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 Semaine du 7 au 13 novembre 2007, numéro 687

 

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Pakistan . Malgré la forte opposition du peuple et des Occidentaux, le président pakistanais a décidé de gouverner le pays d’une main de fer en proclamant l’état d’urgence.

Le second putsch de Musharraf 

En décrétant l’état d’urgence, le président général Pervez Musharraf a enfoncé le clou un peu plus et a pris un gros risque. Si la mesure est censée, selon lui, le protéger et garantir son maintien au pouvoir, elle risque cependant de l’en évincer totalement par la suite. Cette mesure a en effet été très mal accueillie aussi bien à l’intérieur du Pakistan qu’à l’étranger. Déjà largement critiqué pour sa politique, Musharraf s’est attiré les foudres en sombrant davantage dans l’autoritarisme et le despotisme. Son geste a d’ailleurs été qualifié par l’ex-premier ministre, Benazir Bhutto, de « second coup d’Etat ». Dans le même temps, une pluie de critiques s’est déversée sur lui. A commencer par les Etats-Unis, dont les relations avec le Pakistan sont délicates et surtout hautement importantes, Musharraf étant, depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’allié de Washington dans sa « guerre contre le terrorisme ». Rejetant cette vague de critiques internationales, le ministère pakistanais des Affaires étrangères, a estimé, mardi, que l’instauration de l’état d’urgence relève de la seule souveraineté nationale du Pakistan. « Nous comprenons que nombre de nos amis commentent la proclamation de l’état d’urgence, mais cela relève avant tout des affaires intérieures du Pakistan », a déclaré le porte-parole du ministère, Mohammad Sadiq.

Exacerbant si fort l’opposition, les islamistes et tout son peuple, le président Musharraf a étendu son emprise sur le pays au lendemain de l’état d’urgence, suspendant la Constitution, imposant de larges restrictions aux médias et arrêtant plus de 1 500 personnes, dont des avocats, des magistrats, des responsables et des militants de partis politiques. Plus grave encore, le président a limogé, pour la deuxième fois, cette année, le juge Iftikhar Chaudhry, une épine au flanc du pouvoir dont il n’a cessé de contrarier les desseins. En poste depuis 2005, ce magistrat avait été suspendu le 9 mars dernier par le président pour abus de pouvoir, mais il avait été rétabli dans ses fonctions en juillet après des manifestations de soutien populaire. Selon les experts, sa mise à pied à l’heure actuelle n’est qu’une manœuvre du chef de l’Etat pour écarter un juge trop indocile à l’approche des législatives prévues en janvier 2008.

2008 ? Cette date reste d’ailleurs à confirmer à la lumière de ces dernières évolutions. « Le Parlement est habilité à reporter d’un an les législatives prévues en janvier, mais nous n’avons pas encore décidé. Nous sommes en train d’en débattre », a prévenu le premier ministre, Shaukat Aziz. « Il sera difficile d’organiser des élections législatives pendant l’état d’urgence parce que les partis de l’opposition vont manifester contre le régime », a justifié le ministre-adjoint de l’Information, Tariq Azeem.

En effet, ce scrutin qui vise à désigner le Parlement et à renouveler les quatre assemblées provinciales pakistanaises est une étape importante pour le retour de la démocratie au pays.

Outre le report probable des élections, M. Azeem a affirmé, lundi, que la promesse du président de quitter la tête de l’armée et de devenir un président civil « ne tient plus » après l’instauration de l’état d’urgence. Le général Musharraf avait dit, en septembre dernier, qu’il quitterait son poste de chef des armées avant de prêter serment comme président, à la suite de sa réélection au suffrage indirect le 6 octobre dernier. Quitter son uniforme de patron des forces armées était déjà attendu d’ici au 15 novembre, date de la fin de son premier mandat présidentiel.

