Al-Ahram Hebdo, Egypte | Guerre d’arguments
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 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

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Egypte

Niqab. Ce voile couvrant le corps et ne laissant apparaître que les yeux n’en finit pas de susciter de vifs débats. Le ministre de la Santé projette de l’interdire aux infirmières des hôpitaux publics pour des raisons d’hygiène et de sécurité.

Guerre d’arguments

Le ministère de la Santé s’en va-t-en guerre contre le niqab. Ce voile noir qui enveloppe tout le corps et ne laisse apparaître que les yeux est porté par des femmes de plus en plus nombreuses. En visite d’inspection la semaine dernière dans un hôpital du gouvernorat de Kafr Al-Cheikh, le ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, a remarqué que le niqab était répandu parmi les infirmières. Al-Gabali a alors annoncé qu’un décret ministériel serait émis en février prochain en vertu duquel le niqab sera interdit dans les hôpitaux et un uniforme sera imposé aux infirmières.

Les responsables au ministère de la Santé justifient cette décision : « Le niqab et le gant porté par certaines infirmières peuvent être une source de transmission des bactéries. Par ailleurs, pour des raisons de sécurité, il est préférable que ce genre de tenue ne soit pas porté par les infirmières », explique le responsable des relations publiques au ministère de la Santé. Le décret ministériel interdira aux infirmières le port du niqab dans certains services hospitaliers comme les soins intensifs et les blocs opératoires. Toute personne qui ne respectera pas les consignes sera transférée vers un autre service et ne pourra pas exercer le métier d’infirmière. « Le port du niqab et des gants ne permet pas de préserver l’hygiène dans les hôpitaux. Les infirmières ne stérilisent pas les gants après chaque contact avec les malades », précise le responsable. Le port du niqab s’est répandu dans certaines couches de la société. Les responsables du secteur de la santé affirment que dans certains hôpitaux de Kafr Al-Cheikh, Béheira et Charqiya, les infirmières entièrement voilées représentent jusqu’à 35 % du nombre total des infirmières. Un décret ministériel datant de 1970 et amendé en 1996 autorise les infirmières à porter le voile traditionnel qui laisse apparaître le visage et les mains. Or, ce décret ne prévoit aucune sanction à l’encontre des contrevenantes. Il n’a jamais été mis en application. Et le nombre de monaqqabates s’est accru dans les hôpitaux.

Selon un responsable au ministère de la Santé, deux raisons sont à l’origine de cette situation. « Premièrement, il y a une pénurie au niveau des infirmières dans certains hôpitaux. La deuxième raison réside dans la crainte qu’une action en justice donne raison à ces monaqqabates », assure le responsable.

En effet, ce n’est pas la première fois que le niqab est au centre d’une polémique. En 2005, trois étudiantes portant le niqab avaient intenté un procès contre l’Université américaine du Caire qui leur refusait l’accès à son enceinte. La Haute cour administrative avait alors annulé la décision de l’université, estimant que le port du niqab, bien que n’étant pas une obligation religieuse pour les musulmanes, fait partie des libertés et des droits individuels de chacune. La cour avait estimé en outre que l’argument de la sécurité avancé par l’université pour justifier sa décision ne tenait pas. Cependant, la cour a confirmé le droit de l’université de vérifier, par des contrôles à l’entrée de l’établissement, l’identité des personnes portant le niqab.

 

« Une barrière psychologique »

Il existe 240 000 infirmières en Egypte. La plupart d’entre elles travaillent dans les hôpitaux publics. La décision du ministère de la Santé relance donc le débat sur le niqab. Pour certains, cette décision est justifiée du point de vue professionnel, pour d’autres c’est une discrimination. « Si l’on interdit le niqab dans les hôpitaux, alors on devrait interdire aussi le maquillage. Certaines infirmières portent des tonnes de poudre sur le visage. Est-ce hygiénique ? Les habits que nous portons ne sont pas antihygiéniques, comme ils disent », explique Asmaa, une infirmière travaillant dans un hôpital public. Elle pense qu’elle ne doit pas être sanctionnée à cause de son apparence. « Les arguments qu’on avance sont de simples prétextes », assure Asmaa qui a l’intention d’attaquer en justice le ministère de la Santé. Au contraire, Hossam Fahmi, jeune médecin qui travaille dans un hôpital public au Caire, préfère que les infirmières ne portent pas le niqab pendant l’exercice de leur fonction. « Il y a bien entendu des considérations d’ordre hygiénique, mais personnellement, je pense que le patient a besoin de communication et de réconfort. Le port du voile constitue une barrière psychologique entre le patient et la personne qui le soigne », avance-t-il.

