Al-Ahram Hebdo,Environnement | Négocier des négociations
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Environnement

Changements climatiques. La conférence sur ce thème capital,  tenue à Bali, en Indonésie (3-14 décembre), sous l’égide de l’Onu, devrait permettre de tracer une feuille de route de discussions pour prolonger au-delà de 2012 le protocole de Kyoto sur la réduction des gaz à effet de serre.

Négocier des négociations

La conférence de Bali, réunissant 10 000 participants dont les représentants de 190 gouvernements, se conclura donc vraisemblablement le 14 décembre sans engagements, même oraux, des deux principaux pollueurs climatiques, les Etats-Unis et la Chine. La mission difficile des participants était de trouver la formule magique qui permettra de rallier tout le monde, des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre comme la Chine ou les Etats-Unis aux pays les plus vulnérables comme les îles des Tropiques ou les Etats d’Afrique subsaharienne.

Mais il semble que le fait que les deux principaux pollueurs ne soient pas concernés par des engagements n’inquiète pas Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention de l’Onu sur les changements climatiques (UNFCCC). Selon lui, l’objet de Bali est de lancer un processus de négociations, pas de le conclure.

En d’autres termes, la conférence de Bali sera, selon lui, fructueuse si les pays s’accordent pour lancer des négociations sur l’après-Kyoto, avec un calendrier pour ces négociations et une date butoir. Il a de même ajouté : « Je crois que toutes les délégations comprennent l’urgence, mais je crois aussi qu’aucune des délégations n’oublie son intérêt national. Par exemple, vous ne pouvez pas attendre que les pays producteurs de pétrole adhèrent avec enthousiasme à un accord qui tuerait ni plus ni moins le marché de leur seul produit », a dit M. De Boer.

En ce qui concerne les Etats-Unis qui participent pour la première fois à la conférence de l’Onu, ils ont subi une grosse pression internationale pour ratifier le protocole de Kyoto, seul outil international pour limiter la surchauffe surtout après que des responsables australiens eurent affiché leur soutien à des réductions ambitieuses des émissions de gaz à effet de serre. Il est à noter que l’Australie a ratifié le protocole de Kyoto le premier jour de la conférence.

Yvo de Boer a insisté pour que les Etats-Unis soient toujours pour des objectifs contraignants nationalement, mais contre des objectifs contraignants internationalement.

« La première chose que devraient faire les pays riches serait de balayer devant leur porte et de commencer à réduire leurs émissions », a déclaré à Reuters, à Bruxelles, Rajendra Pachauri, le président du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC), lauréat du Prix Nobel de la paix 2007 avec l’ancien vice-président américain Al Gore. Le problème est qu’aucun des pays représentés à Bali ne souhaite que son économie pâtisse des efforts importants à mener pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, les scientifiques répètent que le temps presse.

Malgré les défis envisagés à Bali, deux décisions importantes ont été prises, les deux premiers jours de la conférence. La première est la création d’un groupe de travail, présidé par le nouveau président de la convention, Rachmat Witoelar, chargé de concevoir le cadre et le calendrier des négociations climatiques après Bali. Ce groupe spécial devra identifier les éléments-clés faisant partie des négociations futures, comme il a travaillé aussi à préparer l’arrivée à Bali des ministres durant la deuxième semaine de la conférence.

La seconde décision technique est de permettre à l’un des deux organes subsidiaires permanents de la Convention sur le climat de vérifier la bonne réalisation des transferts de technologies. L’Organe subsidiaire pour la mise en application (SBI en anglais), qui inclut des représentants de gouvernements, pourra désormais se pencher sur les transferts de technologies. Celles-ci permettent par exemple à des centrales thermiques de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement.

Pour leur part, les pays en voie de développement ne sont pas prêts à signer pour des objectifs contraignants justement pour des raisons liées à leur droit au développement et à la responsabilité historique des pays riches. C’est pour ces raisons que les nations émergentes continuent à Bali à défendre l’exonération dont elles bénéficient.

Par contre, elles ont demandé à Bali de bénéficier rapidement de transferts de technologies susceptibles de les aider à combattre le réchauffement.

De leur côté, les pays riches ont assuré qu’ils étaient prêts à ces transferts de technologies. En fait, les technologies sont aujourd’hui contrôlées par le secteur privé et le défi est de trouver des incitations capables d’attirer les entreprises concernées vers les marchés des pays en voie de développement.

Les pays pauvres et ceux qui sont en voie de développement ont expliqué qu’ils ont besoin d’avoir accès à des connaissances scientifiques et techniques pour limiter leur consommation d’énergie. Mais les pays riches insistent plutôt sur leur volonté de voir les pays émergents limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.

