Célébration.
L’Institut allemand d’archéologie vient de fêter un siècle
de fouilles en Egypte. Une exposition au Musée égyptien qui
va durer deux mois marque l’événement.
Rendez-vous avec le passé
Abydos,
Maadi, Elephantine, Deraa Aboul-Naga, Bouto et Abou-Mina
sont les six sites d’où proviennent les 190 pièces que
renferme l’exposition marquant le centenaire des fouilles
allemandes en Egypte qui se tient dans la salle 44 au
rez-de-chaussée du Musée égyptien. Les pièces exposées
reflètent surtout les travaux effectués pendant les
dernières cinquante années. « Nous avons sélectionné ces six
sites archéologiques parmi plusieurs autres parce qu’ils
sont les plus importants », explique l’égyptologue Ute
Rummel, organisatrice de l’exposition. Selon elle, les
pièces tirées de ces lieux expliquent l’Egypte depuis la
préhistoire jusqu’à l’époque gréco-romaine puis chrétienne,
en passant par l’âge archaïque et l’ère pharaonique. Quant à
la période islamique, l’intervention allemande s’est limitée
à la restauration uniquement, raison pour laquelle
l’exposition ne renferme aucune pièce de cette période.
Encore plus, « l’exposition comprend des présentations et
des pancartes qui reflètent quatre différents projets que
l’Institut a définitivement achevés », ajoute l’archéologue.
Ce sont en fait la tombe de Antef qui se trouve à Assassif à
Thèbes-Ouest, celle de Séthi Ier à Gourna, la ville de
Mermadet-Bani Salama, à 60 km ouest du Delta et enfin, la
restauration des statues en cuivre de Pépi Ier entamée par
le musée gréco-romain à Mayence (Allemagne) en coopération
avec le Musée égyptien du Caire.
Prédominance préhistorique
L’Institut allemand a consacré la moitié de son exposition à
la période prédynastique et archaïque, constituant alors une
nouveauté par rapport à d’autres célébrations du genre. Une
telle époque est représentée par un récipient surmonté de
gravures de femmes lors de leur danse rituelle et dégagé
d’Abydos. « C’est l’une des œuvres inédites de toute
l’histoire égyptienne. Nous avons aussi trouvé un récipient
similaire, mais avec des hommes », commente Rummel. Pour
elle, c’est peut-être une danse rituelle destinée à assurer
la fécondité. Avis partagé par Wafaa Seddiq, directrice du
Musée égyptien, selon laquelle cette pièce symbolise la
maternité, puisque le lait s’écoule sur les poitrines des
danseuses. Selon la directrice, plusieurs œuvres originaires
d’Abydos, où les fouilles avaient été entamées par Günter
Dreyer, retracent les premières tentatives d’inscriptions
remontant à la période 3 700 à 3 050 avant J.-C.
Autres pièces inédites qui reflètent la vie quotidienne du
IVe millénaire avant notre ère : de petits cylindres en
calcaire troués au centre qui étaient utilisés dans la
filature. Ces œuvres sont dégagées du site de Maadi,
banlieue du Caire. L’importance d’un tel emplacement réside
dans la planification des maisons de la commune, les
demeures sous terre ainsi que le développement de la
fabrication de la poterie en argile. L’exposition en
comprend des exemples qui incarnent une telle évolution.
L’exposition comprend encore des figurines en faïence qui
représentent un babouin. Ces pièces ont été découvertes dans
le temple de la déesse Satet (déesse des cascades) dans
l’île d’Eléphantine. Ces figurines, dont l’âge remonte à la
fin de la IIe dynastie, sont d’une importance majeure aux
yeux de l’organisatrice. Pour elle, ce sont des objets
votifs qui ont été présentés comme offrandes à l’occasion de
la crue du Nil, souhaitant son retour à temps toutes les
années. « Cet aspect rituel et culturel était en Eléphantine
jusqu’à la VIe dynastie », renchérit Rummel.
Epoques mises en évidence
le Moyen Empire est lui aussi fortement représenté dans
cette exposition centenaire, époque peu reflétée lors des
autres expositions célébratives. Cette période s’ouvre sur
la statue en grès du porteur du sceau royal et chef des
troupes militaires du roi Mentohotep II, de la XIe dynastie,
le général Antef, dont la tombe est située à Assassif, à
Thèbes-ouest, auprès de celle de son roi. Bien qu’elle soit
incomplète, celle-ci reflète le style classique de la
sculpture répandue du Moyen Empire par excellence. Pour
Rummel, cette pièce est l’œuvre maîtresse de l’exposition.
Raison pour laquelle elle occupe le centre de la salle 44
afin d’être entourée par les autres pièces représentées.
Toujours du Moyen Empire, se distingue la stèle en calcaire
coloré du juge Iyaye-Sineb de la XIIIe dynastie. Dégagée de
sa tombe en forme de puits à Deraa Aboul-Naga, forme
répandue à cet âge, cette stèle représente le défunt devant
les offrandes en suppliant Mentohotep II et Mentohotep III,
les deux rois de la XIe dynastie qui ont été transformés en
divinités après leur mort, afin de lui fournir de la
nourriture dont il a besoin dans l’au-delà.
Les organisateurs ont enrichi leur exposition avec des
pancartes comprenant des photographies des différents
chantiers pendant les opérations archéologiques. Ces scènes
sont accompagnées de textes trilingues en allemand, en
anglais et en arabe. L’exposition est plutôt « un
rendez-vous avec le passé », conclut Rummel.
Doaa
Elhami