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Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 12 au 18 décembre 2007, numéro 692

 

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Afrique

Sommet Afrique-Ue. La rencontre de Lisbonne des 8 et 9 décembre a donné lieu à une déclaration pour un partenariat stratégique d’« égal à égal » dont les contours restent toutefois flous.

Des accords dissonants

Avec des désaccords sur les négociations commerciales, sur le passif colonial ou encore sur le Zimbabwe (voir encadré), l’Afrique et l’Union Européenne (UE) ont du mal à ouvrir une nouvelle page dans leurs relations complexes. Nombreuses ont été les questions délicates qui ont en effet plané sur la deuxième rencontre entre Africains et Européens. Et les désaccords l’ont sans doute emporté sur une entente difficile à trouver. Le premier sommet euro-africain organisé depuis sept ans a ainsi pris fin dimanche dernier à Lisbonne sans accord sur la question-clé du commerce, douchant l’espoir d’un nouveau partenariat économique entre les deux continents. Les dirigeants de plus de 70 pays de l’Union européenne et de l’Afrique se sont aussi montrés en désaccord sur l’attitude à adopter avec le Soudan, pour le non respect des droits de l’homme.

La réunion de 48 heures a débouché sur une déclaration pour un partenariat stratégique « entre égaux » et l’annonce d’une nouvelle rencontre en 2010. Mais le premier bloc économique mondial et le continent le plus pauvre n’ont pu se rapprocher quant au commerce, hypothéquant leurs liens économiques futurs.

A ce sujet, l’UE cherche à remplacer les accords commerciaux venant à expiration par des Accords de Partenariat Economique (APE) de type intérimaire pour que les pays africains se mettent en conformité avant le 31 décembre avec l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Mais les Africains redoutent plus que tout ces accords qui visent à instaurer à terme le libre-échange. Et le président sénégalais, Abdoulaye Wade, l’a dit clairement : « Les Etats africains rejettent les APE. On ne parle plus des APE, (...) on les a rejetés, c’est fini (...). Quand on va se retrouver, on discutera, l’UE présentera des APE, nous présenterons autre chose ». C’est le 31 décembre qu’expire une dérogation de l’OMC concernant les préférences commerciales dont les Africains bénéficient sur le marché européen. Josi Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a dit que Bruxelles ne cherchait pas à forcer la main aux pays africains sur le commerce. Mais il a été ferme lui aussi en disant que, s’il n’y avait plus d’accords intérimaires, « les accords préférentiels ne seront plus applicables à partir du 1er janvier 2008 ».

S’agissant d’économie donc, les Africains ne préfèrent pas adopter ce concept d’« égal à égal ». Avec des économies faibles, le continent le plus pauvre du monde veut continuer de bénéficier, voire d’approfondir, le traitement de faveur dont il tire profit. Or, s’il y a traitement de faveur sur le plan économique, il y a aussi « interventionnisme » sur le plan politique. Et les Africains ne veulent justement pas que les aides économiques soient utilisées comme un moyen de pression pour obtenir des concessions politiques. D’autant plus que le continent regorge d’un tas de problèmes liés aux conflits internes et régionaux, aux violations des droits de l’homme, à la démocratisation, à la bonne gouvernance, à la corruption, etc.

Ainsi, près d’un demi-siècle après les indépendances, les relations entre l’Afrique et l’Europe sont bien complexes, voire sensibles, et les contentieux n’ont pas manqué d’éclater au grand jour. Le passif colonial a été un autre sujet sensible. Dans une intervention très remarquée à l’ouverture du sommet, Alpha Oumar Konaré, président de la commission de l’Union africaine, a exigé un « devoir de mémoire vis-à-vis de la traite négrière, de la colonisation, de l’apartheid, du génocide rwandais ». De son côté, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi appelait les Européens à rembourser les ressources « volées » lors de la colonisation ou alors à se tenir prêts à accueillir les migrants africains chez eux.

On se demande donc comment peut s’ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux continents, comme l’a déclaré l’hôte du sommet. Le deuxième Sommet UE-Afrique « a véritablement tourné une page dans l’histoire », a ainsi déclaré le premier ministre portugais José Socrates dans son discours de clôture. « C’est vrai que l’histoire de nos continents est une histoire avec des souffrances », a-t-il reconnu, mais « cette nouvelle page qui s’ouvre est une page vierge sur laquelle nous serons appelés à écrire ».

