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 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

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Dossier

Energie. L’augmentation du prix du pétrole présente des avantages politiques pour les gros producteurs. Les pays à faible développement sont, eux, tirés vers le bas.

L’aigreur et la douceur de l’or noir 

Grâce à la flambée des cours pétroliers, dont il est fort probable que le prix franchisse les 100 dollars le baril, une vague mondiale de transfert des richesses a lieu, créant deux groupes : gagnants et perdants.

En tête de liste des gagnants, figurent bien sûr les gros exportateurs pétroliers, qui ont cumulé d’énormes gains puisque chaque jour, les pays consommateurs de pétrole déboursent entre 4 et 5 milliards de dollars pour satisfaire leurs besoins.  Cette année, les compagnies pétrolières et les pays producteurs encaisseront ainsi 2 000 milliards de dollars. Parmi ces fortunés : l’Arabie saoudite, la Russie, la Norvège, le Koweït, le Nigeria, le Venezuela et l’Iran. Ce dernier pourrait réaliser également des gains au niveau politique. Car la hausse des cours renforce la position de l’Iran pour défendre son programme nucléaire. « La puissance de l’Iran ne réside pas seulement dans sa production, puisqu’il produit 4 mbj, il en exporte deux seulement », souligne Magdi Sobhi, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Il explique que ce pays est quand même importateur net pour quelques produits pétroliers comme l’essence. Et d’ajouter que l’Iran dispose d’un atout géopolitique : « Il peut faire entendre sa voix sur le marché s’il menace de fermer le détroit d’Ormuz. En cas de fermeture, il empêcherait ainsi le trajet du transport maritime de 60 mbj des autres pays ».

Alors que les pays développés sont traditionnellement créateurs de fortune, l’argent est désormais cumulé dans les pays exportateurs de pétrole, majoritairement en développement. Le quotidien britannique The Financial Times parle déjà d’un des plus importants transferts des richesses de l’histoire moderne. Magdi Sobhi admet le phénomène, mais le trouve quand même exagéré. « Le phénomène a commencé il y a cinq ans seulement. Et d’ajouter : On ne peut en revanche pas négliger le transfert des richesses de ces 25 dernières années qui a lieu en Chine, qui attire le plus grand volume d’investissements étrangers directs dans le monde ».

Avec l’augmentation des prix du pétrole, les pays exportateurs ont réalisé l’importance de l’arme de l’or noir et une nouvelle tendance s’est amorcée : renforcer les compagnies nationales. Ainsi au cours de ces 4 dernières années, de nouveaux groupes d’entreprises sont-ils devenus de plus en plus importants comme Saudi Aramco, Russia’s Gazprom, Venezuela’s PdVSA qui contrôlent presque 80 % des réserves mondiales de pétrole et 50 % des réserves de gaz. Outre les compagnies chinoises d’Etat Sinopec, CNPC et NOOC, l’indienne ONGC, l’algérienne Sonatrach et la mexicaine PEMEX. En conséquence, des multinationales comme Total (France) et BP (Royaume uni) déploient d’importants efforts pour conserver de bonnes relations avec les pays producteurs dans lesquels elles sont implantées. Eni (Espagne) s’est dit prête à renégocier ses contrats en Libye, en termes plus généreux pour le gouvernement.

Dans un tel contexte, et même si elles se sont emparées d’une grande partie des gains, le futur s’est assombri pour les « grandes pétrolières », surtout que les nouvelles découvertes sont de plus en plus rares. Sur 228 multinationales ayant augmenté leurs dépenses pour l’exploitation du gaz et du pétrole de presque 45 % en 2006 avec des coûts d’investissements qui s’élèvent à 401 milliards de dollars, les réserves n’ont augmenté que de 2 % seulement.

 

Bilan pas aussi négatif

Dans l’autre camp, celui des perdants, il est classique de signaler les grands pays industriels, grands consommateurs de pétrole. Parmi lesquels figurent les Etats-Unis, l’Europe et les deux dragons asiatiques, la Chine et l’Inde. Cependant, le bilan ne leur est pas aussi négatif qu’il le semble. En dépit d’un brut plus cher, ils ont réussi à réaliser des taux de croissance record pendant cinq années de suite. Que ce soit les Etats-Unis, qui importent le 1/4 de leurs besoins pétroliers ou l’Europe, « ces pays — suite aux chocs pétroliers des années 1970 et 1980 —ont réussi à diminuer le composant pétrolier dans leurs industries. C’est ainsi que l’impact de la hausse des prix est réduit comparé aux précédents », explique Magdi Sobhi. Pour Ibrahim Al-Essawi, expert pétrolier, « les Etats-Unis et leurs alliés feraient des pieds et des mains pour assurer des ravitaillements stables en brut. Ils cherchent ainsi à mettre la main sur les grandes ressources pétrolières sous n’importe quel prétexte : combattre le terrorisme pour n’en citer qu’un ... ». De plus, ces pays imposent des taxes très élevées sur la consommation en pétrole et ses dérivés. Ces taxes sont liées aux cours et donc tant que les prix s’élèvent, cela assure plus de revenus fiscaux.

Enfin, les vrais perdants sont les pays pauvres et en développement, non exportateurs de pétrole. Parmi lesquels les pays africains en voie de développement tels que la Namibie, le Zimbabwe, ainsi que d’autres pays de l’Amérique latine. Dans le monde arabe, on trouve le Liban, le Maroc et la Jordanie, fortement dépendant des importations en énergie. Tous n’ont que deux choix : supporter les fortes pressions sur leur budget en tentant de juguler les hausses au niveau national ou augmenter les prix et faire face aux contestations qui en découleront.

Ibtissam Zayed

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Le nucléaire, l’alternative

Finie l’ère du pétrole bon marché. Pire encore, selon le rapport 2007 de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), les besoins mondiaux en énergie augmenteront de 55 %.

La consommation mondiale d’électricité, responsable de la moitié du gouffre énergétique attendu à l’horizon 2030, va doubler, selon le rapport World Energy Outlook 2007 de l’AIEA. « Le seul concurrent au pétrole pour la production de l’électricité est le nucléaire », souligne Magdi Sobhi, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Une sonnette d’alarme qui justifie le regain d’intérêt par tous les pays qui ont choisi la transition vers l’énergie nucléaire. Même les pays du Moyen-Orient, région riche en pétrole, se montrent de plus en plus intéressés. Objectif : économiser les importations massives d’énergie et mettre fin à la dépendance sur le pétrole. « Au cours des 50 prochaines années, et avec l’augmentation de la consommation et de la demande, il est prévu que les ressources mondiales en gaz et pétrole soient épuisées, ce qui mènera inévitablement à se diriger vers l’énergie nucléaire et d’autres alternatives comme les sources d’énergie renouvelables », souligne Ibrahim Essawi, expert pétrolier.

Tous les pays de la région ont d’ores et déjà lancé leur programme nucléaire, et l’Egypte n’est pas en reste puisqu’elle l’a également lancé cette année. « L’Egypte veut se convertir au nucléaire, mais ceci ne constitue pas la solution finale. C’est juste une phase transitoire. La seule alternative pour l’Egypte est l’énergie solaire », conclut Essawi?.

Ibtissam Zayed

 

 




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