Hommage.
75 ans après leur mort, les deux grands poètes Ahmad Chawqi
et Hafez Ibrahim sont au centre d’une vaste célébration. De
quoi remettre en lumière ces pionniers de la renaissance
littéraire du siècle dernier.
Chawqi et Hafez toujours à la page
Le
« Prince des poètes » (Ahmad Chawqi, 1868-1932) et le «
Poète du Nil » (Hafez Ibrahim, 1873-1932), morts la même
année, ont fait l’objet cette année d’un hommage conjoint
par le Conseil suprême de la culture et par l’Union des
écrivains égyptiens qui leur ont consacré la journée
annuelle de l’écrivain (voir encadré). La célébration
s’intitule « De nouvelles perspectives dans la poésie de
Chawqi et Hafez ». « C’est notre plus grand plaisir de
savoir que plusieurs institutions célèbrent ces grands
auteurs », explique le poète et écrivain Ahmad Abdel-Moeti
Hégazi. « Le musée de Chawqi, Karmit Ibn Hanie, lui rendait
hommage le mois dernier, nous le faisons ce mois avec
l’Union des écrivains égyptiens et la Bibliothèque
d’Alexandrie le fera le mois prochain. C’est un hommage qui
durera jusqu’à la fin de l’année », ajoute-t-il.
Dans le cadre des séminaires, des soirées poétiques et des
concerts organisés par le Conseil suprême de la culture, la
vie et l’œuvre des deux poètes ont été analysées et étudiées
par des poètes et écrivains tels Ahmad Darwich, Sayed Hégab,
Joseph Harb. Une célébration qui, au-delà de l’hommage,
révèle surtout un désir de retrouver la valeur de la langue
arabe et l’importance de l’héritage littéraire de Chawqi et
Hafez. Dans son discours lors du premier séminaire de la
conférence, Ahmad Darwich a évoqué le « besoin » de relire
Chawqi et Hafez, qui ont marqué leur époque en renouvelant
la poésie et la littérature et l’ont dépoussiérée.
« Non seulement, nous avons besoin d’exprimer le respect que
nous ressentons envers la mémoire de ces grands écrivains,
mais notre plus grand besoin est de réintroduire ces grands
piliers aux nouvelles générations d’auteurs littéraires et
au public en général », déclare Abdel-Moeti Hégazi. « Les
nouvelles générations aujourd’hui ont tendance à se
déraciner en cherchant la nouveauté et la modernisation ;
c’est notre rôle de leur expliquer qu’aucune renaissance
littéraire n’est possible sans traditions ni passé ».
D’autres se sont intéressés plutôt aux dimensions sociale,
nationale, politique, historique ou religieuse de l’œuvre
des deux poètes. L’œuvre de Hafez n’a pas obtenu le même
espace dans cette profusion d’études et de soirées
poétiques. Une lacune, relevée par plusieurs critiques et
journalistes, que même les organisateurs de la conférence
ont fini par déplorer. « Je regrette que Hafez n’ait pas eu
l’importance qu’il mérite. Nous aurions effectivement dû
consacrer plus de recherches et de séminaires à Hafez
uniquement. En tant qu’auteur et journaliste, j’essaierai de
consacrer des articles à l’étude et l’analyse de Hafez seul
», promet le rapporteur de la célébration Abdel-Moeti Hégazi.
Le public, qui connaît Chawqi et Hafez à travers les manuels
scolaires, ou les chansons de Abdel-Wahab et Om-Kalsoum,
était très présent pendant les conférences et les soirées.
De quoi révéler peut-être une soif des grandes œuvres et du
patrimoine littéraire. L’exemple le plus vivant est la
conférence sur les poèmes pour enfants de Chawqi, donnée à
la fois au Conseil suprême de la culture et à l’Union des
écrivains égyptiens, et qui connut beaucoup de succès en
ouvrant un grand débat sur la poésie et son rôle dans la
formation de l’esprit de l’enfant. « Ils sont venus nombreux
parce qu’ils aiment Chawqi et Hafez. Lors de la seconde
soirée, nous avons présenté des parties des pièces de Chawqi
telles La Mort de Cléopâtre et Le Fou de Leïla et le public
y a pris beaucoup de goût. Ça laisse penser que si le
théâtre national présente ces pièces, elles vont connaître
un grand succès », remarque Hégazi.
Une célébration qui se conclut dans la satisfaction d’avoir
rappelé aux institutions nationales la valeur de Chawqi et
Hafez et dans l’espoir que les prochaines célébrations
auront lieu à une échelle nationale, notamment dans le
domaine de l’éducation et des programmes scolaires.
Dina
Abdel-Hakim