Dans une tentative de justifier tous ces agisements « inconstitutionnels » face à une opposition « exacerbée » et à un Occident « inquiet », le général a expliqué qu’il avait agi ainsi en réaction à la montée en puissance de l’extrémisme et des abus judiciaires qui ont paralysé le gouvernement : « L’inaction à ce stade est un suicide pour le Pakistan et je ne peux pas permettre à mon pays de se suicider », a lancé le président. Mais, la plupart des analystes pensent que la première motivation du président est d’empêcher la Cour suprême d’invalider sa réélection le mois dernier à la présidence. La Cour suprême devait statuer avant le 12 novembre sur la légalité de la réélection du président.

Selon les experts, cette mesure pourrait bien compromettre les pourparlers entre le président et l’ex-premier ministre, Benazir Bhutto, qui n’a pas tardé à exprimer sa déception, sans exclure la possibilité d’un accord avec le général s’il rétablit la Constitution et organise des élections libres. «  Je suis très déçue que le général Musharraf ait suspendu la Constitution et promulgué un ordre constitutionnel provisoire. Il faut que les élections se tiennent à la date prévue. Je suis sûre que les juges, les avocats et les responsables des partis ne vont pas se laisser faire. », a mis en garde Mme Bhutto. Déjà, une grave manifestation d’avocats a éclaté, lundi matin, mais la police l’a vite réprimée à coups de bâtons et arrêté une centaine d’avocats dans plusieurs villes du pays. « C’est la première fois dans l’histoire du Pakistan qu’un si grand nombre d’avocats sont interpellés », a critiqué le juge Rashid Razvi.

 

Inquiétude internationale

En dépit des tentatives répétées du président Musharraf de calmer ses « amis », les Occidentaux, la proclamation de l’état d’urgence a gravement suscité l’inquiétude de toute la communauté internationale qui voit en Musharraf les germes d’un nouveau dictateur militaire. D’où des appels incessants à un retour rapide à la démocratie avant que le pays ne succombe dans l’anarchie. Les Etats-Unis étaient les premiers à afficher leur déception car cet état d’urgence constitue un grave revers pour la diplomatie américaine. « Cette action est très décevante. Le président doit respecter sa promesse de tenir des élections justes et libres en janvier et quitter ses fonctions de chef des armées », a déploré la Maison Blanche.

Lundi, le président américain, George W. Bush, a fermement appelé le président pakistanais à mettre fin à l’état d’urgence et à rétablir la démocratie aussi vite que possible.« Nous souhaitons qu’il y ait des élections aussi vite que possible, et que le président quitte son uniforme militaire », a déclaré M. Bush.

Faisant pression sur Musharraf pour qu’il rebrousse chemin, la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice l’a prévenu, dimanche, que son pays réexaminerait son aide au Pakistan, sans toucher à la plus grande partie consacrée à la lutte antiterroriste. Les Etats-Unis ont accordé quelque 11 milliards de dollars au Pakistan en aide financière et militaire depuis 2001. Samedi, un porte-parole du Pentagone a indiqué que les Etats-Unis ne comptaient pas suspendre dans l’immédiat leur assistance militaire, se contentant d’affirmer que son pays avait suspendu les discussions bilatérales annuelles avec le Pakistan portant sur les questions militaires, en raison de la situation politique. Partageant la même inquiétude, la Commission européenne a demandé à ce que les élections se tiennent au début de l’année comme prévu. « L’abandon du processus démocratique ne peut jamais être une solution au terrorisme », a affirmé le haut-représentant de la politique étrangère de l’Union européenne, Javier Solana. Selon les experts politiques, Musharraf a bien fait ses calculs : il semble qu’il il ne va pas céder aux appels internationaux car d’ores et déjà, il est sûr que, quoiqu’il fasse, les Etats-Unis n’ont guère d’autre choix que de continuer à coopérer avec son pays, considéré comme leur principal allié dans la guerre contre le terrorisme. Alors, pourquoi ne pas gouverner d’une main de fer, bafouant Constitution, démocratie et droits légitimes ? C’est peut-être ce soutien américain à Musharraf qui a fait naître en lui les germes d’un despote dans un pays déstabilisé « qui possède l’arme nucléaire » .

Maha Al-Cherbini

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