Energie.
Robert Mabro,
expert pétrolier récemment décoré par l’Opep pour ses
recherches, passe en revue le secteur pétrolier en Egypte à
la lueur de l’envolée des prix.
«Certaines
politiques gouvernementales sont injustifiables»
Al-Ahram Hebdo : Selon vous, l’Egypte sort gagnante ou
perdante de la hausse des prix du pétrole actuelle ?
Robert Mabro :
L’Egypte importe et exporte peu, mais on ne peut pas
vraiment juger puisque nous ne connaissons pas les chiffres
exacts de la situation actuelle. Le gouvernement considère
que le pays est exportateur avec un excédent de revenus, car
il se base sur les quantités de pétrole qui sortent du pays
par rapport à celles qui entrent. Mais si nous calculons la
part de pétrole que le gouvernement achète aux
multinationales opérant dans le pays en tant
qu’importations, alors l’Egypte devient un pays importateur
net. Qu’elle soit gagnante ou perdante aujourd’hui, elle
sera définitivement importatrice à moyen terme. Raison pour
laquelle l’Egypte doit se préparer à un usage efficace de
l’énergie.
— Estimez-vous que la politique du gouvernement va dans
ce sens ?
— Certaines décisions du gouvernement vont dans ce sens
comme les lourdes taxes sur les exportations de ciment et du
fer à béton, ou encore la réduction des subventions sur
l’énergie destinée aux industries gourmandes. Mais cela
n’est pas suffisant.
— Que manque-t-il au secteur de l’énergie pour qu’il
devienne plus rationnel ?
— A mon avis, certaines politiques gouvernementales sont
injustifiables. Les subventions sur l’énergie arrivent en
tête de liste. Ces subventions devront être éliminées
graduellement. L’autre question est celle du butane qui
augmente avec toute hausse des prix du pétrole. En Egypte,
on trouve encore des bonbonnes de butane chez les
particuliers, alors qu’elle est exportatrice de gaz naturel.
Mais la question est de savoir s’il est plus rentable
d’exporter du gaz naturel ou de
l’utiliser localement à la place du butane. A mon avis,
l’exportation de gaz naturel ne compense pas l’importation
de butane à long terme, même en prenant en considération les
coûts d’investissements pour les réseaux d’approvisionnement
en gaz naturel.
— De nombreux pays recherchent des sources d’énergie
alternatives. Quelle est, selon vous, la meilleure pour la
région, et l’Egypte en particulier ?
— La course vers l’énergie nucléaire dans la région est un
choix stratégique et politique et non pas purement
économique. L’énergie nucléaire est un bon candidat pour
remplacer le pétrole dans la production de
l’électricité. Par contre, elle ne compense pas le manque
qui se produira dans le secteur des transports. De plus, le
problème avec l’énergie nucléaire est l’environnement. Une
faute de gestion de la station peut engendrer de graves
conséquences. Une bonne maintenance est donc requise et la
construction de la station doit se faire selon des normes
bien précises. L’Egypte pourrait aussi avoir recours à
l’énergie solaire mais pas à une grande échelle.
— Beaucoup d’experts réclament l’application de ces
sources renouvelables. Qu’en pensez-vous ?
— L’importance de l’énergie solaire ou éolienne est un peu
exagérée. Tout ce que je peux dire à cet égard est qu’il
s’agit seulement d’énergie poétique. Comme les poètes qui ne
cessent d’illustrer le soleil, la mer et le vent.
— Des voix à l’OPEP réclament la tarification du pétrole
en une devise autre que le dollar. Quel est votre avis sur
la question ?
— Il est très difficile d’obliger les membres de l’OPEP à
passer une journée pour discuter de ce sujet. L’OPEP n’est
qu’une organisation qui ne détient pas la tarification de
pétrole. Les cours de ce dernier se déterminent sur les
marchés de New York et de Londres, liés au dollar. Il faut
faire la différence entre la monnaie de tarification et la
monnaie dans laquelle le pays reçoit ou paye ses factures.
Et il existe des pays comme l’Iran qui
ont choisi de se détacher du dollar en choisissant
l’euro.
Propos recueillis par Gilane Magdi et Ibtissam Zayed