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Citoyenneté.
La conférence organisée à l’initiative du Conseil national
des droits de l’homme sur cette question épineuse a achevé
ses travaux lundi au Caire. Compte rendu.
Dossier en chantier
La
citoyenneté est-elle une utopie qu’il est difficile de
mettre en œuvre en Egypte ? Est-il possible de fonder une
société où il n’y a pas de discrimination religieuse ou
raciale ? Réunis cette semaine au Caire à l’initiative du
Conseil national des droits de l’homme, des penseurs, des
intellectuels, des activistes des droits de l’homme et des
politiques se sont penchés sur la question. « Il est
nécessaire de transformer au cours de la prochaine période
les principes de la citoyenneté en lois pour limiter la
discrimination sur des bases raciales ou religieuses », a
déclaré Boutros Boutros-Ghali, président du conseil.
Le
Parti National Démocrate (PND) au pouvoir a fait récemment
de la citoyenneté son slogan de campagne. Il s’agit de
mettre en avant le citoyen, abstraction faite de sa
religion, sa race ou son sexe. Or, il ne s’agit pour le
moment que d’un slogan. « Nous avons en Egypte toutes sortes
de discriminations à commencer par les discriminations
religieuses », commente Hafez Abou-Seada, secrétaire général
de l’Organisation Egyptienne des Droits de l’Homme (OEDH).
La case réservée à la confession dans les pièces d’identité
est un exemple frappant de cette discrimination. L’Etat ne
reconnaît en effet que les trois religions monothéistes, à
savoir l’islam, le christianisme et le judaïsme. Or, il
existe en Egypte d’autres minorités religieuses comme celle
des bahaïs. Des membres de cette communauté religieuse ont
engagé récemment une plainte devant la justice pour
protester contre le refus par les services de l’Etat civil
d’inscrire leurs confessions sur les pièces d’identité. Le
nombre très limité, voire inexistant, de coptes dans
certaines fonctions de l’Etat comme les recteurs
d’universités, les gouverneurs et les officiers supérieurs,
est un autre exemple de cette discrimination. « Il existe
aussi des discriminations au niveau des lieux de culte. La
construction d’une mosquée est beaucoup plus facile que
celle d’une église qui nécessite des autorisations sans fin
», note Michael Mounir, président de l’Association des
coptes de la diaspora basée aux Etats-Unis. La
discrimination n’est pas seulement exercée au niveau
officiel. Elle est présente dans la vie quotidienne. Par
exemple, il existe des sociétés qui n’engagent que des
musulmans, d’autres n’engagent que des coptes. D’autres
encore n’engagent que des femmes.
Mais outre le domaine religieux, la discrimination existe
dans l’univers politique égyptien. Ceci peut être constaté
dans l’absence de candidats coptes dans les différentes
élections et aussi dans le discours religieux des mouvements
politiques. Les raisons de cette situation sont multiples :
« La propagation du fondamentalisme religieux, les problèmes
économiques, les failles du système éducatif et l’absence de
volonté politique ont fait que la notion de citoyenneté est
quasi absente », explique Mona Zoulféqar, avocate et membre
du Conseil national des droits de l’homme. Dans les années
1950 et 60, Nasser avait réussi à fonder un Etat laïque
orienté vers le panarabisme. La donne a changé dans les
années 1980 où l’influence religieuse est devenue beaucoup
plus forte. Au cours des années précédentes, l’Egypte a
connu une série d’incidents confessionnels. La plupart
avaient pour origine de banales disputes qui ont dégénéré en
bagarres généralisées.
Pour rétablir les principes de la citoyenneté, le Conseil
national des droits de l’homme a requis l’amendement d’un
certain nombre de lois. D’autre part, le conseil a requis la
promulgation d’une loi interdisant la discrimination. « Une
telle loi devrait comprendre une définition claire de la
notion de discrimination dans le domaine professionnel,
éducatif et religieux. En même temps, il faut prévoir des
pénalités et des dédommagements en cas de discrimination »,
propose Mona Zoulféqar. Certains participants ont exigé une
représentation proportionnelle de la population aux
élections. « C’est le seul moyen pour que toutes les couches
de la société soient politiquement représentées, y compris
les coptes et les femmes », note Nabil Abdel-Malek,
président de l’Organisation égypto-canadienne pour les
droits de l’homme. Et d’ajouter : « Certaines catégories de
la population, qui ne sont pas représentées politiquement
comme les coptes, se sentent marginalisées. Elles ont
recours à l’étranger ». Abdel-Malek appelle le gouvernement
égyptien à agir dans le sens d’une réforme car « les
pressions internationales vont s’intensifier sur l’Egypte ».
Les récents amendements constitutionnels ont essayé
d’établir le principe de la citoyenneté en affirmant que
tous les citoyens sont égaux en droits et en devoirs.
L’amendement a maintenu l’article 2 de la Constitution
stipulant que l’islam est la principale source de
législation, ce que certains estiment comme contraires aux
principes de la citoyenneté. Certains intellectuels avaient
appelé le président Moubarak à supprimer l’article 2. « Même
s’il y a une certaine volonté politique, on est bien loin de
la citoyenneté. Mais je crois que le fait d’organiser une
conférence et de discuter ouvertement des problèmes est en
soi un pas en avant », souligne Kamal Aboul-Magd,
vice-président du Conseil national des droits de l’homme.
Mais le chemin est encore bien long.
Ola
Hamdi
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Une bataille
pour l’honneur
La nouvelle session parlementaire commence fort. Lors d’une
séance très agitée, dimanche, des députés indépendants et de
l’opposition ont mis en doute la « constitutionnalité » du
gouvernement. L’article 133 de la Constitution amendée en
mars dernier, oblige le gouvernement à obtenir la «
confiance » du Parlement dans les 60 jours suivant sa
formation. Le gouvernement doit donc s’inviter au Parlement
pour expliquer son nouveau programme et le soumettre à
l’aval des députés, ce que le gouvernement n’a pas fait. «
Si la légitimité du gouvernement est mise en doute, cela
rend ses décisions attaquables sur fond
d’inconstitutionnalité », a mis en garde le député
indépendant Kamal Ahmad, suivi par d’autres députés de
l’opposition, dont le chef du parti Al-Wafd, Mahmoud Abaza.
Les avis sont partagés entre ceux qui estiment que cet
amendement n’a pas d’effet rétroactif, et ceux qui appellent
le chef du gouvernement à prendre zéro risque et à venir
expliquer son programme face aux parlementaires.
« Le gouvernement actuel a été formé avant l’amendement
constitutionnel, cela dit, le chef du gouvernement et les
ministres peuvent venir au Parlement pour répondre aux
interrogations des députés sur n’importe quel dossier », a
affirmé Moufid Chéhab, ministre des Affaires parlementaires.
En pratique, le gouvernement avec une majorité de plus
des 3/4 des sièges ne devrait
avoir aucun mal à obtenir ladite confiance du Parlement.
Sauf que le débat trahisse un certain malaise des députés de
l’opposition qui accusent le gouvernement de snober le
Parlement. « Aucun Parlement au monde ne sollicite comme un
mendiant le gouvernement pour venir expliquer son programme
», déplore le député Ragab Hémeida. Pour couper court aux
altercations, le président du Parlement, Fathi Sourour, a
décidé de s’en remettre à la commission législative pour
décider de la constitutionnalité du gouvernement.
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