Prix.
L’association Ahmad Bahaeddine
perpétue l’héritage de l’écrivain et journaliste en
encourageant chaque année de jeunes chercheurs à mener à
bien leurs projets.
Des générations se passent le témoin
L’ambiance
était simple et sérieuse, sans cérémonial ni rituels
inutiles, le mercredi dernier à la Grande Bibliothèque de
Zamalek pour la séance
d’attribution des prix. La présence de toute une génération
de journalistes et d’écrivains, dont Mohamad
Hassanein
Heikal, rassemblés autour de la mémoire de leur ami
et collègue Ahmad Bahaeddine
(1927-1996), obligeait sans doute à une certaine réserve,
mêlée à la sérénité d’hommes qui pour la plupart ont réalisé
que leur heure de gloire — celle du nationalisme arabe
triomphant — est passée. Journaliste et écrivain,
intellectuel et érudit, Ahmad
Bahaeddine est de ces hommes qui, parce que leur
parcours même était indissociable des espoirs et des
déceptions de cette époque, constituait
un repère, un symbole pour toute une génération.
L’association Les Amis d’Ahmad
Bahaeddine, constituée après sa mort, s’est donné
comme objectif de perpétuer ses préoccupations, celles
qu’ils partageaient avec ses pairs, et celles qui faisaient
sa singularité, en contribuant à « améliorer la qualité de
vie des gens à travers des activités et des services
intellectuels, littéraires et artistiques ». Né à Assiout,
Ahmad Bahaeddine « croyait
beaucoup au droit du peuple à l’éducation, aux livres, à
l’art, à la musique, à la philosophie, à l’information et à
la technologie. Il tenait également beaucoup à promouvoir
ces droits auprès des communautés rurales et marginalisées
». C’est pour concrétiser ces idées que l’association a
constitué récemment un centre culturel qui portera le nom du
journaliste dans sa ville de naissance, contribuant ainsi à
décentraliser les activités culturelles.
C’est dans le même esprit que l’association attribue chaque
année des prix à de jeunes chercheurs, selon une thématique
variant tous les ans. Les jeunes gagnants se voient
attribuer une bourse d’une valeur de 10 000 L.E. pour mener
à bien une étude sur un sujet donné. A la fin de l’année, un
nouveau prix, d’une valeur de 10 000 L.E. également,
récompense cette fois-ci un seul gagnant, et prend en charge
la publication de l’ouvrage primé. L’œuvre publiée pour 2007
sera ainsi celle d’Ahmad Zaki Osmane, dont l’étude avait
porté sur les moyens de « garantir une participation plus
large de secteurs significatifs de citoyens », dans le cadre
du thème de 2006 portant sur l’évolution démocratique. Cette
année, le sujet tournait autour de la participation des
jeunes arabes aux domaines politique et social. Les prix ont
été attribués à deux gagnants : Ihab Moustapha Al-Hadari
pour son projet sur « un espace alternatif pour la pratique
politique », centré essentiellement sur l’Internet et les
blogs. Le deuxième projet gagnant était présenté à deux, par
Mohamad Ismaïl Al-Aqtach et Badr Ismaïl Al-Ebeidi et porte
sur la « réalité de l’action civile menée par les jeunes ».
Les prix ont été donnés par l’ex-ministre des Affaires
étrangères, Ahmad Maher, également membre du Conseil
d’administration de l’association des Amis d’Ahmad
Bahaeddine. Ils avaient été attribués par un jury composé de
cinq professeurs d’université, présidé par Mohamad
Aboul-Ghar, surtout réputé en tant qu’obstétricien, mais
aussi en tant qu’intellectuel engagé. Les autres membres du
jury étaient Karima Hassan Khalil, Laïla Soueif, Hoda Abaza
et Ahmad Zakariya. Laïla Soueif, professeure de
mathématiques à l’Université du Caire, a expliqué à l’Hebdo
qu’elle estimait que « les prix attribués cette année
allaient à des travaux de qualité, intéressants,
susceptibles de faire avancer les débats sur cette question
».
La séance d’attribution des prix a été également l’occasion
d’annoncer la parution de deux nouveaux ouvrages édités par
l’association, dont l’un est disponible sous forme de CD, et
rassemble les œuvres complètes d’un écrivain de la même
génération que Bahaeddine, à savoir l’économiste Ismaïl
Sabri Abdallah ainsi qu’un livre rassemblant l’œuvre du
peintre Abdel-Ghani Aboul-Einein, dont l’ouvrage allait
faire l’objet le lendemain d’une soirée de dédicace à la
librairie Diwan, à Zamalek.
Dina
Heshmat