Al-Ahram Hebdo, Dossier | La logique de l’inévitable
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 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

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Dossier

Energie. L’Egypte paye cher la flambée du baril, et avec une offre en gaz limitée, le débat s’instaure sur une utilisation énergétique rationalisée. Au-delà, de nouveaux rapports de force mondiaux se mettent en place. Dossier. 

La logique de l’inévitable 

Hausse de la facture des importations, accompagnée de l’envolée des subventions. Telles sont les conséquences les plus marquantes du boom sans précédent du cours du pétrole sur le marché international. Passant de record en record, les prix du baril de brut n’ont cessé d’augmenter cette année, établissant vendredi 23 novembre un nouveau record de clôture à New York à 98,18 dollars le baril. Soit une hausse de 33,6 % par rapport au mois d’août dernier.

Le ministre égyptien du Pétrole, Sameh Fahmi, a déclaré dans un communiqué de presse, que « l’impact de cette hausse est en principe positif et suffisant pour surpasser les impacts  négatifs ». Une hausse de 2 milliards de dollars des exportations pétrolières est prévue fin 2007 par rapport à 2006, toujours selon le ministre. Ces dernières ont atteint 10,4 milliards de dollars en 2006 d’après les chiffres de la Banque Centrale égyptienne. Déjà, la balance commerciale du pétrole avait enregistré un excédent de 4 milliards de dollars en 2006. Sans oublier, pour le gaz, les 6 milliards de dollars supplémentaires prévu fin 2007 résultant de la fixation des prix, selon des accords conclus avec les sociétés multinationales (2,65 dollars le m3). « Ces ressources sont suffisantes à couvrir en partie la hausse des importations et des subventions pétrolières », assure-t-il.

Des déclarations qui ne convainquent pas les experts pétroliers. Khaled Abou-Bakr, directeur général de la société arabe d’énergie Taga, le secteur de l’énergie fait face à un problème majeur, au niveau pétrolier comme au niveau gazier. Car l’Egypte souffre d’une réelle insuffisance de la production : « Le gouvernement exagère dans la publication des chiffres de la production et des exportations du pétrole et du gaz. Il tente de masquer la vérité. Notez juste que la part égyptienne de la production nationale ne couvre pas notre consommation depuis 6 ans », souligne-t-il. Et d’ajouter que la production n’a cessé de baisser ces 10 dernières années pour atteindre 33 millions de tonnes en 2006, contre 45,1 millions de tonnes en 1996. Quant à la consommation, elle est en augmentation constante pour atteindre 29,1 millions de tonnes en 2006. Cela signifie que le déficit est de 9 millions de tonnes annuelles. Le dernier rapport publié par l’institution financière EFG-Hermes ramène à cette réalité : la production quotidienne de pétrole a diminué lors des 6 dernières années de 2,3 % pour atteindre 0.70 million de barils par jour en 2006. En même temps, la consommation a augmenté de 1,4 % pour atteindre 0,6 million de b/j. « L’ l’Egypte s’est alors transformée en importateur de pétrole en 2007 », dit le rapport.

Quant au secteur gazier, la production ne cesse d’augmenter pour atteindre 40,3 millions de tonnes équivalent pétrole l’année dernière. Mais la part égyptienne s’élève à 24,9 millions de tep (62 %, voir encadré) alors que la consommation est de 25,8 millions de tep. « Comment le gouvernement peut-il donc exporter alors que ses ressources ne couvrent pas ses besoins ? Et comment pourra-t-il couvrir la hausse de la facture des importations ? » , se demande Abou-Bakr.

