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 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

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Idées

Islam politique. Pensionnaire scientifique à l’Institut français d’études anatoliennes et ancien directeur de la filière francophone des sciences politiques à l’Université du Caire, Jean Marcou dresse le bilan de l’exercice du pouvoir par le parti de la justice et du développement (AKP) en Turquie et fait le rapprochement avec les Frères musulmans en Egypte. 

« C’est le cadre politique qui fait la différence entre la Turquie et l’Egypte » 

Al-Ahram Hebdo : Quel bilan faites-vous de l’exercice du pouvoir par l’AKP en Turquie ? Ce parti issu de l’islam politique s’est-il adapté aux règles de la démocratie ?

Jean Marcou : A l’origine, les dirigeants de l’AKP sont issus de la mouvance islamiste. Ceci étant, depuis la dissolution en 2001 du parti Fazilet, une tendance modernisatrice qui existait au sein de ce parti a créé l’AKP, qui ne se définit plus comme islamiste, mais comme un parti démocrate conservateur, qui ambitionne à être un parti de centre droite. Il n’en demeure pas moins que l’AKP reste issu de la tendance islamiste. Mais pour répondre à votre question, il faut rappeler que les responsables du parti ont milité et fait carrière politique depuis les années 1970 dans le système parlementaire démocratique turc. Donc, ils sont des gens qui, en dépit de leurs idées anti-système, anti-république laïque et critiques vis-à-vis de la démocratie, ont toujours vécu dans un système parlementaire et démocratique. Ils étaient dans une certaine manière déjà habitués. Il est vrai aussi que depuis 2002, date de son accession au pouvoir, l’AKP a connu des évolutions très nettes : l’acceptation du choix de la candidature de la Turquie à l’adhésion à l’Union Européenne (UE), le choix du consensus politique, c’est-à-dire le refus systématique de la confrontation avec l’armée, et surtout l’ouverture politique, c’est-à-dire que l’AKP s’est ouvert à des personnalités extérieures à la mouvance islamiste. Ils sont des libéraux qui ont joué un rôle très important dans la sociabilisation des dirigeants de l’AKP au pouvoir : les négociations avec l’UE, la mise en œuvre des politiques publiques, etc.

Je pense que les dirigeants de l’AKP ont très bien assimilé les règles de la démocratie parlementaire. Paradoxalement, ils savent mieux faire une campagne électorale que les Kémalistes. C’était évident lors des élections de 2007 où les Kémalistes ont fait campagne idéologique sur la laïcité et l’islamisme, alors que l’AKP a fait une vraie campagne d’élection générale : il était au pouvoir depuis 5 ans. Il a expliqué aux électeurs ce qu’il a fait et ce qu’il allait faire. Il a donc joué le jeu de la démocratie, mais il reste un parti issu de la mouvance islamiste, c’est-à-dire avec un reste de culture que l’on voit apparaître de temps en temps dans, par exemple, des problèmes de mœurs. Tout le problème est de savoir comment l’AKP évoluera dans les prochaines années : Va-t-il accentuer ce changement de fond, son adhésion aux valeurs démocratiques ? Ou au contraire va-t-il se crisper sur des restes d’identité islamiste ?

Cette particularité de l’islam politique en Turquie est-elle, au moins partiellement, le fruit des influences européennes, ne serait-ce que parce qu’Ankara veut adhérer à l’UE et se doit, de ce fait, adhérer aux valeurs démocratiques occidentales ?

