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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Enquête

Statut personnel. Les femmes subissent toujours le poids de l’injonction de soumission, mesure qui les oblige via le tribunal de regagner le foyer conjugal suite à une séparation. Le Conseil national de la femme et les ONG mènent actuellement une campagne contre ce procédé qui a résisté aux réformes de 2000. Enquête.

Infâme soumission

A 76 ans, il a intenté un procès contre son épouse de 21 ans la sommant de réintégrer son foyer. Ce procès est actuellement traduit devant le tribunal du statut personnel du Caire. L’homme en question, un fortuné, a épousé une étudiante l’été dernier. Après trois semaines de vie commune, la femme a quitté le domicile conjugal pendant le sommeil de son mari. Ce dernier estime qu’il a versé une grande dot à sa bien-aimée qui l’a abandonné au bout de quelques jours. Quant à la jeune épouse, elle a vite découvert la supercherie de ce dernier. Le couple était supposé vivre dans une villa luxueuse mais en fait, elle a dû habiter dans un modeste appartement. Elle poursuit qu’une semaine après le mariage, elle a constaté l’avarice de son mari. Malgré son aisance, il ne se gênait pas de lui demander des comptes même pour les dépenses alimentaires. Elle n’a pas voulu intenter un procès de kholea, car elle aurait eu à rembourser la dot qui s’élève à 100 000 L.E.

Selon Nihad Aboul-Qomsane, avocate et présidente de le Centre égyptien pour les droits de la femme, l’injonction de soumission est une procédure juridique qui oblige toute épouse à regagner le domicile conjugal contre son gré. Au cas où elle refuserait, elle est considérée comme « nachez » (réfractaire à la loi). Cela veut dire qu’elle risque de perdre son droit au divorce et à la pension que lui garantit la justice. Il arrive même que certains juges lui interdisent un second mariage. « L’époux peut réclamer son retour par voie de lettre émise du tribunal et si elle n’y consent pas dans le mois qui suit, le juge l’affuble du statut de nachez. Cependant, elle peut faire opposition prétextant la mauvaise conduite de son mari. Et c’est au juge de statuer sur la gravité de la situation. Bien que l’injonction de soumission soit invalide après le kholea, il faut toutefois l’éliminer des mœurs. Il faut substituer l’entente du couple à la supériorité masculine. L’homme en islam est responsable du bien-être de sa femme. C’était l’attitude adoptée du prophète envers ses épouses. Il rapiéçait ses habits, balayait sa maison et aidait ses femmes dans les corvées ménagères. C’est le concept de l’amour et de la miséricorde qui devrait régner dans la vie conjugale comme cela est mentionné dans le Coran », explique Aboul-Qomsane.

 

Une campagne de plus

Aujourd’hui, le Conseil national de la femme et la société civile mènent une campagne féroce pour bannir l’injonction de soumission. L’avocate Mona Zoulfoqar, responsable du comité législatif au Conseil national de la femme, assure que ce conseil tente de lutter contre toute forme de discrimination envers la femme. Et ce, à travers un plan quinquennal basé sur plusieurs axes dont le plus important est celui de modifier la législation pour mieux protéger les femmes. « La loi du statut personnel égyptien a été promulguée en 1920 suite à la Révolution de 1919. Elle reflétait la renaissance et le mouvement de libération de la femme. Cependant, cette loi ne répond plus aux évolutions de nos jours », assure Zoulfoqar.

Les appels du Conseil national vont de pair avec les revendications du mouvement féministe.

« C’est inconcevable qu’une femme soit obligée de vivre avec un homme qu’elle n’aime pas, alors que nous sommes au XXIe siècle. C’est humiliant pour elle d’en arriver là. Beaucoup de femmes deviennent prisonnières et esclaves de leur mari. Pire encore. Certains conjoints vendent leurs maisons et obligent leurs épouses à vivre avec leurs belles-mères ou dans des conditions de vie inférieures à la leur », dit Fardos Al-Bahnassi, conseillère auprès de plusieurs ONG qui œuvrent pour le bien-être de la femme.

Or, ce n’est pas la première fois qu’une campagne soit déclenchée pour bannir l’injonction d’obéissance. A la fin des années 1960, la star Faten Hamama a illustré ce cas dans le film Ourido hallan (je veux une solution). Un film qui raconte l’histoire d’une femme appelée à rejoindre le foyer conjugal de force par la police. Il a secoué l’opinion publique. Une occasion saisie par le mouvement féministe pour faire pression et annuler l’intervention de la police. Pourtant, le mouvement féministe n’a pas réussi à interdire l’injonction de soumission. En effet, cette pratique n’existe pas en islam. Ni le prophète ni ses compagnons n’ont eu recours à ce moyen. Cependant, certains oulémas pensent que l’homme a le droit d’ordonner à sa femme de regagner le domicile conjugal même contre son gré. Le Dr Abdel-Sabour Chahine, professeur de charia islamique à l’Université du Caire, pense que si la femme n’a pas les moyens de rembourser sa dot pour obtenir sa liberté, elle n’a pas de raisons pour demander le divorce. « En cas de divorce, c’est l’homme qui assume toutes les charges financières comme la pension alimentaire, le remboursement du complément de la dot, et ce, pour avoir porté préjudice à sa femme. L’homme est le seul perdant dans cette histoire alors que l’islam veut garantir les droits pour chaque conjoint. La femme aussi doit lui rendre sa dot en cas de séparation sinon, elle est appelée à regagner son domicile conjugal », assure Chahine qui poursuit que l’homme ne peut cependant obliger sa femme à vivre avec sa famille ou dans un milieu inférieur au sien. Dans ce cas, elle peut refuser prétextant qu’il lui a porté préjudice.

Et entre ceux qui sont pour et ceux qui sont contre, l’injonction de soumission sévit toujours. Une situation inacceptable pour une relation basée sur l’entente et le consentement. « L’injonction de soumission sert de subterfuge aujourd’hui pour certains maris afin de priver la femme de ses droits ou de l’humilier surtout si celle-ci occupe un poste prestigieux », conclut Aboul-Qomsane.

Dina Darwich

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