Inflation.
A-t-elle atteint un niveau dangereux et si oui, comment la
réduire ? Une conférence organisée par le Centre égyptien
des études économiques s’est attaquée au sujet.
Débat sur des méthodes de lutte
«
Un taux entre 5 et 9 % est idéal pour conserver une
croissance efficace. Chaque 1 pour cent d’inflation
supplémentaire contribue à une réduction de 0,2 ou 0,3 % du
PIB. Et s’il atteint 15 %, il dépasse un plafond dangereux
», a déclaré le 25 novembre Hanaa Kheireddine, directrice du
Centre égyptien des études économiques, lors d’une
conférence organisée par le centre sur l’inflation. Encore
faut-il s’entendre sur le taux actuel qui fait largement
débat. Car selon le gouvernement, il s’aligne à quelque 8 %,
mais les experts assurent qu’en réalité, il n’est pas
inférieur à 25 %. « Le gouvernement refuse de l’admettre.
Les chiffres officiels ne montrent qu’une partie de l’énorme
hausse. L’inflation n’est en fait que le revers de la
médaille d’une politique économique entamée il y a 3 ans,
depuis l’arrivée du gouvernement de Nazif. Son objectif
principal est de relancer l’économie et d’encourager
l’investissement et la croissance. Pour cela, il était
obligé de faire avec une inflation élevée », assure Mounir
Fakhri Abdel-Nour, secrétaire général du parti Wafd. Le
cycle infernal de l’inflation a en fait pris de l’ampleur en
juillet 2006 et ne ralentit pas depuis. Depuis cette date,
les carburants (essence, gasoil et gaz naturel) et les
transports ont augmenté de 20 à 30 %. Le taux d’inflation
est passé de 7,1 % en 2005 à 7,8 % en 2006 et a enregistré
un record de 12 % en mars 2007.
Pour mesurer le taux d’inflation, le gouvernement se réfère
à un panier en tenant compte de plusieurs critères : le
poids de chaque élément du panier, la nature, le prix, etc.
Or, il semble que le choix du gouvernement et la valeur
accordée aux biens et services soient inexacts. Le
gouvernement choisit souvent des produits subventionnés et
donc à prix peu variables. Il délaisse par exemple la viande
et le lait dont les prix ne cessent d’augmenter. Ainsi, les
prix de ces produits ne sont revus que tous les 5 ans.
C’est pourquoi le gouvernement étudie actuellement en
coopération avec la Banque Centrale d’Egypte (BCE) la
possibilité d’appliquer la politique du « ciblage de
l’inflation ». C’est-à-dire déterminer un taux d’inflation
et travailler à l’atteindre. L’orientation soulève un autre
dilemme : est-ce le meilleur outil pour lutter contre
l’inflation ? Les éléments nécessaires à l’application de
cette politique existent-ils ? Rania Al-Mashat, adjointe du
gouverneur de la BCE à l’unité de la politique monétaire,
assure que oui. 25 pays ont appliqué cette politique à ce
jour et ont tous réussi à réduire le taux d’inflation et à
aboutir au niveau désiré. Huit d’entre eux (Chili, Brésil,
Pologne, Turquie, etc.) présentaient une situation
économique semblable à l’Egypte. Cependant, Al-Mashat
affirme que la date de la mise en œuvre de cette nouvelle
politique n’est pas encore connue.
A l’opposé, les experts contestent l’inefficacité d’une
telle politique. Ismaïl Hassan, ex-gouverneur de la BCE,
assure que viser un taux d’inflation précis est une mission
impossible. « Pour réduire l’inflation, il suffit de
surveiller la quantité de liquidités qui circule dans
l’économie, ce qu’on appelle la masse monétaire. C’est
efficace, et moins exigeant », résume-t-il. Tareq Morsi,
professeur d’économie à l’Université du Caire, doute de la
capacité de la BCE à réaliser un tel objectif. « Avant
d’appliquer un tel système, la BCE ne doit-elle pas
s’attaquer à restructurer ses politiques du moment ? La BCE
a décidé une baisse du taux d’intérêt sur les crédits
bancaires pour encourager l’investissement. C’est ainsi que
le taux d’intérêt effectif est négatif depuis 2005. Ne
faut-il pas régler ces étrangetés d’abord ? », s’interroge
Morsi.
Névine Kamel