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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Dossier

Nucléaire iranien. Mustafa Al-Labbad, rédacteur en chef de la revue trimestrielle Sharq Nameh, spécialiste de l’Iran, de la Turquie et de l’Asie centrale, estime que Téhéran doit profiter de l’occasion actuelle pour appliquer ses accords avec l’AIEA.

« Ce rapport qui acquitte l’Iran ne le met pas à l’écart des pressions internationales »

Al-Ahram Hebdo : Quelle est la portée réelle du rapport des renseignements américains sur le nucléaire iranien ?

Mustafa Al-Labbad : Le dernier rapport comporte des messages politiques. Il affirme que l’Iran a arrêté son programme nucléaire militaire à l’automne 2003. Autrement dit, ce rapport met l’accent sur le fait que l’Iran ne représente pas un danger permanent mais juste probable, ce qui n’exige donc pas une intervention militaire.  Il est à noter que ce rapport a le privilège d’avoir une très grande crédibilité auprès des Américains, car il est effectué par 16 services de renseignements américains. Il suffit de rappeler que le rapport précédent publié en 2005 avait émis l’hypothèse que l’Iran a un programme nucléaire militaire secret ? C’est donc lui qui a mené à l’escalade américaine et occidentale contre Téhéran. Il faut donc imaginer à quel point ce genre de rapports a son influence.

D’après vous, pourquoi a-t-il été publié précisément à ce moment ?

— Ce n’est pas par hasard que ce rapport est publié en ce moment, alors que le président Bush est en train de faire des pressions sur le Conseil de sécurité afin d’imposer de nouvelles sanctions contre l’Iran. Comme je viens de le signaler, ce rapport renferme des messages politiques. Il vient d’embarrasser l’Administration Bush, et entamer sa crédibilité devant le monde entier. En même temps, il accorde plus de crédibilité aux services des renseignements américains.

Mais a-t-il vraiment réussi à toucher la crédibilité de l’Administration américaine ?

— Sans doute que oui. Bush a menacé l’Iran plus de 70 fois de mener des attaques militaires contre lui. Ce qui a eu pour conséquence d’affaiblir sa crédibilité. Avec ce rapport, il lui sera à présent difficile de le faire. Il faut savoir que le mécanisme de la prise de décision américaine est très compliqué. Ce n’est pas uniquement Bush qui prend les décisions. Et le Conseil de sécurité, quant à lui, ne va jamais prendre la décision d’attaquer l’Iran surtout après la publication de ce rapport. Aujourd’hui, un grand nombre de membres du Conseil de sécurité ont invité à mener plutôt des négociations entre les Etats-Unis et l’Iran afin de pouvoir parvenir à une solution. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice appuie d’ailleurs cette proposition.

Quelles conséquences immédiates, donc ?

— Ce rapport a eu des résultats à deux niveaux. D’abord, sur le plan tactique, il affirme l’échec du mouvement de Dick Cheney, vice-président américain qui soutient l’idée d’attaquer l’Iran militairement, face à l’action de la secrétaire d’Etat qui préfère la solution diplomatique. D’autre part, il serait impossible à la suite de ce rapport de promulguer une troisième décision de l’Onu visant à imposer de sévères sanctions à l’Iran influant gravement son économie. Ensuite, sur le plan géopolitique, ni les Etats-Unis ni leurs alliés comme la France, la Grande-Bretagne et Israël ne pourront mener des attaques contre l’Iran sans l’approbation du Conseil de sécurité. 

Les réactions à l’intérieur des Etats-Unis sont devenues contradictoires. Qu’en pensez-vous ?

— Les Démocrates en Amérique refusaient dès le départ la politique de Bush vis-à-vis de l’Iran et la jugeaient hâtive et non justifiable. Ce rapport est donc venu soutenir leurs points de vue. Bush est aujourd’hui dans l’impasse, notamment durant la dernière année de son mandat présidentiel, et sa popularité a beaucoup diminué. Tout ce qu’il peut espérer maintenant, c’est la publication d’un contre-rapport qui affirmera que l’Iran possède vraiment une activité nucléaire dangereuse. Mais la possibilité de mener une attaque militaire contre l’Iran est devenue difficile.

Difficile ou impossible ?

— Dans la politique, tout est possible. Nous pouvons uniquement dire que cette idée est lointaine. Tant que l’Iran n’a pas commis d’erreur fatale en attaquant les forces américaines en Iraq, par exemple, il ne court pas le danger d’être agressé.

Les Iraniens ont considéré ce rapport comme étant une victoire, alors que le président Bush a riposté par l’ironie. Quel est votre avis sur ce point ?

— En réalité, ce rapport représente un camouflet pour Bush. Mais en ce qui concerne les Iraniens, il s’agit uniquement pour eux d’une victoire morale, car elle a pu affirmer leur crédibilité. Mais on ne peut pas oublier que ce pays est jusqu’aujourd’hui puni par des sanctions économiques votées dans le cadre des résolutions des Nations-Unies 1 737 et 1 747 et qu’il existe toujours des doutes sur son programme nucléaire. Ce rapport qui acquitte l’Iran ne le met pas à l’écart des pressions internationales. Ce que l’Iran doit faire actuellement, c’est de bien profiter de ce rapport.

Et comment cela ?

— Il s’agit d’entamer un dialogue avec l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). Jusqu’aujourd’hui, il n’a fait que conclure des accords, mais il doit absolument commencer à exécuter ses promesses.

Comment voyez-vous le rôle des pays arabes face à la crise du programme nucléaire iranien ? 

