Déchets. La rue
Chariket Al-Pétrole,à Mostorode, dans le quartier de Matariya, est envahie par
des amas d’ordures qui menacent la sécurité des sociétés pétrolières qui s’y
trouvent. Reportage.
Plus explosifs que jamais
Des
déchets ménagers, de construction, des ordures à n’en plus finir traînant dans
les rues, des tonnes et des tonnes de papier entravant le passage, ainsi que
les entrées et les sorties des nombreuses sociétés pétrolières qui s’étendent
sur une superficie de 25 m de large. Nous sommes dans la rue Chariket
Al-Pétrole, à Mostorode, une des plus grandes régions industrielles du
gouvernorat du Caire, située dans le quartier de Matariya.
La
liste des problèmes liés à l’environnement en Egypte est longue, très longue,
et ses effets négatifs sur les habitants et la santé des enfants n’est plus à
prouver, mais ici, rue Chariket Al-Pétrole, le problème est d’autant plus
inquiétant que cette pollution côtoie dix sociétés pétrolières qui ont été
construites à cet endroit en 1982. Ces déchets sont hautement dangereux et
constituent de véritables explosifs : si une cigarette ou une allumette est
jetée au milieu de ces amas de détritus, le feu prendra à une vitesse
surprenante sur les différentes matières pétrolifères et hautement inflammables,
transformant la région en un brasier géant.
« Le
problème a commencé il y a trois ans, quand les éboueurs chargés de ramasser
les ordures du quartier de Matariya ont décidé de s’en débarrasser sur un
terrain vague qu’ils ont transformé en décharge située tout près des sociétés
de pétrole. C’est ainsi que cet endroit s’est transformé en une décharge
publique », affirme un des responsables travaillant auprès de la société de
pétrole Al-Gamïya al-taawouniya.
Après
plusieurs plaintes présentées aux responsable en vue de débarrasser la zone des
déchets qui entravent et menacent le travail des sociétés, les responsables des
dix sociétés se sont accordés pour faire ramasser les déchets par leurs
ouvriers qui transportent les déchets dans leurs propres bennes. « On gagne
beaucoup d’argent de chaque société pour nettoyer la rue et les alentours des
sociétés. Mais tout cela en vain. Cette opération de propreté qui coûte
énormément d’argent doit être recommencée tous les trois jours, sinon les
déchets s’amoncellent et on n’arrive plus à passer ou entrer dans la rue
Chariket Al-Pétrole », ajoute un autre ouvrier.
Ce dossier, qui ne bénéficie pas de l’attention qu’il mérite, menace
toute une région de disparaître dans quelques années. Plusieurs accidents ont
eu lieu ces derniers mois, dont le plus célèbre est celui qui mettait en cause
des conduites de gaz. Cet accident a provoqué la mort de dix ouvriers, de deux
hommes de la sécurité et blessé 25 autres personnes. « Je me souviendrai toute
ma vie de ce jour, chacun cherchait un abri, certains se cachaient sous les
bureaux, d’autres dans les armoires … Le jour de l’incendie, ni les ambulances
ni les pompiers n’ont pu accéder à la rue à cause des amas d’ordures », se
souvient Al-Raïs Ismaïl, ex-agent de sécurité à la retraite.
Les déchets des bidonvilles pointés du
doigt
Et ce
n’est pas tout, à 500 mètres de la rue Chariket Al-Pétrole, il existe aussi
plusieurs bidonvilles, dont Ezbet al-safih, où les habitants collectent et
ramassent les déchets qui s’accumulent et qui augmentent de jour en jour. Ils
font le tri des déchets, rassemblent les papiers et allument des feux de joie
formant un épais nuage noir augmentant dangereusement la température de la zone
sensible.
« Sans
oublier les 7 charbonnières situées tout près, où les ouvriers disposent des
amas de bois coupés de ci de là, recouverts d’herbe, de paille de riz, et qui
sont ensuite brûlés pour obtenir du charbon de bois. Ils déclenchent plusieurs
foyers en même temps tous les 21 jours. La chaleur dégagée se voit depuis la
fenêtre de notre compagnie », raconte un des membres du personnel de la société
Misr lil pétrole.
Les
propriétaires des sociétés étrangères et gouvernementales de pétrole
s’efforcent de ne pas rester les bras ballants. Ils ont défini un plan de lutte
en demandant aux responsables de multiplier les tournées et les inspections
dans la rue Chariket Al-Pétrole en vue de faire cesser l’activité des
charbonnières et de sensibiliser les gens à ne pas jeter les déchets dans la
rue, mais en vain. « On s’est adressé au chef du quartier de Matariya pour
ramasser les déchets qui se répandent tout au long de la rue mais rien n’a été
fait », proteste un des ingénieurs.
De son
côté, le chef du quartier de Marariya, Diaa Hafez, se défend : « Le facteur
principal pour lequel on ne ramasse pas les déchets qui s’accumulent réside
dans le fait que cela représente un lourd fardeau, d’autant plus que les
bidonvilles sont nombreux et responsables d’une grande partie de cette
pollution ».
Manar Attiyar