Changements climatiques.
La conférence sur ce thème capital, tenue à Bali, en
Indonésie (3-14 décembre), sous l’égide de l’Onu, devrait
permettre de tracer une feuille de route de discussions pour
prolonger au-delà de 2012 le protocole de Kyoto sur la
réduction des gaz à effet de serre.
Négocier des négociations
La
conférence de Bali, réunissant 10 000 participants dont les
représentants de 190 gouvernements, se conclura donc
vraisemblablement le 14 décembre sans engagements, même
oraux, des deux principaux pollueurs climatiques, les
Etats-Unis et la Chine. La mission difficile des
participants était de trouver la formule magique qui
permettra de rallier tout le monde, des plus gros émetteurs
de gaz à effet de serre comme la Chine ou les Etats-Unis aux
pays les plus vulnérables comme les îles des Tropiques ou
les Etats d’Afrique subsaharienne.
Mais il semble que le fait que les deux principaux pollueurs
ne soient pas concernés par des engagements n’inquiète pas
Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention de l’Onu
sur les changements climatiques (UNFCCC). Selon lui, l’objet
de Bali est de lancer un processus de négociations, pas de
le conclure.
En d’autres termes, la conférence de Bali sera, selon lui,
fructueuse si les pays s’accordent pour lancer des
négociations sur l’après-Kyoto, avec un calendrier pour ces
négociations et une date butoir. Il a de même ajouté : « Je
crois que toutes les délégations comprennent l’urgence, mais
je crois aussi qu’aucune des délégations n’oublie son
intérêt national. Par exemple, vous ne pouvez pas attendre
que les pays producteurs de pétrole adhèrent avec
enthousiasme à un accord qui tuerait ni plus ni moins le
marché de leur seul produit », a dit M. De Boer.
En ce qui concerne les Etats-Unis qui participent pour la
première fois à la conférence de l’Onu, ils ont subi une
grosse pression internationale pour ratifier le protocole de
Kyoto, seul outil international pour limiter la surchauffe
surtout après que des responsables australiens eurent
affiché leur soutien à des réductions ambitieuses des
émissions de gaz à effet de serre. Il est à noter que
l’Australie a ratifié le protocole de Kyoto le premier jour
de la conférence.
Yvo de Boer a insisté pour que les Etats-Unis soient
toujours pour des objectifs contraignants nationalement,
mais contre des objectifs contraignants internationalement.
« La première chose que devraient faire les pays riches
serait de balayer devant leur porte et de commencer à
réduire leurs émissions », a déclaré à Reuters, à Bruxelles,
Rajendra Pachauri, le président du Groupe
Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC), lauréat
du Prix Nobel de la paix 2007 avec l’ancien vice-président
américain Al Gore. Le problème est qu’aucun des pays
représentés à Bali ne souhaite que son économie pâtisse des
efforts importants à mener pour réduire les émissions de gaz
à effet de serre. Pourtant, les scientifiques répètent que
le temps presse.
Malgré les défis envisagés à Bali, deux décisions
importantes ont été prises, les deux premiers jours de la
conférence. La première est la création d’un groupe de
travail, présidé par le nouveau président de la convention,
Rachmat Witoelar, chargé de concevoir le cadre et le
calendrier des négociations climatiques après Bali. Ce
groupe spécial devra identifier les éléments-clés faisant
partie des négociations futures, comme il a travaillé aussi
à préparer l’arrivée à Bali des ministres durant la deuxième
semaine de la conférence.
La seconde décision technique est de permettre à l’un des
deux organes subsidiaires permanents de la Convention sur le
climat de vérifier la bonne réalisation des transferts de
technologies. L’Organe subsidiaire pour la mise en
application (SBI en anglais), qui inclut des représentants
de gouvernements, pourra désormais se pencher sur les
transferts de technologies. Celles-ci permettent par exemple
à des centrales thermiques de réduire leurs émissions de gaz
à effet de serre, responsables du réchauffement.
Pour leur part, les pays en voie de développement ne sont
pas prêts à signer pour des objectifs contraignants
justement pour des raisons liées à leur droit au
développement et à la responsabilité historique des pays
riches. C’est pour ces raisons que les nations émergentes
continuent à Bali à défendre l’exonération dont elles
bénéficient.
Par contre, elles ont demandé à Bali de bénéficier
rapidement de transferts de technologies susceptibles de les
aider à combattre le réchauffement.
De leur côté, les pays riches ont assuré qu’ils étaient
prêts à ces transferts de technologies. En fait, les
technologies sont aujourd’hui contrôlées par le secteur
privé et le défi est de trouver des incitations capables
d’attirer les entreprises concernées vers les marchés des
pays en voie de développement.
Les pays pauvres et ceux qui sont en voie de développement
ont expliqué qu’ils ont besoin d’avoir accès à des
connaissances scientifiques et techniques pour limiter leur
consommation d’énergie. Mais les pays riches insistent
plutôt sur leur volonté de voir les pays émergents limiter
leurs émissions de gaz à effet de serre.
Les délégués et les militants, emmenés par le groupe des 77
qui regroupent 132 pays dont la Chine, ont affirmé que les
pays riches n’ont pas conscience de l’urgence de la
situation et que le maintien de certaines barrières comme la
propriété intellectuelle ralentissaient ces transferts de
technologies.
