Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, Alfred Farag : Al-Charqawi commet une faute de grammaire
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Idées

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Opinion

Alfred Farag : Al-Charqawi commet une faute de grammaire

Mohamed Salmawy 

D’aucuns pourraient ignorer le rôle qu’a joué le défunt Alfred Farag dans la mise en place de l’Union des écrivains d’Egypte. C’était une contribution efficace et d’envergure sans laquelle toute cette panoplie d’écrivains ne se serait pas mise d’accord sur la vitalité de l’existence d’une telle organisation syndicale ayant pour vocation de les protéger et de défendre leurs intérêts. Alfred Farag a été celui qui a réuni Abdel-Rahmane Al-Charqawi, Taha Hussein et Tewfiq Al-Hakim. Si ce n’étaient ses efforts, ces personnalités n’auraient jamais signé le communiqué de création de l’Association des écrivains et plus tard celui de l’Union. 

Nous étions en plein hiver 1999 dans l’enceinte du Théâtre national. Le grand dramaturge Alfred Farag était venu voir ma pièce de théâtre La dernière danse de Salomé, jouée par Soheir Al-Morcheidi et Abdel-Moneim Madbouli. Pendant l’entracte, nous nous sommes réunis dans le salon pour parler de divers sujets et je ne sais pas ce qui nous a amenés à aborder le sujet de l’Union des écrivains. Alfred Farag m’a narré l’histoire de sa création, qu’il connaissait dans ses menus détails. D’ailleurs, rares sont ceux qui la connaissent. Un récit que nous avons poursuivi dans la cafétéria de l’hôtel Shepheard jusqu’aux premières lueurs du lendemain.

Alfred Farag m’a dit : Tout le monde croit que c’est Youssef Al-Sébaï qui a créé l’Union des écrivains en 1975. Mais la réalité est que le véritable promoteur de l’idée fut Abdel-Rahmane Al-Charqawi en 1955. Il avait créé ce qui était appelé à l’époque l’Association des écrivains qui était la pierre angulaire ayant donné naissance plus tard à l’Union.

Alfred Farag est revenu en arrière et nous a dit qu’il avait commencé par être un instituteur dans une école secondaire à Choubra, alors que Abdel-Rahmane Al-Charqawi était un inspecteur au ministère de l’Education. Dans son bureau, Al-Charqawi était en compagnie de deux jeunes gens, amateurs d’écriture comme lui, Fathi Ghanem et Ahmad Bahaeddine. Alfred était proche d’Al-Charqawi bien qu’ils n’avaient pas travaillé ensemble, mais ils se rencontraient régulièrement dans un café à Héliopolis. Au cours d’une de ses rencontres, Al-Charqawi a parlé avec Farag de la nécessité de faire démarrer un syndicat qui protégerait les intérêts des écrivains. Lorsque Al-Charqawi a remarqué l’enthousiasme de Farag, il a fait sortir de sa poche un reçu d’électricité, semble-t-il, et a commencé à rédiger au verso le communiqué de la création de ce syndicat : « Nous, écrivains égyptiens, nous nous sommes mis d’accord à former une union pour les écrivains qui défendrait la profession et qui soutiendrait la littérature, la pensée, les droits d’auteurs littéraires et matériels et qui serait le porte-parole des écrivains d’Egypte à l’intérieur comme à l’étranger ».

En s’adressant à son ami Alfred Farag, Abdel-Rahmane Al-Charqawi a dit : Si nous réunissons 100 signatures sur ce papier, il ne nous resterait plus qu’à assurer le contact avec l’Etat et à fixer le statut juridique de l’Union.

Ceci a eu lieu en 1955, à la suite de la Révolution de Juillet qui avait attisé l’enthousiasme des citoyens. Chacun alors s’était acharné à revendiquer ses droits et à rechercher ses intérêts. Al-Charqawi dit à Alfred Farag qu’il pourrait obtenir la signature de Youssef Al-Sébaï, qui était l’un des Officiers libres et romancier en même temps. Al-Charqawi demanda au disciple Alfred Farag d’essayer d’obtenir celle de son maître Tewfiq Al-Hakim et aussi celle de Taha Hussein qu’il connaissait personnellement.

