kosovo .
L’expiration le 10 décembre de la date butoir fixée à la
médiation internationale pour trouver un compromis à la
crise de la province ouvre la voie à l’autoproclamation de
l’indépendance du Kosovo, et en fait une bombe à
retardement.
La menace pèse
L’avenir
du Kosovo ne cesse d’être un casse-tête pour la communauté
internationale. L’expiration, lundi 10 décembre, du délai
fixé aux médiateurs internationaux pour concilier la
position « inconciliable » des Serbes et des Albanais
aggrave la situation et gâche tous les efforts de paix
déployés par les médiateurs internationaux il y a 120 jours.
« C’est un retour à la case départ », déplore un diplomate
occidental. Déjà, les médiateurs de la Troïka formée par
l’UE, les Etats-Unis et la Russie ont informé le secrétaire
général de l’Onu, Ban Ki-moon, que leur mission sur le
Kosovo avait échoué du fait qu’aucune des parties n’était
prête à céder sur la question de la souveraineté. « Quatre
mois de négociations n’ont pas permis d’aboutir à un accord.
Nos séances ont été longues et souvent difficiles, avec
comme toile de fond, un héritage de méfiance mutuelle et de
rancœurs historiques. Malgré nos appels à un esprit de
compromis, chacun des deux côtés a été incapable de
convaincre l’autre d’accepter son scénario préféré »,
affirment les médiateurs.
Pourtant, ces mois de pourparlers n’étaient pas sans profit.
Ils ont simplement permis aux Serbes et aux Kosovars de
s’accorder sur trois principes : une solution doit être
trouvée sans recours à la violence ; elle doit exclure toute
partition du Kosovo, elle doit interdire une absorption
future du Kosovo par un autre pays (l’Albanie). Sinon, les
négociations restaient sans compromis, car les Kosovars
albanais, majoritaires dans la province serbe, réclament
toujours l’indépendance et les Serbes, soutenus par leur
alliée traditionnelle, la Russie, refusent de leur accorder
plus qu’une large autonomie.
Vu l’impasse, les autorités kosovares ont d’ores et déjà
affirmé qu’en cas d’échec des négociations, elles
proclameraient unilatéralement l’indépendance de leur
province, avec l’appui des Américains et des Européens. «
L’indépendance n’est plus qu’une question de date. l’affaire
est close », ont affirmé les responsables kosovars,
attendant le feu vert des Américains et des Européens.
Mais, jusqu’à présent, les Européens peinent à s’entendre
sur une position commune sur le dossier kosovar, plusieurs
d’entre eux, notamment la Grèce, Chypre, l’Espagne, la
Roumanie et la Slovaquie, sont des plus réservés à l’égard
de l’indépendance de la province.
Deux réunions tenues ces derniers jours n’ont pas encore
réussi à unifier leur position. Déjà, Chypre, divisé depuis
1974, redoute qu’une reconnaissance d’une déclaration
d’indépendance unilatérale des Kosovars puisse être utilisée
comme précédent par la République Turque de Chypre du Nord (RTCN),
reconnue uniquement par Ankara. Parallèlement, la Slovaquie
craint l’effet que cette indépendance du Kosovo pourrait
avoir sur sa minorité hongroise. Mais la France a annoncé
lundi que « la déclaration d’indépendance du Kosovo paraît
inéluctable ».
Fureur serbe et russe
Les jours à venir seront donc les plus décisifs pour
l’avenir de cette province séparatiste. Le 19 décembre, le
rapport de la Troïka sera débattu par le Conseil de sécurité
de l’Onu pour trancher la question kosovare. Mais selon les
experts, ce débat ne va pas déboucher sur une résolution car
la marge de manœuvre du Conseil de sécurité apparaît réduite
et les chances d’adoption d’une nouvelle résolution sont
très minces. « La Russie, disposant d’un droit de veto dans
cette instance, y refusera toute solution pour l’avenir du
Kosovo qui ne serait pas acceptée par les deux parties »,
estiment les analystes. En juillet, la Russie avait bloqué
une résolution qui aurait mis en œuvre la proposition du
médiateur de l’Onu, Martti Ahtisaari, d’une indépendance du
Kosovo sous supervision internationale. Cette semaine, la
Russie a affirmé qu’elle plaidera pour la poursuite des
négociations sur le statut du Kosovo au-delà du 10 décembre.
Lundi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï
Lavrov, a mis en garde contre une reconnaissance unilatérale
de l’indépendance du Kosovo, avertissant qu’elle serait «
lourde de conséquences » et « provoquerait une réaction en
chaîne » dans les Balkans et ailleurs.
Quant à la Serbie, sa réaction a été beaucoup plus farouche,
rejetant toute allusion à l’indépendance. Selon les experts,
Belgrade ne restera pas sans réaction. Déjà, elle réclame la
poursuite des négociations au-delà du 10 décembre. Elle a
même prévu d’attaquer devant la Cour internationale de
justice de La Haye tous les pays qui reconnaîtront
l’indépendance du Kosovo. Elle peut également organiser un
embargo et couper les approvisionnements en électricité du
Kosovo. Pourtant, le président serbe, Boris Tadic, a
résolument écarté, samedi, l’usage de la force pour
s’opposer à une éventuelle indépendance et a appelé à la
poursuite des négociations.
Selon les experts, la question de l’indépendance du Kosovo
sera une question de temps si les Etats-Unis et l’UE
prennent résolument en charge le dossier. Ce laps de temps
entre le 10 décembre et la proclamation de l’indépendance
sera mis à profit pour négocier avec Pristina les conditions
qui permettront à l’UE de reconnaître l’indépendance,
notamment en matière de protection de la minorité serbe. «
Il y a encore beaucoup à faire pour garantir que nous
disposons d’un plein soutien aux principes du plan Ahtisaari
», a souligné la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza
Rice. Mais, l’indépendance de cette province albanophone ne
passera jamais sous silence. Une fois proclamée, cette
indépendance déclencherait une réaction en chaîne dans une
série d’enclaves allant des Balkans jusqu’au Caucase.
Peut-être, demain, la minorité serbe de Bosnie
réclamerait-elle aussi son indépendance et peut-être aussi
l’Ossétie du Sud se séparerait-elle de la Géorgie ... D’une
façon générale, l’affaire du Kosovo ouvrira les yeux des
minorités sur une nouvelle idéologie : la sécession .
Maha
Al-Cherbini