sur-le-champ est impossible. Le gouvernement risquerait de voir les
employés d’autres organismes afficher les mêmes revendications », estime-t-il. Il
s’aligne ainsi sur Youssef Boutros-Ghali, ministre des Finances, qui propose
une loi sur les impôts fonciers où seront insérés des articles stipulant une
rémunération spéciale de ces fonctionnaires. La loi annoncera également leur
retour sous la tutelle du ministère des Finances, autre revendication des
grévistes. « Les fonctionnaires ont pu faire entendre leur voix. Le projet de
loi est aujourd’hui en discussion dans les commissions parlementaires. La
nouvelle loi pourra être appliquée en janvier. Ces fonctionnaires qui affichent
ces demandes depuis plus de 5 ans, ne peuvent-ils pas attendre encore quelques
semaines ? », s’exclame Farouq Chéhata. Pour les fonctionnaires, la réponse est
négative. « La promulgation de la loi et son entrée en vigueur pourront prendre
des années. On ne peut pas attendre », crie Aymane Younès au nom de ses
collègues. Ainsi, les fonctionnaires ont refusé la proposition de Youssef
Boutros-Ghali présentée après une semaine de silence. Dimanche 9 décembre, il
s’est entretenu avec des représentants des fonctionnaires et leur a proposé une
augmentation de salaire en trois phases : la première après la fête du grand
Baïram qui aura lieu le 20 décembre, la deuxième avant la promulgation de la
nouvelle loi, et la dernière après cette promulgation. Mais en l’absence de
garanties, la proposition a été refusée. Ils ont, en outre, des objections sur
le contenu du projet de loi. « Le projet de loi a laissé au ministre des
Finances le soin de préciser les primes qui seront versées aux fonctionnaires. En
outre, les primes seront liées à une obligation de résultat. Or, parfois, si
l’objectif n’est pas réalisé, ce n’est pas la faute du fonctionnaire »,
explique Abdel-Qader Nada, directeur du bureau de Warraq à Guiza. « Nous
passerons la fête du grand Baïram ici si une décision financière n’est pas
prise », assurent plusieurs grévistes.
Une
insistance explicable vu leur maigre rémunération. « Cela fait 15 ans que je
travaille. Mon salaire est de 300 L.E. mensuelles alors que mon loyer est de
180 L.E. », assure Mohamad Al-Sayed Bakr. Les salaires moyens de ces
fonctionnaires, les primes y compris, varient en effet entre 250 et 300 L.E.
comme le révèlent leurs fiches de paye. « Les municipalités ont octroyé 20
jours de primes à leurs fonctionnaires à l’occasion du petit Baïram. Quand nous
avons demandé la même somme, on nous a dit qu’on dépendait du ministère des
Finances et qu’on n’y a pas droit. Or, au ministère, on nous dit qu’on dépend
des municipalités », se plaignent les employés du bureau des impôts fonciers
d’Ismaïliya.
Les
fonctionnaires affichent aussi une troisième revendication : la démission
d’Ismaïl Abdel-Rassoul, directeur de l’Organisme des impôts fonciers. Celui-ci
ayant annoncé à la presse que les sommes collectées par ces fonctionnaires sont
à peine de 400 millions de L.E. par an. Alors que selon eux, il ne s’agit que
du revenu d’une part des sommes collectées, celle relative aux terrains
agricoles. Or, ils collectent 44 types d’impôts pour une valeur annuelle
dépassant les 3 milliards de L.E. .
Marwa Hussein
Ancrés à l’asphalte
Encerclés par des forces de l’ordre, les fonctionnaires de l’Organisme des impôts, en sit-in depuis plus d’une semaine, inventent chaque jour de nouveaux mécanismes pour survivre. Ainsi, ils ont dû acheter des couvertures et des matelas et installer deux tentes pour se protéger du froid. Dans l’une d’elles, les femmes ont improvisé une cuisine. Fatma Al-Nabawiya, une gréviste, en a la charge. « On a tout ici, on cuisine, on fait le thé, on a du pain. Mais j’ai très mal au dos. J’ai passé toute la matinée à faire du thé, de 6h du matin à 13h », raconte-t-elle. Ils ont également apporté un petit générateur d’électricité. « Les forces de l’ordre ont interdit aux magasins alentour de nous alimenter en électricité », explique Abdel-Qader Nada, directeur du bureau de Warraq (Guiza). « Ils ont également demandé aux appartements voisins de ne pas nous donner d’eau et de ne pas permettre à nos femmes d’utiliser leurs toilettes », ajoute une autre gréviste. « Mais certaines personnes passent outre ces interdictions », poursuit cette dernière. A cause de la précarité des conditions de ce sit-in, des évanouissements ont été constatés et au moins 4 fonctionnaires ont été transportés à l’hôpital. Mais pour résister le plus longtemps possible, des groupes ont été créés et des roulements y ont été organisés. « Entre 10 000 et 15 000 fonctionnaires passent ici tout au long de la journée », assure-t-on. Une marche jusqu’au palais présidentiel est également prévue si les revendications ne sont pas prises en compte. Le sit-in du Caire représente les 55 000 fonctionnaires répartis dans les 26 gouvernorats d’Egypte. « Ceux qui ne sont pas là sont en grève dans leurs bureaux », fait-on savoir .
M. H.