Energie.
L’Egypte paye cher la flambée du baril, et avec une offre en
gaz limitée, le débat s’instaure sur une utilisation
énergétique rationalisée. Au-delà, de nouveaux rapports de
force mondiaux se mettent en place. Dossier.
La logique de l’inévitable
Hausse
de la facture des importations, accompagnée de l’envolée des
subventions. Telles sont les conséquences les plus
marquantes du boom sans précédent du cours du pétrole sur le
marché international. Passant de record en record, les prix
du baril de brut n’ont cessé d’augmenter cette année,
établissant vendredi 23 novembre un nouveau record de
clôture à New York à 98,18 dollars le baril. Soit une hausse
de 33,6 % par rapport au mois d’août dernier.
Le ministre égyptien du Pétrole, Sameh Fahmi, a déclaré dans
un communiqué de presse, que « l’impact de cette hausse est
en principe positif et suffisant pour surpasser les impacts
négatifs ». Une hausse de 2 milliards de dollars des
exportations pétrolières est prévue fin 2007 par rapport à
2006, toujours selon le ministre. Ces dernières ont atteint
10,4 milliards de dollars en 2006 d’après les chiffres de la
Banque Centrale égyptienne. Déjà, la balance commerciale du
pétrole avait enregistré un excédent de 4 milliards de
dollars en 2006. Sans oublier, pour le gaz, les 6 milliards
de dollars supplémentaires prévu fin 2007 résultant de la
fixation des prix, selon des accords conclus avec les
sociétés multinationales (2,65 dollars le m3). « Ces
ressources sont suffisantes à couvrir en partie la hausse
des importations et des subventions pétrolières »,
assure-t-il.
Des déclarations qui ne convainquent pas les experts
pétroliers. Khaled Abou-Bakr, directeur général de la
société arabe d’énergie Taga, le secteur de l’énergie fait
face à un problème majeur, au niveau pétrolier comme au
niveau gazier. Car l’Egypte souffre d’une réelle
insuffisance de la production : « Le gouvernement exagère
dans la publication des chiffres de la production et des
exportations du pétrole et du gaz. Il tente de masquer la
vérité. Notez juste que la part égyptienne de la production
nationale ne couvre pas notre consommation depuis 6 ans »,
souligne-t-il. Et d’ajouter que la production n’a cessé de
baisser ces 10 dernières années pour atteindre 33 millions
de tonnes en 2006, contre 45,1 millions de tonnes en 1996.
Quant à la consommation, elle est en augmentation constante
pour atteindre 29,1 millions de tonnes en 2006. Cela
signifie que le déficit est de 9 millions de tonnes
annuelles. Le dernier rapport publié par l’institution
financière EFG-Hermes ramène à cette réalité : la production
quotidienne de pétrole a diminué lors des 6 dernières années
de 2,3 % pour atteindre 0.70 million de barils par jour en
2006. En même temps, la consommation a augmenté de 1,4 %
pour atteindre 0,6 million de b/j. « L’ l’Egypte s’est alors
transformée en importateur de pétrole en 2007 », dit le
rapport.
Quant au secteur gazier, la production ne cesse d’augmenter
pour atteindre 40,3 millions de tonnes équivalent pétrole
l’année dernière. Mais la part égyptienne s’élève à 24,9
millions de tep (62 %, voir encadré) alors que la
consommation est de 25,8 millions de tep. « Comment le
gouvernement peut-il donc exporter alors que ses ressources
ne couvrent pas ses besoins ? Et comment pourra-t-il couvrir
la hausse de la facture des importations ? » , se demande
Abou-Bakr.
La hausse de la facture pétrolière n’est pas le seul impact
de la flambée des prix. Il en existe un autre, celui
notamment de la hausse des subventions des produits
pétroliers tels que l’essence, le gasoil, le butane, le
mazout et le kérosène. « L’envolée des prix entraîne la
hausse des subventions de 42 milliards de dollars en 2006 à
plus de 50 milliards de dollars en 2007. Ce qui représente
un lourd fardeau sur le budget », explique Abdallah Chéhata,
chercheur auprès du Centre égyptien des études économiques,
sans écarter la possibilité du recours du gouvernement à une
augmentation des prix de ces produits pour compenser la
hausse des coûts.
De son côté, Khaled Abou-Bakr insiste sur l’importance de la
révision des subventions des produits pétroliers en
dirigeant la consommation vers les sources d’énergie
renouvelables et moins coûteuses. « Par exemple, le gasoil
nécessaire aux poids lourds s’empare de presque 40 % du
total des subventions. Il faut baisser ce montant
graduellement sans augmenter les prix en fournissant des
avantages à l’utilisation des camions à hydrogène plus
propre et moins coûteux », propose-t-il.
Le secteur privé, quant à lui, ne voit que des effets
positifs à l’augmentation du cours du pétrole. Pour
Jean-Louis Channel, directeur général en Egypte de la
société Gaz De France (GDF), la situation actuelle du
secteur de l’énergie aura un impact positif sur
l’investissement dans ce domaine. « L’insuffisance de
l’offre encouragera les investisseurs étrangers à
intensifier les opérations d’exploration du pétrole et du
gaz non seulement en Egypte mais partout dans le monde.
Actuellement, les explorations se font dans les couches les
plus profondes et cela coûte plus cher », explique-t-il. Et
d’ajouter que la hausse des prix des matières premières
comme l’acier nécessaire au raffinage augmente les coûts de
l’exploration. Selon lui, chercher d’autres sources
d’énergie renouvelables et économiser l’utilisation des
sources d’énergie fossiles sont une nécessité. Pour sa part,
le gouvernement a pris l’initiative en annonçant l’adoption
de l’alternative nucléaire pour remplacer les sources
d’énergie fossiles dans la production de l’électricité (voir
encadré). De même, il a lancé un plan de rationalisation de
l’utilisation de l’énergie à long terme qui commencera dès
l’année prochaine et durera jusqu’à 2022 et qui consiste à
rationaliser la consommation d’énergie de 20 % d’ici les 15
prochaines années.
Gilane Magdi