Mais le débat n’est pas uniquement professionnel, il est aussi politique. Hamdi Hassan, porte-parole des Frères musulmans à l’Assemblée du peuple, dénonce une « campagne gouvernementale contre les islamistes (...). Les problèmes du secteur de la santé se réduisent-ils au port du niqab par les infirmières ? ». Et d’ajouter : « Et les patients qui meurent chaque jour dans les hôpitaux publics à cause de la négligence, qu’est-ce que l’Etat a fait pour eux ? C’est une décision politique et non professionnelle. Il n’existe pas de loi qui interdit de porter le niqab en Egypte. L’Etat touche à la liberté personnelle ».

Après la percée réalisée par les Frères musulmans lors des élections législatives de 2005, l’Etat a commencé à prendre des mesures pour juguler l’influence islamiste.

C’est dans ce contexte que le ministre des Waqfs, Hamdi Zaqzouq, avait interdit aux prédicatrices dans les mosquées de porter le niqab. Cette décision avait valu au ministre les critiques acerbes des islamistes. Le port du niqab est l’un des aspects les plus marquants de l’influence exercée par les islamistes. L’Etat va probablement poursuivre sa campagne.

Une campagne qui s’annonce d’ores et déjà difficile. Le ministère a annoncé qu’un comité serait formé cette semaine pour étudier si le niqab peut vraiment transmettre des bactéries ou non et proposer une formule d’uniforme qui sera porté par les infirmières.

Sabah Sabet

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En bref

Gaza
Des gardes-frontières ont découvert environ une tonne de TNT explosif à destination présumée de la bande de Gaza. Les explosifs étaient emballés dans 28 sacs plastiques et ont été découverts dans la région d’Al-Ahrach, à proximité de la frontière avec le territoire palestinien. Les autorités égyptiennes privilégient la thèse d’un stock d’explosifs à destination de la bande de Gaza, contrôlée depuis la mi-juin par les islamistes du Hamas. Israël accuse régulièrement l’Egypte de ne pas faire assez contre la contrebande d’armes sur son sol à destination de Gaza. Le Caire s’en défend, arguant de la difficulté des contrôles, et réclame de l’Etat hébreu la renégociation du traité de paix israélo-égyptien de 1979, dans le but de déployer plus de troupes le long de la frontière. En outre, le mois dernier, une source israélienne a affirmé que plus de 70 tonnes d’explosifs ainsi que des munitions et des armes étaient entrées en cinq mois à Gaza par des tunnels reliés à l’Egypte.

Religion
Une copte de 47 ans a été condamnée à trois ans de prison, car la conversion à l’islam de son père a fait d’elle une musulmane, en contradiction avec ses papiers officiels la présentant comme une chrétienne. Elle est accusée d’avoir fait mention de fausses informations sur des documents officiels. Elle avait déclaré que le christianisme était sa religion sur son acte de mariage en 1982, sans savoir que son père s’était converti à l’islam en 1962, et que légalement, elle était donc devenue musulmane. Son père avait quitté le domicile conjugal en 1962 alors que sa fille avait deux ans, s’était converti à l’islam et avait adopté le prénom de Moustapha. Trois ans plus tard, s’étant réconcilié avec sa femme, il était rentré chez lui et s’était converti au christianisme, falsifiant ses papiers d’identité à la rubrique religion.

Projets
Le gouvernorat du Caire a commencé au début de ce mois le projet d’emplacement de toilettes publiques électroniques dans les grandes places de la capitale, notamment à Madinet Nasr et Héliopolis. « 36 unités de W.C. électroniques ont été placées et sont prêtes à être utilisées par les piétons en échange de 50 piastres. Les unités sont munies d’un système électronique de nettoyage », a annoncé Abdel-Azim Wazir, le gouverneur du Caire. Il a ajouté que cette expérience sera généralisée dans les grandes places de la capitale et a coûté 2 millions de L.E.

Islam
L’appel à la prière unifiée qui devait être appliqué au début de l’année 2005 sera mis en œuvre au début du mois prochain, a déclaré Hamdi Zaqzouq, le ministre des Waqfs. « Cette initiative a été reportée pour que le ministère puisse fournir le financement nécessaire qui s’élève à 680 000 de L.E. », a ajouté Zaqzouq. La prière sera diffusée à partir de 365 minarets au Caire et à travers un circuit d’ondes sonores vers toutes les mosquées de la capitale. Cette initiative était refusée par les muezzins qui risquent de perdre leur gagne-pain. Selon les chiffres officiels, le nombre de mosquées dépendant du ministère des Waqfs est estimé à 90 000.

Criquets
Les criquets ont fait leur apparition dans la région d’Al-Farafra, a annoncé samedi le ministère de l’Agriculture. Des mesures de précautions ont été prises pour faire face à ce qui pourrait devenir un fléau.

 

 




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