Liban.
Akram
Choheib,
député et numéro deux du Parti socialiste dirigé par le
leader druze Walid Joumblatt, fait le point sur les
présidentielles. Entretien.
« Je ne pense pas qu’une solution magique apparaîtra dans
les prochains jours »
Al-Ahram
Hebdo : Pensez-vous que le Liban aura un nouveau président
vendredi prochain ?
Akram
Choheib :
Nous avons une grande volonté. Je pense que les choses
seront plus claires après la conférence d’Annapolis. Le
problème au Liban est en partie local. Mais la plus grande
part réside dans les influences étrangères.
— Pourquoi l’initiative française a-t-elle échoué ?
N’êtes-vous pas convaincu que la solution du problème doit
émaner de l’étranger ?
— L’initiative française soutenue par les parties arabes en
Syrie a donné naissance à ce qu’on appelle la feuille du
patriarche Sfeir. Elle a
représenté un pas très important et a empêché l’apparition
de répercussions dangereuses sur la scène libanaise. De
plus, l’influence russe sur le régime syrien a fait que le
président Bachar
Al-Assad a accepté de mettre la
balle dans le camp du patriarche. Il a demandé que plusieurs
noms soient soumis au patriarche Sfeir
et que ces noms aillent au président du plus grand bloc
parlementaire soit Saad Al-Hariri et
Nabih Berry qui doivent les négocier. Selon
l’initiative française, si l’entente ne se réalise pas, nous
devrons recourir au Parlement pour effectuer un vote. Quand
le patriarche a accepté et a présenté les noms, la position
de Berry a changé. Par conséquent, les noms qui étaient
auparavant acceptés font à présent l’objet d’une réserve,
car l’opposition ne s’attendait pas à ce que le patriarche
présente des noms et déclare que le différend est
inter-chrétien.
— Qu’est-ce qui a vraiment changé dans le discours du
chef du Parlement Nabih Berry ?
— Avant la nomination du patriarche, il disait qu’il allait
le suivre. Mais quand le patriarche a
présenté sa liste, il a commencé à dire qu’il voulait
une unanimité chrétienne alors qu’il sait très bien que
l’unanimité est une impossibilité. Comment réaliser une
unanimité entre les chrétiens à la lumière des différends
politiques qui existent entre eux, surtout entre le général
Michel Aoun, le chef du Courant national libre et Samir
Geagea, président de l’Organisme
exécutif des forces libanaises ? Personnellement, je ne
pense pas qu’une solution magique apparaîtra dans les
prochains jours. Je crois que le régime syrien attendra la
carotte internationale.
— Qu’entendez-vous par la carotte internationale ?
— De nombreuses offres internationales ont été présentées à
la Syrie concernant la levée de l’embargo et le dossier du
Golan. Mais ce dernier dépend des résultats de la conférence
d’Annapolis. Auparavant, c’était l’Iran qui insistait sur
l’achoppement des élections libanaises de toutes les
manières possibles car il veut que le Hezbollah assume une
autre mission, une mission internationale dans le dossier de
l’Iran en ce qui concerne l’isolement et l’arme nucléaire.
En revanche, la Syrie s’est montrée plus flexible. Ceci est
chose réconfortante.
— On accuse la majorité de s’être attardée à accepter le
candidat Michel Eddé et d’avoir
raté l’occasion de réaliser l’entente ?
— Si la majorité avait accepté au départ, le général Michel
Aoun se serait opposé. De plus, l’opposition déclare qu’elle
veut une unanimité chrétienne. Aoun veut un président sur
mesure pour une période d’un an et sept mois dans l’espoir
qu’il sera le prochain président après les prochaines
élections parlementaires. Il veut devenir le président de la
République de n’importe quelle manière. Partant,
l’initiative qu’il a présentée n’a qu’un seul objectif :
saper la Constitution et détenir l’armée pour qu’il devienne
l’homme n°1 au Liban.
— Le prochain président sortira-t-il de la liste du
patriarche ou pas ?
— Le premier ministre Fouad Siniora
a déclaré après sa rencontre avec le patriarche que la
référence maronite s’était résignée et qu’il était tout à
fait possible que le président de la République ne soit pas
maronite.
Propos recueillis par Maher
Meqled