Parlement .
Un sous-comité a été créé pour juger de la recevabilité des
interpellations initiées par les députés. Cette nouvelle
restriction sur la convocation des ministres sous
l’hémicycle est décriée par l’opposition.
Une arme émoussée
Les
députés indépendants et de l’opposition accusent le
président du Parlement, Fathi Sourour, de les empêcher
d’exercer leur contrôle sur le gouvernement — un contrôle
qui, avec la législation, constitue l’essentiel de leur
fonction. Sur les 65 interpellations présentées depuis le
début de la nouvelle session parlementaire le mois dernier,
Sourour en a refusé huit. Ces interpellations (exigeant la
convocation des ministres concernés) portaient
essentiellement sur des sujets relatifs aux pots-de-vin
politiques.
Un sous-comité a été récemment formé pour juger de la
recevabilité des interpellations, lesquelles doivent être
étayées de preuves solides, surtout si elles attaquent
l’honneur et l’intégrité d’un officiel.
« Etant donné que ce sous-comité est majoritairement formé
de membres du PND (Parti National Démocrate, au pouvoir), sa
fonction principale sera de défendre le gouvernement en
décidant de ce qui doit être dit », attaque Mohamad
Al-Beltagui, secrétaire général du bloc des 88 députés issus
de la confrérie des Frères musulmans. « Je pense que face à
des accusations de corruption, le PND se doit de prouver son
innocence au lieu de recourir à des machinations mesquines
comme la formation de ce comité qui va à l’encontre des
usages parlementaires », lance-t-il encore.
« Ces interpellations ne sont basées que sur des coupures de
journaux sans aucune preuve. Les accepter serait transformer
le Parlement en une arène d’échange d’accusations et de
contre-accusations », a jugé quant à elle la secrétaire du
Parlement, Zeinab Radwane, tout en accusant leurs
initiateurs de vouloir simplement améliorer leur statut en
marquant des points.
L’une des interpellations rejetées accuse le gouvernement
d’avoir fourni aux députés PND des visas pour l’Arabie
saoudite et une somme de 20 000 livres pour couvrir les
frais de transport et de logement. Certains auraient par la
suite vendu leur visa au marché noir. Une autre
interpellation initiée par le député islamiste Saad
Al-Husseini, accuse des hauts responsables et des députés du
PND d’avoir usé de leur influence pour obtenir à des prix
dérisoires des terrains de construction dans une nouvelle
ville du Nouveau-Caire construite par un magnat proche du
pouvoir.
« Il y a des interpellations qui méritaient d’être rejetées,
d’autres pas », estime de son côté le député du
Rassemblement Mohamad Abdel-Aziz Chaabane, tout en précisant
que son parti n’a présenté aucune interpellation depuis le
début de l’actuelle session. « Toutefois, reprend-il, je
pense qu’en principe une interpellation représente un point
de vue, et par conséquent, il serait bénéfique de la
considérer et d’en discuter les tenants et les aboutissants
».
Autre restriction : Fathi Sourour a décidé de réserver une
seule séance mensuelle pour la discussion de toutes les
interpellations visant un ministre, ce qui selon
l’opposition réduirait à quelques minutes le temps accordé à
débattre chacun des sujets soulevés. Durant la dernière
session parlementaire, seules quatre interpellations ont été
discutées.
Amr Hachem Rabie, spécialiste des affaires parlementaires au
Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram,
estime qu’il existe tout un arsenal de manœuvres utilisées
par la majorité parlementaire pour faire avorter les
interpellations. Depuis le nouveau sous-comité qui sert de
filtre et jusqu’à la décision de la date et du temps alloués
pour la présentation du sujet, en passant par les moyens de
dissuasion qui visent à faire renoncer les députés rebelles.
« Souvent quand il s’agit d’un sujet sérieux qui peut poser
problème au gouvernement, on essaye de courtiser le député à
travers des promesses et/ou des menaces de ternir sa
réputation », affirme Rabie. En outre, le gouvernement
exploitant son monopole de la diffusion des séances
parlementaires, donne souvent l’impression, à travers un
montage bien calculé, que les députés de l’opposition
parlent à côté, et que les ministres qui leur répondent sont
très pertinents « et souvent la scène se termine avec le
Parlement exprimant ses remerciements au ministre », ajoute
le chercheur.
En tout état de cause, avec le PND disposant d’une majorité
écrasante dans l’hémicycle, le gouvernement est sûr de
sortir indemne, même si l’interpellation est menée jusqu’au
bout.
Reste la portée morale et l’influence que représente cette
procédure sur l’opinion publique. Or avec la multiplication
des interpellations par dizaines, cet outil de contrôle a
beaucoup perdu de sa signification .
Chérif Albert