Salaires.
Leur évolution suit très mal l’inflation et le pouvoir
d’achat des Egyptiens n’en finit pas de se dégrader. Face à
ce constat, l’absence d’action syndicale est regrettée.
En chute libre
« Il nous faut une politique pour les salaires et les
revenus. Les salaires ne peuvent pas dépendre de la
générosité d’un patron ou de l’avarice d’un autre »,
s’indigne Samir Radwane,
conseiller du président de l’Organisme de l’investissement
et des zones franches, en commentaire à la session qui a eu
lieu dimanche sur l’inflation et les salaires lors de la
conférence du Centre égyptien pour les études économiques (ECES).
Une étude sur le sujet constate que les salaires des
employés du secteur public n’évoluent pas en fonction de
l’inflation, mais plutôt en fonction des fluctuations
politiques. Cette étude a été effectuée par Hala Farés,
coordinatrice académique auprès de l’Académie arabe des
sciences, de la technologie et du
tranport maritime. Alors que dans le secteur privé,
l’augmentation des salaires en réaction à l’inflation
enregistre souvent un temps de retard de deux ans, et jamais
en fonction du taux d’inflation prévu.
Une situation difficile pour les familles égyptiennes qui
voient leur pouvoir d’achat diminuer une année après
l’autre. Ainsi, si en chiffre, les salaires augmentent, les
salaires réels eux diminuent ou sont constants dans le
meilleur des cas. « Seul le secteur public a connu une
augmentation des salaires réels ces dernières années »,
ajoute Samir Radwane.
La précarité de la situation est plus
préocupante si l’on sait que, selon les statistiques
officielles, les salaires sont la source principale de
revenus de la majorité des familles égyptiennes. « Certaines
familles n’ont que les salaires de leurs membres comme
source de revenus », renchérit Hala Farés.
Sur ce point, une mesure fait l’unanimité entre les
économistes : il faut renforcer les syndicats
et créer des mécanismes pour des
négociations collectives entre ouvriers et patrons afin de
résoudre le problème des salaires. Une recommandation qui va
dans le sens opposé des politiques gouvernementales. Cela
fait quatre ans en effet que la loi sur le travail unifié a
été promulguée sans que plusieurs
de ses articles n’aient été encore appliqués. Ainsi, le
conseil du règlement des litiges ouvriers est-il en panne.
De plus, le conseil supérieur des salaires, 4 ans après sa
création, ne s’est jamais réuni. En outre, le gouvernement
insiste à avoir la mainmise sur les syndicats, et la
pluralité syndicale n’est toujours pas autorisée.
Malheureusement, le problème dépasse de loin ces
considérations syndicales. La grande majorité de la
main-d’œuvre en Egypte est en effet dans le secteur
informel. Sur 20 millions de travailleurs en Egypte, 6
millions travaillent dans le secteur informel alors que 7
millions font encore partie du secteur agricole. Ces deux
catégorties regroupent des
millions de travailleurs vivant en dessous du seuil de
pauvreté, mais n’ont presque aucun pouvoir à mener des
négociations sans parler du manque des statistiques sur
l’évolution de leurs revenus.
Marwa
Hussein