Les délégués et les militants, emmenés par le groupe des 77 qui regroupent 132 pays dont la Chine, ont affirmé que les pays riches n’ont pas conscience de l’urgence de la situation et que le maintien de certaines barrières comme la propriété intellectuelle ralentissaient ces transferts de technologies.

Mais le fait de négocier un nouvel accord tandis que les exigences de Kyoto n’ont pas été respectées pousse à désespérer. A un mois de l’entrée en vigueur de la période d’engagement du protocole de Kyoto, 16 des 36 pays industrialisés liés par ce texte ne respectent pas leurs promesses, ce qu’ont critiqué les Nations-Unies en marge de la conférence de Bali sur le changement climatique.

« Il existe un fort ressentiment (parmi les pays les plus pauvres) face à ces nombreux engagements, pris dans le passé, qui ne sont pas respectés et qui risquent d’être commodément oubliés lorsque nous passerons à un nouveau chapitre », a déploré Yvo de Boer.

Conclu en 1997, le protocole de Kyoto, qui expire en 2012, contraint les nations industrialisées à réduire de 5 % en moyenne par rapport à 1990 leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) sur la période 2008-2012. A moins d’un mois du début de cette période d’engagement, les perspectives ne sont pas bonnes. « Les émissions augmentent ; dans ce contexte, Kyoto ne remplit pas sa mission », a dénoncé Harlan Watson, qui conduit à Bali la délégation des Etats-Unis, pays non signataire du protocole. « Je m’attends totalement à ce que l’UE respecte ses objectifs par les mécanismes de flexibilité », a-t-il ajouté.

 

L’adaptation, une nécessité

Comme l’a assuré le dernier rapport mondial sur le développement humain lancé par le PNUD fin novembre, l’adaptation est une nécessité pour réduire au minimum les dégâts qui seront occasionnés par les changements climatiques.

La nécessité de politiques fermes pour l’adaptation a fait l’objet de discussion à Bali. Dans un communiqué de presse à l’occasion de la conférence climat, le sous-secrétaire général de l’Onu et directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner, a dit : « Grâce au travail du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2007 a été une année où la science des changements climatiques a atteint un caractère définitif : le changement climatique se déroule, il est sans équivoque ».

Il a de même ajouté que 2007 a également été témoin de stratégies efficaces claires et moins coûteuses pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, de l’amélioration de l’efficacité énergétique dans la construction et dans les secteurs de la déforestation et l’agriculture.

« L’un des grands liens manquants a été l’adaptation, à la fois en termes de stratégies d’adaptation et en termes de ressources pour les communautés vulnérables. Cette évaluation, faisant appel aux experts du monde développé et en développement, établit un solide et important fondement, un fondement sur lequel l’adaptation peut faire partie des plans de développement des pays et intégrée dans l’aide internationale, y compris l’aide étrangère pour le développement », a dit M. Steiner.

Pour sa part, Monique Barbut, directeur général et président du Fonds pour l’Environnement Mondial, FEM, a dit que son fonds a une longue histoire de collaboration avec les pays les plus vulnérables du monde qui veulent des moyens respectueux de l’environnement pour s’adapter au changement climatique sans toutefois sacrifier les principaux objectifs de développement.

« Nous avançons de manière très claire pour introduire des stratégies d’adaptation dans la pratique quotidienne. Le FEM travaille aujourd’hui pour assurer que la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau potable et l’irrigation, la santé publique et d’autres besoins fondamentaux sont protégés maintenant et à l’avenir », a-t-elle indiqué.

Monique Barbut a également déclaré qu’il faut œuvrer à la fois pour l’atténuation des impacts du changement climatique et l’adaptation à ses conséquences dans les pays en développement. « Il est indispensable, à cet égard, de mobiliser dès maintenant 65 millions de dollars pour favoriser la mise en place d’un développement industriel qui ne nuise pas à l’environnement », a recommandé Mme Barbut.

Pour sa part, le secrétariat de la stratégie internationale pour la réduction des désastres dépendant de l’Onu (UN/ISDR) a pressé les gouvernements participant à la conférence de Bali de promouvoir l’adaptation et la réduction des risques aux désastres.

« Les gouvernements ont approuvé l’idée de prendre des actions en ce qui concerne l’atténuation et l’adaptation à travers la CCNUCC, mais jusqu’aujourd’hui, les négociations des changements climatiques n’ont traité que le sujet de l’atténuation. L’adaptation nécessite d’être une priorité pour réduire la vulnérabilité des sociétés sur lesquelles l’impact des changements climatiques est inévitable », a avancé Salvano Briceño, directeur du secrétariat de l’UN/ISDR à Genève, tout en assurant que 90 % des désastres sont liés aux temps. « Nous disposons des outils qui nous permettent de réduire l’impact négatif du changement climatique, nous devrons donc les utiliser dès maintenant », a assuré Briceno.

Dalia Abdel-Salam (Avec Agences)

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