L’idée du djihad en recul
Salama A. Salama
J’ai
suivi avec un grand intérêt ce que le quotidien Al-Masri
Al-Yom a publié sur les révisions de position des
groupuscules islamistes qui ont été diffusées par l’un de
leurs leaders sous le nom de la rationalisation du Djihad.
Ceci était le dernier mot dans un phénomène fort dangereux
qui a préoccupé l’Egypte et le monde entier et qui a soulevé
dans la région un nombre illimité d’actes de violence,
d’assassinats et de guerres qui ont fait des milliers de
victimes. Ce phénomène s’est propagé dans des pays arabes et
islamiques et a atteint l’Afghanistan et l’Iraq. Il est à
l’origine des mouvements terroristes qui ont dévasté le
monde durant les trois dernières décennies et a soulevé le
choc actuel entre l’Occident et l’islam.
Les peuples musulmans, y compris le peuple égyptien, ne se
sont jamais préoccupés des détails des principes, des
jurisprudences et des différends idéologiques qui ont formé
les idées de ces groupuscules durant cette période. Ils ne
se sont jamais préoccupés non plus des objectifs qui les ont
motivés et qui les ont poussés à former des groupuscules et
des organisations prêts à se heurter à la société. S’agit-il
de la colère, de la dépression ou du désespoir à une étape
décisive de la période de mutation ? En général, les peuples
n’adhèrent pas à ces idées ni à ces théories qui en général
n’attirent qu’une partie limitée d’intellectuels et de
semi-éduqués. En effet, il est facile de mobiliser ces
derniers et de les gouverner vu leur jeunesse, surtout
qu’ils ont été élevés selon le principe de l’obéissance
aveugle et qu’ils ignorent totalement les vertus du dialogue
et des discussions, notamment dans le domaine de la
jurisprudence. En effet, ils considèrent que ces domaines ne
peuvent pas être abordés par les simples gens.
J’ai remarqué dans ce que j’ai lu qu’il s’agit de reculs et
non de révisions, comme si une lumière avait soudainement
éclairé leurs esprits et leurs cœurs. Ce qui était considéré
comme un devoir impératif impliquant le djihad et la mort en
martyr pour appliquer la charia n’est plus une obligation,
car les conditions et les circonstances de leur application
n’existent pas. De plus, les actes de violence et de pillage
qui étaient permis pour financer le djihad sont devenus
détestés et inadmissibles. Le changement par la force et par
le heurt avec le dirigeant musulman pour appliquer la charia
n’est plus une chose obligatoire, car les faibles et les
impuissants ne sont pas obligés de pratiquer le djihad.
C’est ainsi que nous avons témoigné d’un changement radical
dans un grand nombre de positions que les dirigeants
eux-mêmes s’étaient évertués à formuler pour convaincre
leurs fidèles.
Nous nous trouvons face à une hiérarchie dans la direction
qui oblige les subordonnés à respecter et à accepter les
idées et les opinions de leurs supérieurs. Tant que les
émirs et les plus savants dans le domaine de la charia ont
adopté de nouvelles convictions et idées, il incombe à tous
les subordonnés de les suivre. Le leadership organisationnel
est indivisible du leadership intellectuel. Dans ce cas, le
leadership intellectuel devient un genre de monopole qui
donne à l’émir du groupuscule le droit de changer ses idées
et ses convictions et de les dicter à ses subordonnés, car
c’est lui qui est censé connaître le mieux les fondements de
la charia.
Vivre derrière les barreaux pendant de longues années a
certainement des répercussions sur la conscience de
l’individu et peut contribuer à changer ses idées et ses
convictions. Il peut se retourner complément contre ses
idées ou bien il peut devenir facilement influencé par ceux
qui l’ont dérouté. Ce phénomène ne se limite pas aux
groupuscules islamistes. Il se répercute dans l’histoire des
organisations politiques comme les marxistes, les
communistes et autres.
Ce renversement intellectuel aurait été plus crédible s’il
était survenu en dehors des barreaux des prisons, si ces
leaders avaient révisé leurs idées et leurs convictions en
liberté. Sinon, tout ce qui se dit devient une question
digne d’être examinée.