Exposition.
Ghada
Noamane Gomaa travaille
le verre comme une enfant, lui donnant pureté, formes,
consistance et surtout cohérence bien calculée.
Le verre aux grands airs
« Cette partie du verre revêt la forme d’un éléphant, d’une
oie ou d’une femme … Cela ne me dérange pas, tout dépend de
l’imagination du récepteur », expose l’artiste du verre
Ghada
Noamane Gomaa. Le côté
limpide de ce matériau va de pair avec sa personnalité. A
contempler ses œuvres de près, l’on se rend compte qu’elle
ne travaille pas simplement le verre, fragile et dur, mais
le débarrasse de son aspect figé. Sa relation avec la
matière brute s’avère plutôt riche.
Ghada Noamane
Gomaa lui parle, lui chuchote et
lui insuffle la vie. Et en échange, le verre lui offre une
variété infinie de formes et de couleurs. D’où, la manière
de la décrire comme étant « une artiste qui fascine par ses
jeux extraordinaires », empruntant ainsi l’opinion du
ministre de la Culture, Farouk Hosni, dans le livre d’or de
l’exposition en cours dans l’enceinte de l’Opéra du Caire.
On reconnaît facilement l’enfant qui joue avec le verre. «
Elle joue en renouvelant la matière, harmonisant les formes,
éliminant les couleurs, pour donner des œuvres à l’état pur
», déclare un autre artiste, Aymane
Al-Sémari. Dans son jeu,
Ghada
Noamane Gomaa est guidée
par son intuition féminine, se livrant à quelques
expérimentations bien calculées. « Avec le verre, chaque
morceau, grand ou petit, est découpé avec le diamant ou
brûlé en masse. Je me sens libre de le soumettre à mes
manipulations. Tout est contrôlé suivant la température du
four. L’essentiel est de produire une œuvre cohérente »,
précise l’artiste qui a commencé à travailler le verre il y
a 15 ans.
Elle est consciente que le verre a besoin d’un espace pour
respirer et cela se ressent dans sa manière « d’aérer » les
différents morceaux de verre, collés sur une plaque,
également en verre. Toutefois, elle se plaît parfois à
priver quelques pièces de leur cohérence, à l’instar des
œuvres exposées au premier étage de la Bibliothèque musicale
de l’Opéra. L’artiste ne tarde pas à avouer : « Mes
verreries exposées au premier étage ne sont en effet qu’une
idée de recherche, destinée surtout à mes étudiants de la
faculté de pédagogie artistique (tarbiya
naweiya). C’est la première fois
que j’essaye l’hydroxyde. J’ai voulu l’utiliser à la place
du métal, pour atteindre un certain niveau de cohérence »,
dit-elle. Une expérience qui a poussé l’esthétisme jusqu’au
bout. « L’hydroxyde, sous la chaleur, est capable de
produire des nuances de couleurs foncées : grise et noire …
C’est ce qui produit un beau jeu de contrastes, surtout
spacieux, entre le verre à l’état primitif et transparent et
le verre noirci, soumis à une haute température, entre
l’opaque et le clair et entre le mis en relief et l’aplati
», affirme l’artiste qui, par le biais de la couleur noire,
ne manque pas de créer un effet d’ancienneté. Celle-ci donne
l’impression d’être en face de « créatures archéologiques ».
Cependant, cette ancienneté voulue par
Ghada Noamane
Gomaa est doublée d’une
contemporanéité, d’où le titre de l’exposition Fossiles
contemporains.
Série fascinante
Cette contemporanéité est bientôt remarquée dans la série
des fascinantes verreries fondues, proposées par l’artiste,
alliant le verre aux mosaïques ou encore le verre à des
billes colorées. Dans cette série, exposée au deuxième
étage, l’artiste semble dompter le mieux sa matière. Loin
des oxydes de métaux, c’est-à-dire ne recourant à aucune
matière artificielle, elle conserve au verre son état pur.
Puis l’envisage comme une peinture, mélangeant dans un bel
assemblage contemporain des couleurs et d’autres textures.
Cette fois-ci, l’artiste recourt à des bouteilles, des
vases, de petits pots et des flacons de parfum parisien. La
finesse des formes de ces flacons cède aux verreries une
richesse avérée. « Recourir au verre exporté ne relève pas
de l’arrogance. Simplement, je trouve que le verre exporté
est plus soigné et plus pur », déclare-t-elle, ajoutant
qu’elle trouve dans tous les débris de verre une richesse
inouïe tant qu’il s’agit de transparence et de pureté
typique.
Névine
Lameï