Al-Ahram Hebdo,Arts | « L’artiste a le devoir d’écrire sa douleur »
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 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

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Arts

Spectacle. Avec Ambre et lumière donné récemment à l’Opéra du Caire, Mona Latif-Ghattas, accompagnée de Paul Antaki, fait vivre ses vers par la musique et la chorégraphie d’Erminia Kamel. Œuvre offerte par le Rotary Club au bénéfice de l’hôpital de Mounira, section des nouveaux-nés prématurés. Entretien.

« L’artiste a le devoir d’écrire sa douleur »

Al-Ahram Hebdo : Vous montez de nombreux récitals de par le monde de poésie-musique, et aujourd’hui vous ajoutez la danse, qu’est-ce qui vous attire dans cette forme ?

Mona Latif-Ghattas : J’ai de multiples formations : écrivain, compositeur, metteur en scène de théâtre poétique, je m’intéresse au montage de poèmes qui créent un monde d’émotion, qui s’adressent à l’âme. La personne sur scène ne peut pas être un acteur, comme on le retrouve dans une pièce de théâtre traditionnelle, mais un état à travers lequel passe une émotion. Quant à la musique — extraits du répertoire classique, oriental, mystique, musique arménienne, etc. —, elle n’est pas intégrée dans l’œuvre comme un simple support, mais comme deuxième langue. Le plus souvent, la musique continue la phrase et l’émotion qui en découle, et donne une autre dimension à la poésie.

Mais cette recherche d’une deuxième et d’une troisième dimension n’affecte-t-elle pas le pouvoir de la poésie ?

— Cette recherche me permet de me scinder. De creuser dans le rapport Orient et Occident qui me marque beaucoup, et cela me recolle avec mes deux pays : l’Egypte et Montréal. J’avais déjà monté ce récital pour deux voix (avec Waguih Jadaa) et musique à Montréal avec comme troisième dimension la peinture où nous avons projeté sur scène les toiles de Nazli Madkour.

J’ai aussi toujours cru que nous allons rendre des comptes à Dieu de ne pas avoir offert ce qu’on a. Je répète toujours aux jeunes artistes que je forme : vous n’avez pas le droit de perdre le temps de l’émotion. L’artiste a le devoir d’écrire sa douleur aux générations futures. Une fois qu’elle est sur papier, la douleur ne me tuera pas, elle va renaître et moi je vais m’ouvrir à d’autres expériences.

Comme metteur en scène de vos récitals, pourquoi avez-vous choisi Paul Antaki, l’homme d’affaires, comme seconde voix qui partage avec vous la lecture des poèmes, de même que Leïla la jeune danseuse ?

— Dès que j’ai entendu la voix de Paul Antaki, j’ai senti que cette voix-là pouvait exprimer Ambre et lumière. La voix de Paul Antaki a un souffle poétique. Je suis convaincue que toute personne réussie comme lui, brillante et liée à sa terre, a un brin artistique qu’il importe de creuser et d’extérioriser. Quant à Erminia Kamel qui a signé la chorégraphie, elle avait envie de travailler sur le poétique. Erminia a choisi des moments du poème et les a travaillés avec Leïla la danseuse. Dans le spectacle, nous soulignons tous les trois l’amour qui circule entre Paul, Leïla et moi. C’est une entreprise d’amour.

Après des recueils de poèmes sur le thème de l’exil, sur la nostalgie des temps, des origines, du rapport avec le Nil notamment, vous accordez une grande importance au thème soufi qui se trouve dans le titre même Ambre et Lumière et dans une séquence du recueil intitulé Fakir …

— La dimension soufie est toujours présente dans mes œuvres, elle est tirée de cette recherche au-delà de la matière, de tout ce qui est terrestre, c’est la conception du moine chrétien. Ambre et lumière est un commentaire des cinq dernières années durant lesquelles j’ai traversé La Cantique des cantiques, les livres de sagesse de l’Ancienne Egypte, les poèmes des grands soufis Jalaleddine Al-Roumi, Ibn Al-Fared, Ibn Arabi et autres. Mais c’est un commentaire de femme.

Comment, d’après vous, l’écriture soufie d’une femme est un ajout à la littérature soufie ?

— Il existe peu de femmes qui ont abordé le thème soufi, je pense que la souffrance par exemple est exprimée autrement par une femme et à partir de cette expression les autres femmes peuvent s’y trouver. L’amour chez une femme est identifié, dans ce contexte, à ce qu’il y a de plus pur dans l’amour, l’art de l’amour, l’art de donner et ce qu’il a de plus raffiné. Mon prochain livre intitulé Les Chants modernes des bien-aimés sera le summum de cette phase et abordera ce thème d’une manière moderne et sensuelle.

Propos recueillis par Dina Kabil

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