La Syrie et la crise libanaise
Radwane
Ziyada
Avec l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais
Rafiq Al-Hariri en 2005, les
relations syro-libanaises sont entrées dans une nouvelle
phase, tant au niveau des relations bilatérales entre les 2
pays qu’au niveau des relations régionales et
internationales de la Syrie. La Syrie a fait l’objet
d’accusations et a été exposée à de fortes pressions
internationales visant à l’obliger à changer la nature de
ses relations avec le Liban. Des conditions ont été imposées
à la Syrie comme la détermination des frontières entre les 2
pays, la reconnaissance de la souveraineté libanaise et
l’échange d’ambassadeurs. Une résolution du Conseil de
sécurité a été promulguée à ce propos et une autre a appelé
la Syrie à coopérer avec le comité international
chargé de juger les inculpés dans l’assassinat de Hariri.
C’est ainsi que Damas semblait être encerclé par toute la
communauté internationale. Il y a même eu entente
franco-américaine, chose très rare, autour du dossier
syro-libanais et cette entente a donné naissance à la
résolution internationale n°1 559. La situation a empiré à
cause de la faiblesse de la direction syrienne dans la
gestion de la crise aux niveaux médiatique et politique.
C’est ainsi qu’au lieu de disparaître, les doutes ont
augmenté. En effet, la direction syrienne s’est montrée
confuse et incapable de prendre une décision. Les 15 ans de
relations historiques particulières et le traité de
fraternité, de coopération et de coordination entre le Liban
et la Syrie n’ont pas réussi à éloigner les différends. La
situation s’est alors détériorée avec l’incapacité des
hommes politiques syriens de prendre la bonne initiative au
bon moment.
Or, Damas assume la responsabilité complète de la
détérioration de ses relations avec le Liban pour avoir
négligé de fonder ses relations selon des bases nouvelles
qui dépassent le « dossier ». C’est ainsi que les erreurs se
sont accumulées, lorsque la Syrie était encore présente au
Liban, au point d’exploser d’un seul coup au visage de
Damas.
Damas a toujours insisté à ce que les relations entre les
deux pays soient gérées par des accords et des pactes, et
déterminées par les institutions des deux Etats. La
politique syrienne se base sur des personnes au lieu de
construire des politiques stratégiques réelles. C’est pour
cela qu’elle a pris la décision de prolonger la présidence
d’Emile Lahoud et de l’imposer à
travers le Parlement libanais d’une façon ou d’une autre. Et
les Syriens n’ont trouvé aucun prétexte légitime qui aurait
justifié ce pas.
C’est ainsi que les différends syro-libanais se sont de plus
en plus aggravés, en particulier après l’assassinat de
Hariri. Et voilà qu’aujourd’hui la crise prend une forme
différente avec la nécessité d’élire un nouveau président
libanais.
Mais aujourd’hui, après l’échec américain contre l’Iraq et
la victoire du Hezbollah dans sa guerre contre Israël en
juillet 2006, la Syrie se sent en position de force. Elle
croit avoir récupéré son influence au Liban en comptant sur
ses alliés, en particulier le Hezbollah.
C’est ainsi que la Syrie s’est engagée de nouveau sur la
scène internationale après l’isolement qui lui avait été
imposé. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid
Al-Moallem, s’est réuni avec ses homologues américain et
français à Istanbul en marge de la réunion des ministres des
Affaires étrangères des Etats voisins de l’Iraq. L’objectif
était d’exercer une pression sur la Syrie en essayant de la
convaincre que le chemin du retour à la communauté
internationale passe par le Liban. Quant à Al-Assad, il
s’est réuni avec Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée,
et Jean-David Lévitte, conseiller diplomatique du président
Sarkozy, à Damas le 4 novembre. Cette réunion était la
première en son genre entre le président syrien et un
responsable français depuis l’assassinat de Hariri.
Le message que la communauté internationale essaye de faire
parvenir à la Syrie est qu’elle n’est pas contre le régime
syrien ou sa stabilité. Il y a donc une disposition à une «
ouverture exceptionnelle » comme l’a dit le ministre
français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, « si »
la Syrie facilite la tenue des élections présidentielles
libanaises à la date prévue. Tout en reconnaissant son droit
à ne pas faire élire un président hostile à la Syrie.
C’est ainsi que Damas ne se sent pas en position de
faiblesse qui l’obligerait à présenter des concessions en ce
qui concerne l’élection d’un nouveau président libanais. Or,
les responsables syriens savent qu’il ne faut pas laisser
passer l’occasion de profiter des efforts internationaux
pour redonner du souffle au rôle syrien sur la scène
libanaise, arabe et internationale.
Donc, la Syrie se trouve aujourd’hui dans un tournant
décisif en ce qui concerne sa politique extérieure, en
particulier en matière des relations syro-libanaises. Le
défi le plus important étant la coopération syrienne
avec l’enquête internationale et avec la Cour internationale
de la justice.
Le second défi que la Syrie doit affronter, c’est la
nécessité de parvenir à un équilibre entre ses relations
avec les deux axes actifs dans la région, c’est-à-dire
l’Iran et le Hezbollah, et son rôle historique à l’intérieur
de l’axe qui regroupe l’Arabie saoudite, l’Egypte et la
Syrie. Cet axe qui a tracé la politique du Proche-Orient au
long de nombreuses décennies a connu un déséquilibre
important pour ne pas dire qu’il a perdu un de ses maillons
à la suite de l’assassinat de Hariri, le maillon syrien. En
effet, l’Arabie saoudite a considéré que cette frappe lui
était adressée personnellement. La guerre de juillet 2006 et
le discours d’Assad qui a suivi étaient des accusations
contre les dirigeants d’Arabie saoudite, d’Egypte et de la
Jordanie d’être des « demi-hommes ». C’est ainsi que les
relations syro-saoudiennes et les relations syro-égyptiennes
ont été fortement affectées.
Les relations syro-égyptiennes ne sont plus ce qu’elles
étaient. Nombreux différends existent aujourd’hui. Et même
s’ils restent secrets la plupart du temps, ils apparaissent
parfois avec force.