— Paradoxalement, les Kémalistes et les laïcs, qui prônaient au départ l’adhésion de la Turquie à l’UE, sont aujourd’hui réticents, voire critiques envers ce processus, alors que maintenant les meilleurs défenseurs de la candidature turque sont ceux de l’AKP. A l’origine de ce paradoxe, on trouve l’intervention feutrée de l’armée en 1997 contre le gouvernement de l’islamiste Necmettin Erbakan. L’un des objectifs de l’AKP était d’éviter de se retrouver dans une situation pareille. Il fallait donc jouer l’option européenne, car elle garantit qu’il n’y aurait plus une intervention militaire. L’armée, favorable à l’adhésion à l’UE, ne peut intervenir contre un gouvernement qui œuvre, lui aussi, à cette adhésion, car elle compromettrait ainsi tout le processus. Ceci dit, l’AKP s’est aussi remarquablement adapté à la modernisation de l’économie. Il mène une politique économique libérale, inspirée en quelque sorte de celle de l’UE.

La question qui se pose aujourd’hui : l’AKP est-il prêt à poursuivre ce chemin ? Il a continué dans un premier temps les réformes, mais il a arrêté depuis 2005, parce que les réformes se sont mal passées. Il a mis de côté cette question lors des élections de 2007, puis a annoncé qu’il allait relancer les réformes. Seulement, l’Europe ne se contente pas de ces déclarations d’intention et veut des gestes significatifs, dans les domaines de la vie civile, des droits de l’homme, de ceux des femmes ... Ces réformes constitueront un véritable test pour l’AKP.

L’AKP pose un défi à l’armée, gardienne de la laïcité en Turquie, qui a lancé plusieurs mises en garde au parti. Comment peut-on imaginer l’avenir des rapports entre ces deux acteurs de la vie politique turque ?

— Je crois que l’on va vers des périodes de hauts et de bas. Entre 2002 et 2007, l’AKP a évité d’aller vers l’affrontement frontal, qui paraissait dangereux, avec l’armée. Néanmoins, au moment de la dernière élection présidentielle, on a eu un choc frontal. Et l’on a vu que l’AKP était capable d’aller au choc frontal. Aujourd’hui, nous sommes dans une période de décrispation avec une armée qui est moins puissante qu’auparavant, qui a perdu du terrain pendant la dernière campagne électorale. Cependant, l’armée fait partie du système politique turc et s’exprime sur les questions de politiques intérieure et étrangère. Cela s’explique par le fait que l’armée est passée de l’action à la dissuasion. Mais les menaces de l’armée n’ont pas fait reculer l’AKP.

Quel rapprochement peut-on faire entre l’AKP en Turquie et les Frères musulmans en Egypte ? Y a-t-il des similitudes, des divergences ?

— Idéologiquement, la mouvance islamiste turque n’était pas très éloignée des Frères musulmans. La différence essentielle provient du fait que les acteurs n’évoluent pas dans le même cadre politique. En Turquie, c’est un cadre vraiment parlementaire et pluraliste, malgré les limitations imposées par l’armée. En Turquie, les gens pratiquent également la démocratie au niveau local, malgré l’existence de la centralisation. C’est donc un cadre dans lequel quand le gouvernement perd les élections, il perd le pouvoir, et où les élections attirent vraiment la population. Lors des dernières élections turques, le taux de participation était de 80 %. Il y a donc une politique vivante en Turquie et de vraies élections libres. C’est ça qui fait la différence avec l’Egypte. Ce n’est pas tellement une question idéologique. A l’origine, l’idéologie des dirigeants de l’AKP était proche des formations islamistes. Ils prônaient un ordre juste, l’application de la charia, le communautarisme ...

Ce qui a changé, c’est que l’AKP s’est aperçu que s’il veut prendre le pouvoir et l’exercer, il ne peut pas tenir un discours pareil, car la majeure partie des gens ne votent pas pour ces raisons. Même lorsqu’ils votent AKP, ils ne votent pas pour ça. Le vote AKP est à 90 % économique et social, et non pas un vote religieux. Et même le vote du parti Refah n’était pas religieux, mais pour faire bouger les choses. Ceux qui votaient pour des raisons religieuses représentaient une infime minorité. Et c’est le cas aujourd’hui de l’AKP.

