Niqab.
Ce voile couvrant le corps et ne laissant apparaître que les
yeux n’en finit pas de susciter de vifs débats. Le ministre
de la Santé projette de l’interdire aux infirmières des
hôpitaux publics pour des raisons d’hygiène et de sécurité.
Guerre d’arguments
Le
ministère de la Santé s’en va-t-en guerre contre le niqab.
Ce voile noir qui enveloppe tout le corps et ne laisse
apparaître que les yeux est porté par des femmes de plus en
plus nombreuses. En visite d’inspection la semaine dernière
dans un hôpital du gouvernorat de Kafr Al-Cheikh, le
ministre de la Santé, Hatem Al-Gabali, a remarqué que le
niqab était répandu parmi les infirmières. Al-Gabali a alors
annoncé qu’un décret ministériel serait émis en février
prochain en vertu duquel le niqab sera interdit dans les
hôpitaux et un uniforme sera imposé aux infirmières.
Les responsables au ministère de la Santé justifient cette
décision : « Le niqab et le gant porté par certaines
infirmières peuvent être une source de transmission des
bactéries. Par ailleurs, pour des raisons de sécurité, il
est préférable que ce genre de tenue ne soit pas porté par
les infirmières », explique le responsable des relations
publiques au ministère de la Santé. Le décret ministériel
interdira aux infirmières le port du niqab dans certains
services hospitaliers comme les soins intensifs et les blocs
opératoires. Toute personne qui ne respectera pas les
consignes sera transférée vers un autre service et ne pourra
pas exercer le métier d’infirmière. « Le port du niqab et
des gants ne permet pas de préserver l’hygiène dans les
hôpitaux. Les infirmières ne stérilisent pas les gants après
chaque contact avec les malades », précise le responsable.
Le port du niqab s’est répandu dans certaines couches de la
société. Les responsables du secteur de la santé affirment
que dans certains hôpitaux de Kafr Al-Cheikh, Béheira et
Charqiya, les infirmières entièrement voilées représentent
jusqu’à 35 % du nombre total des infirmières. Un décret
ministériel datant de 1970 et amendé en 1996 autorise les
infirmières à porter le voile traditionnel qui laisse
apparaître le visage et les mains. Or, ce décret ne prévoit
aucune sanction à l’encontre des contrevenantes. Il n’a
jamais été mis en application. Et le nombre de monaqqabates
s’est accru dans les hôpitaux.
Selon un responsable au ministère de la Santé, deux raisons
sont à l’origine de cette situation. « Premièrement, il y a
une pénurie au niveau des infirmières dans certains
hôpitaux. La deuxième raison réside dans la crainte qu’une
action en justice donne raison à ces monaqqabates », assure
le responsable.
En effet, ce n’est pas la première fois que le niqab est au
centre d’une polémique. En 2005, trois étudiantes portant le
niqab avaient intenté un procès contre l’Université
américaine du Caire qui leur refusait l’accès à son
enceinte. La Haute cour administrative avait alors annulé la
décision de l’université, estimant que le port du niqab,
bien que n’étant pas une obligation religieuse pour les
musulmanes, fait partie des libertés et des droits
individuels de chacune. La cour avait estimé en outre que
l’argument de la sécurité avancé par l’université pour
justifier sa décision ne tenait pas. Cependant, la cour a
confirmé le droit de l’université de vérifier, par des
contrôles à l’entrée de l’établissement, l’identité des
personnes portant le niqab.
« Une barrière psychologique »
Il existe 240 000 infirmières en Egypte. La plupart d’entre
elles travaillent dans les hôpitaux publics. La décision du
ministère de la Santé relance donc le débat sur le niqab.
Pour certains, cette décision est justifiée du point de vue
professionnel, pour d’autres c’est une discrimination. « Si
l’on interdit le niqab dans les hôpitaux, alors on devrait
interdire aussi le maquillage. Certaines infirmières portent
des tonnes de poudre sur le visage. Est-ce hygiénique ? Les
habits que nous portons ne sont pas antihygiéniques, comme
ils disent », explique Asmaa, une infirmière travaillant
dans un hôpital public. Elle pense qu’elle ne doit pas être
sanctionnée à cause de son apparence. « Les arguments qu’on
avance sont de simples prétextes », assure Asmaa qui a
l’intention d’attaquer en justice le ministère de la Santé.
Au contraire, Hossam Fahmi, jeune médecin qui travaille dans
un hôpital public au Caire, préfère que les infirmières ne
portent pas le niqab pendant l’exercice de leur fonction. «
Il y a bien entendu des considérations d’ordre hygiénique,
mais personnellement, je pense que le patient a besoin de
communication et de réconfort. Le port du voile constitue
une barrière psychologique entre le patient et la personne
qui le soigne », avance-t-il.
Mais le débat n’est pas uniquement professionnel, il est
aussi politique. Hamdi Hassan, porte-parole des Frères
musulmans à l’Assemblée du peuple, dénonce une « campagne
gouvernementale contre les islamistes (...). Les problèmes
du secteur de la santé se réduisent-ils au port du niqab par
les infirmières ? ». Et d’ajouter : « Et les patients qui
meurent chaque jour dans les hôpitaux publics à cause de la
négligence, qu’est-ce que l’Etat a fait pour eux ? C’est une
décision politique et non professionnelle. Il n’existe pas
de loi qui interdit de porter le niqab en Egypte. L’Etat
touche à la liberté personnelle ».
Après la percée réalisée par les Frères musulmans lors des
élections législatives de 2005, l’Etat a commencé à prendre
des mesures pour juguler l’influence islamiste.
C’est dans ce contexte que le ministre des Waqfs, Hamdi
Zaqzouq, avait interdit aux prédicatrices dans les mosquées
de porter le niqab. Cette décision avait valu au ministre
les critiques acerbes des islamistes. Le port du niqab est
l’un des aspects les plus marquants de l’influence exercée
par les islamistes. L’Etat va probablement poursuivre sa
campagne.
Une campagne qui s’annonce d’ores et déjà difficile. Le
ministère a annoncé qu’un comité serait formé cette semaine
pour étudier si le niqab peut vraiment transmettre des
bactéries ou non et proposer une formule d’uniforme qui sera
porté par les infirmières.
Sabah
Sabet