Au-delà des désaccords publiquement exprimés, les participants ont aussi essayé de calmer le jeu et de se montrer optimistes. Le président ghanéen John Kufuor, président en exercice de l’Union africaine, a également jugé qu’il s’agissait d’un « événement historique dans les relations UE-Afrique », tout en réclamant que le partenariat adopté soit « sérieusement mis en œuvre ». La « stratégie conjointe », adoptée par 27 pays européens et 53 pays africains (52 de l’Union africaine et le Maroc) et résumée dans une Déclaration de Lisbonne, est accompagnée d’un plan d’action pour les trois prochaines années, avant un prochain sommet prévu en Afrique et que la Libye souhaite organiser. Rendez-vous donc en 2010 avec l’espoir de voir ces vœux pieux se traduire en faits réels .

Abir Taleb


 

Le lourd héritage de la colonisation

Le différend entre le Zimbabwe et l’Union européenne a jeté son ombre sur le Sommet et a donné lieu à de virulentes accusations et contre-accusations.

Avant même la tenue du Sommet Afrique-UE, la polémique faisait rage sur la participation de Robert Mugabe, président du Zimbabwe, à la rencontre de Lisbonne. Théoriquement interdit de séjour en Europe, M. Mugabe a été imposé par ses homologues africains, au prix de la non participation du premier ministre britannique Gordon Brown. Le différend n’a pas été pour autant réglé. Et les propos tenus de part et d’autre n’ont fait qu’envenimer la situation. Le président du Zimbabwe Robert Mugabe, mis en cause par l’UE pour les violations des droits de l’homme dans son pays, a contre-attaqué dimanche à Lisbonne en s’en prenant à l’« arrogance » des Européens, accusés de vouloir imposer leurs propres choix en Afrique. M. Mugabe a ainsi dénoncé « ceux qui parlent aujourd’hui, de façon rhétorique d’égalité, de partenariat, et de respect mutuel » et qui, selon lui, cherchent à « imposer leur volonté à l’Afrique ». Dans un discours très offensif, le président du Zimbabwe a nommément mis en cause quatre pays européens, manipulés selon lui par la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance coloniale, grande absente du sommet. « Hier, nous avons entendu quatre pays — l’Allemagne, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas — critiquer le Zimbabwe pour l’absence de respect des droits de l’homme », a déclaré le président Mugabe, en séance plénière, mais « ils ont parlé, pas avec leur propre cœur, mais en fonction de ce que leur ami, maître et allié du 10 Downing Street, voulait entendre ». « Il est important que les gens gardent à l’esprit que les Africains ont combattu pour obtenir des droits de l’homme (alors qu’ils étaient) soumis à l’oppression, a poursuivi le président zimbabwéen. Il n’y avait pas de démocratie au Zimbabwe pendant près de cent ans et nous nous sommes battus pour un homme, une voix ».

Cette contre-attaque de M. Mugabe a été tenue lors de la dernière séance du sommet alors que le président zimbabwéen avait été interpellé publiquement par la chancelière allemande Angela Merkel, qui l’a accusé de « nuire à l’image de la nouvelle Afrique ». Une position endossée lors de la conférence de presse finale par le président de la Commission européenne. « Ce que Madame Merkel a dit est la position de l’UE », a déclaré José Manuel Barroso. Tout en ajoutant qu’il ne comprenait pas pourquoi quelqu’un qui avait combattu pour la liberté de son pays pouvait priver son peuple de liberté. Auparavant aussi, plusieurs dirigeants européens avaient également dénoncé le régime de M. Mugabe, que le premier ministre danois Andres Fogh Rasmussen a même accusé d’être un « bandit ». Ils ont en outre été unanimes à exiger l’organisation d’élections réellement démocratiques, dans ce pays ruiné et miné par la violence politique.

Une position considérée par Harare comme interventionniste. « Il y a de la part de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis la volonté de changer notre gouvernement. Ils disent que c’est un changement de régime, ils disent qu’ils en ont le droit. Nous disons non. Nous avons le droit de déterminer notre propre avenir et le Zimbabwe ne sera plus jamais une colonie », a-t-il dit. « La bande des quatre pro-Gordon pense vraiment mieux connaître le Zimbabwe » que les autres Africains, « et c’est le genre d’arrogance, de complexe de supériorité que nous combattons », a-t-il affirmé.

Quant aux autres chefs d’Etat africains, comme le Sénégalais Abdulaye Wade et le Sud-Africain Thabo Mbeki, ils ont défendu, chacun à sa manière, leur homologue zimbabwéen, alors que la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a estimé que la question n’aurait pas dû être soulevée lors de ce sommet.

Qu’elle eût été soulevée ou non, cette question qui ne sera semble-t-il pas résolue de sitôt montre la complexité et l’extrême sensibilité qui pèsent sur les relations entre les anciens colonisateurs et les anciens colonisés.

A. T.

 

 




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