Al-Ahram Hebdo,Arts | Merveilles exhumées
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 Semaine du 28 novembre au 4 décembre, numéro 690

 

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Arts

Exposition. Amal Choukri Catta nous délivre le quotidien d’une Egypte pharaonique, heureuse et ésotérique où vie et mort forment un cycle dépourvu de fracas.

Merveilles exhumées

« Le retour aux sources est pour moi, un rajeunissement de la peinture. En m’y aventurant, je retrouve une pureté bien différente de l’évolution à outrance que nous vivons aujourd’hui », souligne l’artiste et critique Amal Choukri Catta, dans l’un de ses articles publiés dans Le Journal d’Egypte, en 1980. D’un père égyptien et d’une mère autrichienne, Amal Choukri Catta est née en Autriche et a étudié à l’Académie des arts de Vienne. De retour en Egypte, en 1979, elle s’est adonnée à sa passion innée : les études de l’Histoire et de l’archéologie égyptiennes. Dès lors, cette artiste prolifique de plusieurs expositions, en Egypte et à l’étranger, devient la représentante d’une Egypte ancienne qui, pour elle, est à l’origine de tous les arts. Cependant, une interrogation concernant « le trop pharaonique » dans ses œuvres, caresse l’esprit de tout amateur d’art. Ce trop de scènes pharaoniques n’engendre-t-il pas la monotonie, une impression de déjà-vu ? Les œuvres de Catta ne visent pas à traiter l’art, d’un point de vue documentaire ; elles ne cherchent pas à reproduire des scènes pharaoniques ou à imiter les dessins provenant des diverses dynasties. Par contre, elles contribuent, selon l’artiste, à bouleverser la vision que nous avons de « notre passé » et « ressusciter la renaissance de l’art pharaonique », avec plus de contemporanéité et d’innovation. Une manière de la part de Catta d’exhumer les merveilles du passé.

La peintre, qui excelle dans l’art de la composition, a réussi à rassembler, dans une œuvre de grande dimension, tous ses protagonistes à l’allure pharaonique. Dans cette œuvre grandiose, figure le souci du modèle et l’académisme des formes. Ce, par le biais de l’impassibilité des visages et la gravité sereine des attitudes de ses personnages, qui préservent du pharaonique une certaine stabilité majestueuse. « Mes personnages sont ceux qui ont vécu, il y a plus de 3 000 ans, pendant l’histoire royale pharaonique, sans être connus. Ils ne sont pas des dieux et des déesses pharaoniques habituels. Ils sont ces milliers de gens, anonymes et normaux … Les hommes de tous les jours … Ils se sont aimés et détestés, ont travaillé et joué, ri et pleuré, vécu puis sont décédés … Des gens sans histoire particulière … Sans vie anormale … Sans pyramides ni temples somptueux leur servant de tombeaux … Des gens qui n’ont pas laissé de marques, ni d’enregistrements sous leurs noms … Riches ou pauvres. Ce qui est avéré, c’est qu’ils ont vécu sur la terre bénie de l’Egypte, dans un temps donné de l’Histoire ». Tels sont les personnages qui figurent dans les œuvres de Catta et qui hantent l’imagination de l’artiste. C’est à eux qu’elle cède le mouvement, les caractères royaux, les couleurs gaies, les habits et postures pharaoniques. Ainsi, nous délivre-t-elle des scènes quotidiennes d’une Egypte pharaonique, palpitante de gaieté, de mouvement et de couleurs. Le blanc symbolise la joie et le faste. Le bleu personnifie les étendues célestes. Le jaune marque l’immortalité. Le vert symbolise la jeunesse et la santé. Et la couleur rouge ? C’est celle de la victoire !

Pureté originelle

Loin de laisser des vides, Catta sature sa toile de trop de détails à la fois spirituels, pittoresques et même humoristiques. Dans sa peinture, elle invite les protagonistes « anonymes » de sa toile, à un cortège royal pharaonique. « Les peintures d’Amal Choukri ressuscitent l’Egypte pharaonique d’une façon délicieusement narrative. Ses scènes évoquent l’Egypte heureuse dans des formes vivantes et animées … Des fêtes religieuses et des réceptions royales montrent les gens dans des poses qui conviennent à leur rang, à leur classe et à leur métier », a écrit le critique Antoine Gennaoui (Le Journal d’Egypte, 1980), reprend-on dans le catalogue de l’exposition. Voici des jeunes femmes, aux yeux larges, qui s’adonnent à la cueillette du lotus, dans un paysage verdoyant. Des archers vont en guerre. Des barques reviennent de la pêche, étalant leurs poissons multicolores. Autant de scènes heureuses du quotidien qui mettent en relief la pureté originelle et la permanence de l’art que cherche Catta.

S’agissant de somptuosité pharaonique, l’artiste ne se contente pas de traiter de la vie chez les anciens Egyptiens, elle a voulu aussi compléter sa recherche artistique en présentant une vision puisée dans le Livre des morts. « Tout au long des millénaires, la conscience humaine était préoccupée par le mysticisme de la mort, et parmi les peuplades de l’antiquité, nul n’a manifesté, pour le mystère de la mort, un intérêt aussi passionné que le peuple de l’Ancienne Egypte », note Amal Choukri Catta, dans le catalogue de l’exposition, ajoutant : « Certains pourraient penser que parler de la mort en tableaux serait aborder un sujet macabre, qui n’a pas sa place dans le monde de l’art. Pourtant, l’ancien Egyptien voyait dans la mort, une nouvelle naissance, un prolongement de l’existence terrestre dans une vie qui est au-delà, et qui la dépasse ». D’où le cachet mystique, ésotérique et spirituel des peintures exposées. Le travail présenté n’est nullement une illustration de certains passages du Livre des morts, mais une libre vision d’une artiste, consciente et fière de cet immense héritage ancestral.

Névine Lameï

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Jusqu’au 30 novembre,

à la galerie de l’Opéra,

de 10h30 à 14h et de 16h30 à 20h30 (sauf le vendredi).

Terrain de l’Opéra du Caire, Guézira.

Tél. : 27 39 81 44

 

 




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