Al-Ahram Hebdo,Monde | La menace pèse
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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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kosovo . L’expiration le 10 décembre de la date butoir fixée à la médiation internationale pour trouver un compromis à la crise de la province ouvre la voie à l’autoproclamation de l’indépendance du Kosovo, et en fait une bombe à retardement.

La menace pèse

L’avenir du Kosovo ne cesse d’être un casse-tête pour la communauté internationale. L’expiration, lundi 10 décembre, du délai fixé aux médiateurs internationaux pour concilier la position « inconciliable » des Serbes et des Albanais aggrave la situation et gâche tous les efforts de paix déployés par les médiateurs internationaux il y a 120 jours. « C’est un retour à la case départ », déplore un diplomate occidental. Déjà, les médiateurs de la Troïka formée par l’UE, les Etats-Unis et la Russie ont informé le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, que leur mission sur le Kosovo avait échoué du fait qu’aucune des parties n’était prête à céder sur la question de la souveraineté. « Quatre mois de négociations n’ont pas permis d’aboutir à un accord. Nos séances ont été longues et souvent difficiles, avec comme toile de fond, un héritage de méfiance mutuelle et de rancœurs historiques. Malgré nos appels à un esprit de compromis, chacun des deux côtés a été incapable de convaincre l’autre d’accepter son scénario préféré », affirment les médiateurs.

Pourtant, ces mois de pourparlers n’étaient pas sans profit. Ils ont simplement permis aux Serbes et aux Kosovars de s’accorder sur trois principes : une solution doit être trouvée sans recours à la violence ; elle doit exclure toute partition du Kosovo, elle doit interdire une absorption future du Kosovo par un autre pays (l’Albanie). Sinon, les négociations restaient sans compromis, car les Kosovars albanais, majoritaires dans la province serbe, réclament toujours l’indépendance et les Serbes, soutenus par leur alliée traditionnelle, la Russie, refusent de leur accorder plus qu’une large autonomie.

Vu l’impasse, les autorités kosovares ont d’ores et déjà affirmé qu’en cas d’échec des négociations, elles proclameraient unilatéralement l’indépendance de leur province, avec l’appui des Américains et des Européens. « L’indépendance n’est plus qu’une question de date. l’affaire est close », ont affirmé les responsables kosovars, attendant le feu vert des Américains et des Européens.

Mais, jusqu’à présent, les Européens peinent à s’entendre sur une position commune sur le dossier kosovar, plusieurs d’entre eux, notamment la Grèce, Chypre, l’Espagne, la Roumanie et la Slovaquie, sont des plus réservés à l’égard de l’indépendance de la province.

Deux réunions tenues ces derniers jours n’ont pas encore réussi à unifier leur position. Déjà, Chypre, divisé depuis 1974, redoute qu’une reconnaissance d’une déclaration d’indépendance unilatérale des Kosovars puisse être utilisée comme précédent par la République Turque de Chypre du Nord (RTCN), reconnue uniquement par Ankara. Parallèlement, la Slovaquie craint l’effet que cette indépendance du Kosovo pourrait avoir sur sa minorité hongroise. Mais la France a annoncé lundi que « la déclaration d’indépendance du Kosovo paraît inéluctable ».

 

Fureur serbe et russe

Les jours à venir seront donc les plus décisifs pour l’avenir de cette province séparatiste. Le 19 décembre, le rapport de la Troïka sera débattu par le Conseil de sécurité de l’Onu pour trancher la question kosovare. Mais selon les experts, ce débat ne va pas déboucher sur une résolution car la marge de manœuvre du Conseil de sécurité apparaît réduite et les chances d’adoption d’une nouvelle résolution sont très minces. « La Russie, disposant d’un droit de veto dans cette instance, y refusera toute solution pour l’avenir du Kosovo qui ne serait pas acceptée par les deux parties », estiment les analystes. En juillet, la Russie avait bloqué une résolution qui aurait mis en œuvre la proposition du médiateur de l’Onu, Martti Ahtisaari, d’une indépendance du Kosovo sous supervision internationale. Cette semaine, la Russie a affirmé qu’elle plaidera pour la poursuite des négociations sur le statut du Kosovo au-delà du 10 décembre. Lundi, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a mis en garde contre une reconnaissance unilatérale de l’indépendance du Kosovo, avertissant qu’elle serait « lourde de conséquences » et « provoquerait une réaction en chaîne » dans les Balkans et ailleurs.

Quant à la Serbie, sa réaction a été beaucoup plus farouche, rejetant toute allusion à l’indépendance. Selon les experts, Belgrade ne restera pas sans réaction. Déjà, elle réclame la poursuite des négociations au-delà du 10 décembre. Elle a même prévu d’attaquer devant la Cour internationale de justice de La Haye tous les pays qui reconnaîtront l’indépendance du Kosovo. Elle peut également organiser un embargo et couper les approvisionnements en électricité du Kosovo. Pourtant, le président serbe, Boris Tadic, a résolument écarté, samedi, l’usage de la force pour s’opposer à une éventuelle indépendance et a appelé à la poursuite des négociations.

Selon les experts, la question de l’indépendance du Kosovo sera une question de temps si les Etats-Unis et l’UE prennent résolument en charge le dossier. Ce laps de temps entre le 10 décembre et la proclamation de l’indépendance sera mis à profit pour négocier avec Pristina les conditions qui permettront à l’UE de reconnaître l’indépendance, notamment en matière de protection de la minorité serbe. « Il y a encore beaucoup à faire pour garantir que nous disposons d’un plein soutien aux principes du plan Ahtisaari », a souligné la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice. Mais, l’indépendance de cette province albanophone ne passera jamais sous silence. Une fois proclamée, cette indépendance déclencherait une réaction en chaîne dans une série d’enclaves allant des Balkans jusqu’au Caucase. Peut-être, demain, la minorité serbe de Bosnie réclamerait-elle aussi son indépendance et peut-être aussi l’Ossétie du Sud se séparerait-elle de la Géorgie ... D’une façon générale, l’affaire du Kosovo ouvrira les yeux des minorités sur une nouvelle idéologie : la sécession .

Maha Al-Cherbini

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