Et l’influence de l’Europe ? Joue-t-elle un rôle dans ce domaine ?

— Il est vrai que les changements profonds qui ont eu lieu en Turquie ces dix dernières années ont été facilités par la candidature à l’UE et le rôle de pression que joue cette dernière. Mais ces réformes n’auraient pas pu être possibles s’il n’y avait pas eu un profond changement de la société turque. Ce qui favorise ce changement est la bonne santé économique de la Turquie qui est passée, en l’espace de dix ans, de la 28e à la 18e place dans les classements de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. C’est donc un pays qui est beaucoup plus puissant économiquement que plusieurs pays qui font partie de l’UE. Ce progrès économique favorise le changement des modes et du cadre de vie des Turcs. Et c’est pour ces raisons qu’ils votent AKP.

Propos recueillis par Hicham Mourad

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L’ère ottomane  à l’affiche 

Le colloque international organisé par le Conseil suprême de la culture « L’Egypte à l’époque ottomane », en collaboration avec le Centre des recherches de l’histoire, des arts et de la culture islamiques (IRCICA) à Istanbul, se tiendra jusqu’au 30 novembre. Pendant cinq jours de 10h à 21h30, des recherches sont présentées au siège du conseil avec plus de 70 spécialistes de l’époque ottomane venant de 12 pays. Après l’ouverture inaugurale à la petite salle de l’Opéra du Caire, en présence de Farouk Hosni, ministre égyptien de la Culture, et d’Ekmeleddin Ihsanoglu, secrétaire général de l’Organisation de la conférence  islamique, une importante intervention était présentée par l’historologue français André Raymond. Le 28 à 13h30, Ahmet Uysal, « L’Orient et l’Occident dans les écrits de l’Egypte de Ali Moubarak pacha et l’Istanbul d’Ahmad Medhat Effendi à la fin du XIXe siècle », et à 17h00, Ahmad Saïd Al-Nagmi « La personnalité ottomane (turque) dans les films égyptiens depuis 1950 ». Et à 20h30, Magdi Guirguis, donnera « Les coptes, la religion et la question de l’identité à la période ottomane ».

Le 30 à 16h40, Mehmet Mahfuz Söylemez se consacre à « La création de l’organisation judiciaire ottomane en Egypte et la recherche des premiers juges égyptiens ». Une exposition « L’Egypte dans les documents ottomans » accompagnera le colloque, de même qu’une réduction de 50 % sera offerte sur toutes les publications du conseil.

 

50 ans du Quatuor d’Alexandrie

Les 29 et 30 novembre, la Bibliotheca Alexandrina accueillera un programme  organisé par le British Council du Caire et le Centre des recherches alexandrines et méditerranéennes pour célébrer le 50e anniversaire de la publication du premier volume du Quatuor d’Alexandrie de Lawrence Durrell, l’une des plus renommées œuvres écrites par un non égyptien sur la ville dans l’Histoire récente. Le colloque mettra l’accent sur l’auteur anglais et l’influence d’Alexandrie qui continue à nourrir les écrivains égyptiens d’aujourd’hui. Michael Haag, auteur d’Alexandria : City of Memory et d’une prochaine biographie de Lawrence Durrell, abordera le séjour de Durrell à Alexandrie. Le poète Peter Porter, éditeur d’un récent volume de poésie de Durrell, discutera de la poésie méditerranéenne de l’écrivain et son influence sur son écriture en prose. De même que Pénélope Durrell Hope, qui s’est évadée de la Grèce à Alexandrie avec ses parents, va partager des photos de famille et parlera de l’homme qu’était son père. Au menu également des lectures et discussions d’écrivains originaires d’Alexandrie comme Ibrahim Abdel-Méguid, Harry Tzalas et Edouard Al-Kharrat ajoutant ainsi un point de vue égyptien authentique de l’image d’Alexandrie de Durrell. Pour plus de détails, consulter www.bibalex.org.

 




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