Expositions.
A la galerie Ofoq, les sculptures baignées de lumière d’Adam
Hénein prolongent un dialogue qui dure voilà des
années dans l’harmonie des formes et la profondeur des
peintures. Entretien.
«Le plâtre a la simplicitéde la pureté
et du recueillement »
Al-Ahram
Hebdo : En se promenant à l’intérieur de cette superbe
exposition, on sent qu’elle est régie, à travers toutes ces
sculptures en plâtre, par une conception différente de celle
de vos autres expositions. Est-ce vrai ?
Adam Hénein :
Cette exposition est construite sur l’idée de la matière. La
sculpture est régie par la lumière et c’est ce qui donne la
première impression. Une sculpture prend à la matière une
partie de sa force. Le bois, le bronze, le marbre ont leur
propre spécificité et leur propre beauté. Ce sont de belles
et précieuses matières qui ajoutent aux sculptures une part
de leur beauté. Cela m’ennuie. Je voudrais que la force de
la sculpture vienne de ses profondeurs et non de l’extérieur
avec toutes ses fioritures.
— Pourquoi tenez-vous à ce point à ce qu’il n’y ait aucun
atout extérieur à votre sculpture ?
— Je veux que ma sculpture soit forte par elle-même sans
aucun avantage venant de l’extérieur. J’ai alors trouvé dans
le plâtre une matière neutre et simple qui épouse mon idée
de ce qu’est la sculpture. Le plâtre a la simplicité de la
pureté et du recueillement. Il ne dit rien si ce n’est que
je suis là. Il reflète la lumière sans aucune fioriture et
sans aucune couverture. Il me redonne exactement ce que je
lui ai donné à la base.
— Pourquoi n’avez-vous pas mélangé les matières pour
montrer les différences ?
— J’avais voulu exposer une sculpture en marbre blanc de
carrare dont la matière est somptueuse. C’est une sculpture
que j’avais faite en Italie. En la plaçant à côté des
sculptures en plâtre, je fus profondément déçu. Le marbre
était éteint. Il était évidemment lisse et d’une grande
beauté mais il était éteint. Ce que je veux dire par éteint
c’est qu’il n’engage aucun dialogue avec le récepteur. Une
belle matière qui met des barrières alors que le plâtre est
une matière plus chaude qui ne met aucune barrière avec son
interlocuteur. Tandis que le plâtre rappelle le travail
qu’on peut faire avec le crayon. Le résultat est tout
simple. C’est ce que vous avez dessiné en toute honnêteté.
Le dessin est tout simplement intéressé par l’ombre et la
lumière et c’est ce qui m’intéresse ici de la même manière
avec le plâtre. Cette neutralité qui s’efface pour laisser
passer la lumière.
— On voit que vous avez exposé des sculptures qui
s’échelonnent sur de nombreuses années depuis 1953 (La
Statue de Fatma) et jusqu’en 2007. En les voyant placées les
unes à côté des autres, est-ce que vous trouvez une
quelconque évolution ?
— Je ne sais pas. Ma sculpture, je crois, va dans une seule
direction. L’âme est la même, mais j’aborde les sculptures
selon différentes entrées. C’est une manière d’affirmer et
de consolider le premier élan. Je ne sais pas si l’on peut
appeler cela évolution ou si c’est une manière d’ajouter à
l’ancien et de le rendre plus complexe. Si l’on voit la
sculpture à la forme rituelle de 2007, on y trouve beaucoup
de l’âme d’une sculpture d’un oiseau construite dans les
années 1960. La nouvelle sculpture s’est modifiée, elle
n’est plus un oiseau mais l’âme est la même. L’expérience de
la vie et du travail donne une autre dimension. Lorsque je
sculpte un chat, ce n’est pas le chat qui m’intéresse mais
ce qui a transcendé ce petit être et lui a donné une
certaine âme. Mon travail est plus abstrait, plus stylisé.
Avec le temps on n’a plus besoin d’un sujet, on va vers la
sculpture immédiatement. La mer et le désert par exemple
sont différents de par le sentiment qu’ils nous offrent bien
que tous les deux soient stylisés.
— Vous avez posé des peintures à l’huile qui tapissent
les murs tout au long de cette exposition. Ces peintures
rehaussent-elles vos sculptures ? Sont-elles des sortes de
fioritures. Comment les considérez-vous ?
— C’est pour donner à mes sculptures une dimension de
profondeur. Pour donner de l’harmonie à travers les
peintures. Des formes qui se juxtaposent et qui de par leurs
couleurs se touchent pour donner une certaine lumière. Ce
sont des états d’âme et des moments de préparation à la
sculpture.
Tout
mène à la sculpture.
Propos recueillis par Soheir Fahmi