La hausse de la facture pétrolière n’est pas le seul impact de la flambée des prix. Il en existe un autre, celui notamment de la hausse des subventions des produits pétroliers tels que l’essence, le gasoil, le butane, le mazout et le kérosène. « L’envolée des prix entraîne la hausse des subventions de 42 milliards de dollars en 2006 à plus de 50 milliards de dollars en 2007. Ce qui représente un lourd fardeau sur le budget », explique Abdallah Chéhata, chercheur auprès du Centre égyptien des études économiques, sans écarter la possibilité du recours du gouvernement à une augmentation des prix de ces produits pour compenser la hausse des coûts. 

De son côté, Khaled Abou-Bakr insiste sur l’importance de la révision des subventions des produits pétroliers en dirigeant la consommation vers les sources d’énergie renouvelables et moins coûteuses. « Par exemple, le gasoil nécessaire aux poids lourds s’empare de presque 40 % du total des subventions. Il faut baisser ce montant graduellement sans augmenter les prix en fournissant des avantages à l’utilisation des camions à hydrogène plus propre et moins coûteux », propose-t-il.

Le secteur privé, quant à lui, ne voit que des effets positifs à l’augmentation du cours du pétrole. Pour Jean-Louis Channel, directeur général en Egypte de la société Gaz De France (GDF), la situation actuelle du secteur de l’énergie aura un impact positif sur l’investissement dans ce domaine. « L’insuffisance de l’offre encouragera les investisseurs étrangers à intensifier les opérations d’exploration du pétrole et du gaz non seulement en Egypte mais partout dans le monde. Actuellement, les explorations se font dans les couches les plus profondes et cela coûte plus cher », explique-t-il. Et d’ajouter que la hausse des prix des matières premières comme l’acier nécessaire au raffinage augmente les coûts de l’exploration. Selon lui, chercher d’autres sources d’énergie renouvelables et économiser l’utilisation des sources d’énergie fossiles sont une nécessité. Pour sa part, le gouvernement a pris l’initiative en annonçant l’adoption de l’alternative nucléaire pour remplacer les sources d’énergie fossiles dans la production de l’électricité (voir encadré). De même, il a lancé un plan de rationalisation de l’utilisation de l’énergie à long terme qui commencera dès l’année prochaine et durera jusqu’à 2022 et qui consiste à rationaliser la consommation d’énergie de 20 % d’ici les 15 prochaines années.

Gilane Magdi

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L’horizon pétrolier limité à 2020 

« A ce jour, il n’existe pas de chiffre unique sur le volume des réserves de pétrole en Egypte », regrette Khaled Abou-Bakr, directeur général de la société arabe d’énergie Taga. C’est pourquoi, le sujet est source de contestation en raison des exagérations du gouvernement, pour qui le surplus est suffisant à couvrir les besoins nationaux pendant les 30 prochaines années.

Ainsi, selon les chiffres du ministère du Pétrole, le montant des réserves était-il estimé à 3,9 milliards de barils de pétrole en juillet 2007. Ces chiffres sont inférieurs à ceux publiés par les institutions internationales et autres rapports d’experts pétroliers. Par exemple, pour le groupe financier EFG-Hermes, le montant des réserves nationales est de 3,7 milliards de barils. Pour d’autres experts, « les chiffres gouvernementaux se basent sur les réserves potentielles non assurées », explique l’un d’eux qui requiert l’anonymat. Pour lui, il est difficile de trouver un chiffre unique puisque plusieurs méthodes de calcul sont utilisées. Quant à Hussein Abdallah, autre expert, il considère que les réserves en Egypte se limitent à 2,16 milliards de tonnes, ce qui ne suffira pas à couvrir les besoins nationaux estimés à 1,100 milliard de tonnes d’ici 2020. « Et ce, car l’Egypte ne conservera que 62 % de ces réserves , ce qui est bien trop peu, tandis que le reste est exporté via un partenaire étranger ». Donc, l’exploitation des réserves égyptiennes ne pourra durer jusqu’à 2020 que si les exportations sont arrêtées et si la croissance de la consommation se limite à un taux inférieur à 5 %, alors qu’il varie entre 10 et 15 % aujourd’hui.

 




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