L’utopie d’un règlement au conflit du siècle
Morsi Attalla
Avec la tenue de la conférence d’Annapolis pour la paix, les
discours d’Israël sur les implantations partent dans tous
les sens. Son intention, semble-t-il, est de se dérober des
résolutions claires et nettes des Nations-Unies confirmant
le droit des réfugiés au retour ou à l’indemnisation.
Malheureusement, la plupart des propos allant dans ce sens
proviennent des grandes capitales, connues pour leur
alignement aveugle à Israël et leur injustice envers les
Arabes et les Palestiniens.
Israël n’œuvre pas de manière unilatérale sur cette piste,
mais est soutenu par des forces et des institutions
mondiales, et des rumeurs courent selon lesquelles des
pots-de-vin politiques sont versés contre l’acceptation de
l’idée de l’implantation. Israël parle tantôt de garanties
susceptibles d’améliorer les conditions de vie de ces
réfugiés dans leurs lieux actuels de résidence. Il est allé
jusqu’à proposer des primes politiques et économiques aux
pays qui encouragent cette politique.
Ceux qui s’alignent sur la position d’Israël réitèrent
aujourd’hui les déclarations selon lesquelles si l’Etat
hébreu ne peut pas supporter les Palestiniens qui ont refusé
de partir en 1948, ceux qu’on appelle les Arabes d’Israël,
et qui ont préféré rester et garder le statut de citoyen de
2e degré, comment pourra-t-il approuver le retour de 4
millions de Palestiniens ? Sans doute, ce retour en masse
entraînerait un déséquilibre dangereux dans la structure
démographique de l’Etat hébreu.
Des propos que l’on entend à répétition chez des
responsables et de grands diplomates en Amérique et en
Europe et qu’on retrouve fréquemment dans les articles des
grands journaux0 américains et européens. Une situation qui
a tendance à donner à tort le droit aux Israéliens
d’injecter dans leurs territoires de nouveaux immigrés juifs
venant de la Russie, de l’Amérique, de l’Europe et de tous
les coins du monde. Tout en continuant à priver de ce même
droit les habitants originaires de cette terre, qui ont été
obligés de la quitter.
Si la machine de propagande américaine et européenne
pro-israélienne justifie leur approche erronée par le fait
que la plupart des réfugiés palestiniens se sont
complètement intégrés dans leurs pays d’immigration et
disposent quasiment des mêmes droits des citoyens
originaires de ces pays arabes, cette machine ignore que le
motif du retour peut ne pas être nécessairement économique,
mais il est prioritairement d’ordre national.
Selon cette même machine de propagande, les juifs du monde
entier disposent du droit de retour au pays qu’ils
prétendent être celui de leurs ancêtres et duquel ils ont
été chassés il y a 2 000 ans. Elle ne reconnaît cependant
pas le droit des Palestiniens qui ont été expulsés voilà un
demi-siècle. Et ignorer intentionnellement le constat selon
lequel ces juifs sont intégrés dans leur société qui leur a
donné une nationalité et ont la main haute sur toutes les
destinées financières et médiatiques.
Pourvu que ceux qui manifestent une compréhension vis-à-vis
des objectifs et des ambitions israéliens et qui exercent
toutes sortes de pressions pour ancrer le procédé
d’implantation sachent bien que cette manière de raisonner
ne mettra pas un terme au conflit proche-oriental. Au
contraire, elle raffermira davantage le penchant raciste
juif et attisera du coup les sentiments de haine et
d’animosité sur toute l’étendue régionale.
Toutes les parties concernées doivent réaliser que les
discours sur une paix stable sont vains en l’absence d’une
solution radicale et équitable du problème des réfugiés.
Et c’est probablement utopique.