Sommet Afrique-Ue. La rencontre
de Lisbonne des 8 et 9 décembre a donné lieu à une déclaration pour un
partenariat stratégique d’« égal à égal » dont les contours restent toutefois
flous.
Des accords dissonants
Avec
des désaccords sur les négociations commerciales, sur le passif colonial ou
encore sur le Zimbabwe (voir encadré), l’Afrique et l’Union Européenne (UE) ont
du mal à ouvrir une nouvelle page dans leurs relations complexes. Nombreuses
ont été les questions délicates qui ont en effet plané sur la deuxième
rencontre entre Africains et Européens. Et les désaccords l’ont sans doute
emporté sur une entente difficile à trouver. Le premier sommet euro-africain
organisé depuis sept ans a ainsi pris fin dimanche dernier à Lisbonne sans
accord sur la question-clé du commerce, douchant l’espoir d’un nouveau
partenariat économique entre les deux continents. Les dirigeants de plus de 70
pays de l’Union européenne et de l’Afrique se sont aussi montrés en désaccord
sur l’attitude à adopter avec le Soudan, pour le non respect des droits de
l’homme.
La
réunion de 48 heures a débouché sur une déclaration pour un partenariat
stratégique « entre égaux » et l’annonce d’une nouvelle rencontre en 2010. Mais
le premier bloc économique mondial et le continent le plus pauvre n’ont pu se
rapprocher quant au commerce, hypothéquant leurs liens économiques futurs.
A ce
sujet, l’UE cherche à remplacer les accords commerciaux venant à expiration par
des Accords de Partenariat Economique (APE) de type intérimaire pour que les
pays africains se mettent en conformité avant le 31 décembre avec
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Mais les Africains redoutent plus
que tout ces accords qui visent à instaurer à terme le libre-échange. Et le
président sénégalais, Abdoulaye Wade, l’a dit clairement : « Les Etats
africains rejettent les APE. On ne parle plus des APE, (...) on les a rejetés,
c’est fini (...). Quand on va se retrouver, on discutera, l’UE présentera des
APE, nous présenterons autre chose ». C’est le 31 décembre qu’expire une
dérogation de l’OMC concernant les préférences commerciales dont les Africains
bénéficient sur le marché européen. Josi Manuel Barroso, président de la
Commission européenne, a dit que Bruxelles ne cherchait pas à forcer la main
aux pays africains sur le commerce. Mais il a été ferme lui aussi en disant
que, s’il n’y avait plus d’accords intérimaires, « les accords préférentiels ne
seront plus applicables à partir du 1er janvier 2008 ».
S’agissant
d’économie donc, les Africains ne préfèrent pas adopter ce concept d’« égal à
égal ». Avec des économies faibles, le continent le plus pauvre du monde veut
continuer de bénéficier, voire d’approfondir, le traitement de faveur dont il
tire profit. Or, s’il y a traitement de faveur sur le plan économique, il y a aussi
« interventionnisme » sur le plan politique. Et les Africains ne veulent
justement pas que les aides économiques soient utilisées comme un moyen de
pression pour obtenir des concessions politiques. D’autant plus que le
continent regorge d’un tas de problèmes liés aux conflits internes et
régionaux, aux violations des droits de l’homme, à la démocratisation, à la
bonne gouvernance, à la corruption, etc.
Ainsi,
près d’un demi-siècle après les indépendances, les relations entre l’Afrique et
l’Europe sont bien complexes, voire sensibles, et les contentieux n’ont pas
manqué d’éclater au grand jour. Le passif colonial a été un autre sujet
sensible. Dans une intervention très remarquée à l’ouverture du sommet, Alpha
Oumar Konaré, président de la commission de l’Union africaine, a exigé un «
devoir de mémoire vis-à-vis de la traite négrière, de la colonisation, de
l’apartheid, du génocide rwandais ». De son côté, le dirigeant libyen Mouammar
Kadhafi appelait les Européens à rembourser les ressources « volées » lors de
la colonisation ou alors à se tenir prêts à accueillir les migrants africains
chez eux.
On se
demande donc comment peut s’ouvrir une nouvelle page dans les relations entre
les deux continents, comme l’a déclaré l’hôte du sommet. Le deuxième Sommet
UE-Afrique « a véritablement tourné une page dans l’histoire », a ainsi déclaré
le premier ministre portugais José Socrates dans son discours de clôture. «
C’est vrai que l’histoire de nos continents est une histoire avec des
souffrances », a-t-il reconnu, mais « cette nouvelle page qui s’ouvre est une
page vierge sur laquelle nous serons appelés à écrire ».
Au-delà
des désaccords publiquement exprimés, les participants ont aussi essayé de
calmer le jeu et de se montrer optimistes. Le président ghanéen John Kufuor,
président en exercice de l’Union africaine, a également jugé qu’il s’agissait
d’un « événement historique dans les relations UE-Afrique », tout en réclamant
que le partenariat adopté soit « sérieusement mis en œuvre ». La « stratégie
conjointe », adoptée par 27 pays européens et 53 pays africains (52 de l’Union
africaine et le Maroc) et résumée dans une Déclaration de Lisbonne, est
accompagnée d’un plan d’action pour les trois prochaines années, avant un
prochain sommet prévu en Afrique et que la Libye souhaite organiser. Rendez-vous
donc en 2010 avec l’espoir de voir ces vœux pieux se traduire en faits réels .
Abir Taleb