— En ce qui concerne les pays du Golfe, notamment le Koweït, Qatar et Bahreïn, ils craignent la possession par l’Iran d’une arme nucléaire qui, en cas d’utilisation, les détruira. Ce sont des craintes justifiées. Quant aux autres pays arabes, ce qui les provoque, c’est la possession par Israël d’une arme nucléaire et pas l’Iran. Ils cherchent à avoir comme garantie la non prolifération des armes nucléaires dans toute la région. Ni l’Iran ni Israël ne doivent posséder ce genre d’armes. C’est pourquoi, ils refusent de soutenir l’Iran.

Ne pensez-vous pas qu’il s’agit plutôt de pressions américaines sur ces pays ?

— Pas du tout. La preuve est en plus des pays arabes et ceux du Golfe qui refusent les armes nucléaires dans la région, il y a aussi la Turquie, le Pakistan et l’Inde qui ont des craintes à cet égard et sont les alliés de Washington sur ce point. Je voudrais signaler que le fait d’attribuer toutes les réactions arabes aux pressions américaines ne fait que déformer l’image de ces pays arabes et les faire paraître de plus en plus faibles. Outre que cela accorde plus de force aux Etats-Unis. Il est vrai que ces pressions peuvent représenter un facteur, mais ne constituent pas le principal moteur. De toute façon, les intérêts des pays du Golfe et ceux de Washington convergent à cet égard.

Propos recueillis par Chaïmaa Abdel-Hamid

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Une crise qui remonte à 2003

Février 2003 : L’ancien président Mohamad Khatami annonce que son pays produira son propre combustible nucléaire pour ses futures centrales civiles.

Septembre 2003 : Résolution du Conseil des gouverneurs de l’AIEA sur la mise en œuvre de l’accord de garanties entre l’Agence et l’Iran.

Octobre 2003 : Arrivée à Téhéran d’une délégation d’inspecteurs de l’AIEA conduite par Mohamad Al-Baradei.

Visite conjointe à Téhéran des ministres des Affaires étrangères français, britannique et allemand, et entretien avec le président iranien.

Novembre 2003 : Réunion à Vienne du Conseil des gouverneurs de l’AIEA. Adoption d’une résolution sur la question de la prolifération dans le domaine nucléaire en Iran.

Décembre 2003 : Signature à Vienne par l’Iran du protocole additionnel au traité de non-prolifération permettant à l’AIEA d’organiser des inspections inopinées et approfondies des sites nucléaires.

Juin 2004 : Adoption d’une résolution de l’AIEA soulignant les omissions de l’Iran dans ses déclarations sur son programme nucléaire.

Novembre 2004 : Adoption du projet de résolution de l’AIEA sur la suspension d’activités nucléaires de l’Iran.

Juin 2005 : Mahmoud Ahmadinejad remporte l’élection présidentielle.

Août 2005 : Adoption, à Vienne, par les pays membres du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, d’une résolution enjoignant l’Iran de suspendre toute activité liée à la production de combustible nucléaire.

Septembre 2005 : Adoption, à Vienne, d’une résolution par l’AIEA se préoccupant de la non-conformité de l’Iran au regard du régime de non-prolifération.

Février 2006 : l’Iran décide de réduire sa coopération avec l’AIEA (fin de l’application volontaire du protocole additionnel) et de reprendre des activités liées à l’enrichissement à Natanz.

Mars 2006 : Déclaration présidentielle du Conseil de sécurité demandant à l’Iran de se conformer dans un délai de 30 jours aux demandes de l’AIEA.

Mai 2006 : Mahmoud Ahmadinejad écrit à George Bush pour proposer de « nouveaux moyens » de régler les tensions dans le monde, geste sans précédent depuis la révolution en 1979.

Juin 2006 : Accord sur une nouvelle offre de négociation à l’Iran conditionnée par la suspension des activités sensibles.

Juillet 2006 : Adoption du Conseil de sécurité (par 14 voix contre 1) de la résolution 1696. Celle-ci rend obligatoire la suspension par l’Iran de toutes ses activités liées à l’enrichissement et au retraitement.

Août 2006 : Rapport de l’AIEA qui confirme que l’Iran ne se trouve pas en conformité avec la résolution 1696.

Décembre 2006 : Adoption à l’unanimité de la résolution 1 737. Celle-ci rend obligatoire la suspension de toutes les activités liées à l’enrichissement et à l’eau lourde en Iran, y compris en recherche et en développement. La résolution prévoit également des sanctions financières à l’encontre des organismes et individus responsables de ces activités.

Mars 2007 : Adoption à l’unanimité, par le Conseil de sécurité des Nations-Unies, de la résolution 1 747. Le conseil introduit de nouvelles mesures visant à pousser l’Iran à privilégier la négociation à un isolement croissant.

Avril 2007 : Le président Ahmadinejad annonce officiellement que le programme d’enrichissement est entré « dans sa phase industrielle ».

Juillet 2007 : Téhéran accepte que des inspecteurs de l’AIEA se rendent avant la fin juillet sur le site du réacteur à eau lourde d’Arak, qui était fermé aux inspections depuis mars, à la suite des sanctions imposées par l’Onu.

Septembre 2007 : Ahmadinejad déclare que l’Iran a « mis en service plus de 3 000 centrifugeuses ».

Décembre 2007 : Un rapport de 16 agences de renseignements américains indique que l’Iran a stoppé en 2003 son programme nucléaire militaire.

 

 




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