Le dramaturge m’a raconté une situation très embarrassante. Il m’a dit que lorsqu’il devait lire l’énoncé du communiqué à Taha Hussein pour qu’il y appose sa signature, le doyen de la littérature arabe l’a alors arrêté devant une erreur de grammaire flagrante tout au début du communiqué. Alfred dit que tout au long de sa vie, il n’a jamais été confronté à une situation aussi embarrassante. Le doyen de la littérature arabe lui a demandé clairement l’identité de la personne qui a rédigé ce communiqué et Alfred Farag a répondu : C’est Abdel-Rahmane Al-Charqawi. Taha Hussein rétorqua : Abdel-Rahmane a innové dans la poésie et rien d’étrange à ce qu’il veuille faire de même en grammaire.

Alfred Farag craignait que Dr Taha Hussein refuse d’adhérer à l’association à cause de cette erreur grammaticale flagrante qui est passée inaperçue tant par son auteur que par son lecteur. Il le supplia alors : J’espère, mon pacha, que cette erreur ne vous empêchera pas de rejoindre l’association.

— Etes-vous parmi les fondateurs ? Farag lui énuméra alors plusieurs noms, en focalisant sur les adeptes de la droite jusqu’à ce que Taha Hussein se soit bien assuré que l’association ne serait pas réservée uniquement à la gauche. Il approuva alors et y adhéra.

Ainsi Taha Hussein fut-il le premier à apposer son tampon sur le communiqué de l’Union des écrivains d’Egypte, grâce à Alfred Farag. Ensuite, ce fut au tour de Tewfiq Al-Hakim de le lire suite à une initiative d’Alfred Farag toujours, puis Youssef Al-Sébaï. Cependant, Alfred Farag reconnaît qu’Al-Sébaï fut la personne dynamique qui a pu faire bouger les choses et qui a concrétisé sur le terrain de la réalité l’idée de l’Association. Il a éliminé toutes les entraves bureaucratiques qui s’érigeaient d’habitude devant la déclaration de n’importe quelle nouvelle entité.

Ainsi ce qui fut appelé l’Association des écrivains a-t-elle vu le jour en Egypte. Elle a été fondée en vertu de la loi des associations sociales. Le premier président élu était Dr Taha Hussein et le conseil d’administration était composé de Tewfiq Al-Hakim, Abbass Mahmoud Al-Aqqad, Mahmoud Taïmour, Aziz Abaza et, parmi ceux de la nouvelle génération, Youssef Al-Sébaï, Ehsane Abdel-Qoddous, Naguib Mahfouz, Sarwat Abaza, Abdel-Rahmane Al-Charqawi et Ahmad Bahaeddine. Youssef Al-Sébaï a été élu secrétaire général de l’association par forfait.

Alfred Farag souriait, alors qu’il se rappelait ses souvenirs et disait : l’Association des écrivains s’est acharnée à revendiquer l’application de la loi des syndicats et des unions, jusqu’à la promulgation, 20 ans plus tard, précisément en 1975 de la loi de la fondation de l’Union des écrivains. Celle-ci a stipulé dans son article n°1 : « La création en République arabe d’Egypte d’un syndicat appelé l’Union des écrivains avec le statut de personne morale ».

Les années se sont écoulées et je me suis trouvé élu à la tête de cette union en mars 2005. En novembre de la même année, nous étions en train de préparer la célébration du 30e anniversaire de l’Union qui a vu le jour en 1975. Alfred Farag était alors hospitalisé à Londres et trouva la mort quelque temps après. Je l’avais contacté à l’hôpital pour avoir des nouvelles de sa santé. La première chose qu’il m’a demandée : — Est-ce vrai que vous célébrez le 30e anniversaire de la création de l’Union.

— Oui et nous espérons que vous reviendrez en bonne santé pour que vous puissiez le célébrer avec nous.

Alfred Farag me répondit rapidement : C’est le jubilé d’argent de l’Union. Elle a été fondée en 1955, comme je vous l’ai déjà dit. Bien qu’à l’époque elle s’appelait l’Association des écrivains. Tout comme les Nations-Unies qui avait été précédée par la Ligue des nations. Dans ce cas-là, peut-on dire que l’histoire de l’organisation internationale a juste commencé depuis qu’elle a été appelée les Nations-Unies ? C’est donc pareil pour l’Association et l’Union qui lui a succédé.

Avant de finir le contact téléphonique, j’ai dit à Alfred Farag que nous l’attendions en Egypte pour célébrer tous ensemble l’union. Mais Alfred Farag n’est pas rentré. La maladie l’a rongée à Londres et c’est sa dépouille mortelle qui nous est revenue quelques jours après mon appel. Que Dieu le gratifie pour ses dons pour les écrivains.

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.