Al-Ahram Hebdo,Dossier |  «Certaines politiques gouvernementales sont injustifiables»
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

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Dossier

Energie. Robert Mabro, expert pétrolier récemment décoré par l’Opep pour ses recherches, passe en revue le secteur pétrolier en Egypte à la lueur de l’envolée des prix.

 «Certaines politiques gouvernementales sont injustifiables» 

Al-Ahram Hebdo : Selon vous, l’Egypte sort gagnante ou perdante de la hausse des prix du pétrole actuelle ?

Robert Mabro : L’Egypte importe et exporte peu, mais on ne peut pas vraiment juger puisque nous ne connaissons pas les chiffres exacts de la situation actuelle. Le gouvernement considère que le pays est exportateur avec un excédent de revenus, car il se base sur les quantités de pétrole qui sortent du pays par rapport à celles qui entrent. Mais si nous calculons la part de pétrole que le gouvernement achète aux multinationales opérant dans le pays en tant qu’importations, alors l’Egypte devient un pays importateur net. Qu’elle soit gagnante ou perdante aujourd’hui, elle sera définitivement importatrice à moyen terme. Raison pour laquelle l’Egypte doit se préparer à un usage efficace de l’énergie.

Estimez-vous que la politique du gouvernement va dans ce sens ?

— Certaines décisions du gouvernement vont dans ce sens comme les lourdes taxes sur les exportations de ciment et du fer à béton, ou encore la réduction des subventions sur l’énergie destinée aux industries gourmandes. Mais cela n’est pas suffisant.

Que manque-t-il au secteur de l’énergie pour qu’il devienne plus rationnel ?

— A mon avis, certaines politiques gouvernementales sont injustifiables. Les subventions sur l’énergie arrivent en tête de liste. Ces subventions devront être éliminées graduellement. L’autre question est celle du butane qui augmente avec toute hausse des prix du pétrole. En Egypte, on trouve encore des bonbonnes de butane chez les particuliers, alors qu’elle est exportatrice de gaz naturel. Mais la question est de savoir s’il est plus rentable d’exporter du gaz naturel ou de l’utiliser localement à la place du butane. A mon avis, l’exportation de gaz naturel ne compense pas l’importation de butane à long terme, même en prenant en considération les coûts d’investissements pour les réseaux d’approvisionnement en gaz naturel.

De nombreux pays recherchent des sources d’énergie alternatives. Quelle est, selon vous, la meilleure pour la région, et l’Egypte en particulier ?

— La course vers l’énergie nucléaire dans la région est un choix stratégique et politique et non pas purement économique. L’énergie nucléaire est un bon candidat pour remplacer le pétrole dans la production de  l’électricité. Par contre, elle ne compense pas le manque qui se produira dans le secteur des transports. De plus, le problème avec l’énergie nucléaire est l’environnement. Une faute de gestion de la station peut engendrer de graves conséquences. Une bonne maintenance est donc requise et la construction de la station doit se faire selon des normes bien précises. L’Egypte pourrait aussi avoir recours à l’énergie solaire mais pas à une grande échelle.

Beaucoup d’experts réclament l’application de ces sources renouvelables. Qu’en pensez-vous ?

— L’importance de l’énergie solaire ou éolienne est un peu exagérée. Tout ce que je peux dire à cet égard est qu’il s’agit seulement d’énergie poétique. Comme les poètes qui ne cessent d’illustrer le soleil, la mer et le vent.

Des voix à l’OPEP réclament la tarification du pétrole en une devise autre que le dollar. Quel est votre avis sur la question ?

— Il est très difficile d’obliger les membres de l’OPEP à passer une journée pour discuter de ce sujet. L’OPEP n’est qu’une organisation qui ne détient pas la tarification de pétrole. Les cours de ce dernier se déterminent sur les marchés de New York et de Londres, liés au dollar. Il faut faire la différence entre la monnaie de tarification et la monnaie dans laquelle le pays reçoit ou paye ses factures. Et il existe des pays comme l’Iran qui ont choisi de se détacher du dollar en choisissant l’euro.

Propos recueillis par Gilane Magdi et Ibtissam Zayed

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