Afghanistan .
L’insurrection des Talibans rend de plus en plus difficile
la mission de l’Otan sur place, laquelle a cependant réitéré
que la stabilité de ce pays restait la priorité de ses
opérations extérieures.
Le triple défi de l’Otan
Les pays de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique
Nord) ont réaffirmé lors de leur réunion ministérielle la
semaine dernière que la stabilité de l’Afghanistan restait «
la première priorité » de l’Alliance. Une affirmation qui
répond aux défis auxquels est confrontée l’Otan : une
insurrection revigorée, une escalade de la violence et la
présence de puissants barons de la drogue. La production
d’opium a atteint un record cette année et la guerre contre
la rébellion des Talibans reste meurtrière.
Le Sud est le théâtre des pires affrontements au quotidien
qui assombrissent les progrès et inquiètent les 40 pays
présents militairement dans le pays et qui ont perdu 160
soldats cette année. Lundi, L’armée afghane appuyée par les
troupes de l’Otan a repris l’agglomération de Musa
Qala détenue pendant dix mois
par les Talibans dans le sud de l’Afghanistan. Musa
Qala est le chef-lieu de
district du même nom dans le nord de la province de Helmand,
principale région productrice d’opium en Afghanistan, pays
qui est de loin le premier fournisseur mondial de cette
drogue (92 % de la production mondiale). Les autorités
afghanes ont assuré ces derniers temps que de plus en plus
de combattants étrangers, liés à
Al-Qaëda notamment, étaient entrés dans le Helmand,
en particulier à Musa Qala. Les
Talibans s’étaient déjà l’an dernier emparés de chefs-lieux
de districts dans cette province, et de celles voisines de
Kandahar et de Farah, avant d’en être chassés. La prise de
Musa Qala par les Talibans en
février avait été la conséquence d’un accord très
controversé avec les leaders tribaux de la région aux termes
duquel les troupes britanniques de l’Isaf
avaient accepté de se retirer contre la promesse que les
tribus tiendraient à éloigner les Talibans et
maintiendraient elles-mêmes la
paix.
Avec l’instabilité au Sud, nombre de pays envisagent de
retirer leurs troupes du terrain afghan. Les 1 665 soldats
néerlandais installés dans la province instable de l’Uruzgan
(sud) pourraient rentrer en 2008 après l’expiration de leur
mandat. Les soldats australiens postés à leurs côtés
pourraient les suivre, selon un responsable de l’Otan qui a
requis l’anonymat. Ce qui pourrait avoir un effet domino sur
le Canada et ses 2 500 hommes confrontés au harcèlement
quotidien des islamistes dans la province sud de Kandahar.
Si les forces internationales devaient plier bagage si tôt,
un bain de sang suivrait, avait prédit le président
Hamid
Karzaï.
Le tableau n’est pourtant pas si noir. Après une trentaine
d’années de guerre et en particulier depuis le renversement
en 2001 des Talibans qui protégeaient les terroristes d’Al-Qaëda,
la reconstruction est bien lancée. Hormis un réseau routier
en développement, 80 % des quelque 25 millions d’habitants
ont accès à l’aide médicale et la mortalité infantile a
baissé, bien que toujours parmi les plus élevées du monde.
Près de la moitié des enfants sont scolarisés et la
croissance devrait atteindre cette année 13 %,
essentiellement en raison des milliards de dollars étrangers
investis dans la reconstruction.
Dans une course contre la montre, la formation de l’armée et
de la police afghane bat son plein. Les militaires semblent
pouvoir atteindre les 70 000 hommes bien entraînés d’ici
l’an prochain mais il leur faudra du temps avant de mener
seuls des opérations contre l’insurrection. La police
afghane est forte de quelque 62 000 hommes sur 80 000
prévus. Corrompue, moins bien entraînée et peu armée, elle
est la cible de choix des Talibans qui ont éliminé 700
policiers cette année, selon le ministère de l’Intérieur.
Cette année, environ 5 000 personnes ont péri dans les
violences, dont 4 000 rebelles. Pour de nombreux
responsables, « il n’y a pas de solution militaire » à la
rébellion des Talibans, notamment financée par le trafic
d’opium. Hamid
Karzaï leur a réitéré son offre
de négociations, une proposition que pourraient accepter
sous conditions les islamistes.
Bruxelles,Par Aïcha
Abdel-Ghaffar —