Mais le fait de négocier un nouvel accord tandis que les
exigences de Kyoto n’ont pas été respectées pousse à
désespérer. A un mois de l’entrée en vigueur de la période
d’engagement du protocole de Kyoto, 16 des 36 pays
industrialisés liés par ce texte ne respectent pas leurs
promesses, ce qu’ont critiqué les Nations-Unies en marge de
la conférence de Bali sur le changement climatique.
« Il existe un fort ressentiment (parmi les pays les plus
pauvres) face à ces nombreux engagements, pris dans le
passé, qui ne sont pas respectés et qui risquent d’être
commodément oubliés lorsque nous passerons à un nouveau
chapitre », a déploré Yvo de Boer.
Conclu en 1997, le protocole de Kyoto, qui expire en 2012,
contraint les nations industrialisées à réduire de 5 % en
moyenne par rapport à 1990 leurs émissions de gaz à effet de
serre (GES) sur la période 2008-2012. A moins d’un mois du
début de cette période d’engagement, les perspectives ne
sont pas bonnes. « Les émissions augmentent ; dans ce
contexte, Kyoto ne remplit pas sa mission », a dénoncé
Harlan Watson, qui conduit à Bali la délégation des
Etats-Unis, pays non signataire du protocole. « Je m’attends
totalement à ce que l’UE respecte ses objectifs par les
mécanismes de flexibilité », a-t-il ajouté.
L’adaptation, une nécessité
Comme l’a assuré le dernier rapport mondial sur le
développement humain lancé par le PNUD fin novembre,
l’adaptation est une nécessité pour réduire au minimum les
dégâts qui seront occasionnés par les changements
climatiques.
La nécessité de politiques fermes pour l’adaptation a fait
l’objet de discussion à Bali. Dans un communiqué de presse à
l’occasion de la conférence climat, le sous-secrétaire
général de l’Onu et directeur exécutif du PNUE, Achim
Steiner, a dit : « Grâce au travail du groupe d’experts
intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2007 a été
une année où la science des changements climatiques a
atteint un caractère définitif : le changement climatique se
déroule, il est sans équivoque ».
Il a de même ajouté que 2007 a également été témoin de
stratégies efficaces claires et moins coûteuses pour la
réduction des émissions de gaz à effet de serre, de
l’amélioration de l’efficacité énergétique dans la
construction et dans les secteurs de la déforestation et
l’agriculture.
« L’un des grands liens manquants a été l’adaptation, à la
fois en termes de stratégies d’adaptation et en termes de
ressources pour les communautés vulnérables. Cette
évaluation, faisant appel aux experts du monde développé et
en développement, établit un solide et important fondement,
un fondement sur lequel l’adaptation peut faire partie des
plans de développement des pays et intégrée dans l’aide
internationale, y compris l’aide étrangère pour le
développement », a dit M. Steiner.
Pour sa part, Monique Barbut, directeur général et président
du Fonds pour l’Environnement Mondial, FEM, a dit que son
fonds a une longue histoire de collaboration avec les pays
les plus vulnérables du monde qui veulent des moyens
respectueux de l’environnement pour s’adapter au changement
climatique sans toutefois sacrifier les principaux objectifs
de développement.
« Nous avançons de manière très claire pour introduire des
stratégies d’adaptation dans la pratique quotidienne. Le FEM
travaille aujourd’hui pour assurer que la sécurité
alimentaire, l’accès à l’eau potable et l’irrigation, la
santé publique et d’autres besoins fondamentaux sont
protégés maintenant et à l’avenir », a-t-elle indiqué.
Monique Barbut a également déclaré qu’il faut œuvrer à la
fois pour l’atténuation des impacts du changement climatique
et l’adaptation à ses conséquences dans les pays en
développement. « Il est indispensable, à cet égard, de
mobiliser dès maintenant 65 millions de dollars pour
favoriser la mise en place d’un développement industriel qui
ne nuise pas à l’environnement », a recommandé Mme Barbut.
Pour sa part, le secrétariat de la stratégie internationale
pour la réduction des désastres dépendant de l’Onu (UN/ISDR)
a pressé les gouvernements participant à la conférence de
Bali de promouvoir l’adaptation et la réduction des risques
aux désastres.
« Les gouvernements ont approuvé l’idée de prendre des
actions en ce qui concerne l’atténuation et l’adaptation à
travers la CCNUCC, mais jusqu’aujourd’hui, les négociations
des changements climatiques n’ont traité que le sujet de
l’atténuation. L’adaptation nécessite d’être une priorité
pour réduire la vulnérabilité des sociétés sur lesquelles
l’impact des changements climatiques est inévitable », a
avancé Salvano Briceño, directeur du secrétariat de
l’UN/ISDR à Genève, tout en assurant que 90 % des désastres
sont liés aux temps. « Nous disposons des outils qui nous
permettent de réduire l’impact négatif du changement
climatique, nous devrons donc les utiliser dès maintenant »,
a assuré Briceno.
Dalia
Abdel-Salam (Avec Agences)