Al-Ahram Hebdo, Voyages | Splendeur retrouvée
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Caire islamique. Deux complexes monumentaux des époques mamelouke et ottomane viennent d’être réhabilités et ouverts au public. Un ajout important à la mise en valeur du patrimoine.

Splendeur retrouvée

Lors de sa récente visite en Egypte, le prince Karim Aga Khan a manifesté un intérêt exceptionnel pour les sites historiques et les monuments du Caire islamique. Intérêt qui n’as pas été sans effet. Lors d’une grande cérémonie, le prince, accompagné par Farouk Hosni, ministre de la Culture, et le Dr Abdel-Azim Wazir, le gouverneur du Caire, a tenu lui-même à lever le voile sur deux grands projets de restauration et de réhabilitation de deux des plus beaux et des plus grands complexes monumentaux du Caire islamique qui venaient d’être terminés. Ils ont été financés par la Fondation Aga Khan. Il s’agit du complexe de la mosquée Oum Al-Sultan Chaabane et celui de Khayer bey. Les monuments restaurés se trouvent dans le quartier Al-Darb Al-Ahmar, qui se situe au pied de la Citadelle et abrite un nombre inestimable de monuments et d’édifices datant de différentes époques de la période islamique, citons surtout les périodes mamelouke et ottomane (lire encadré).

« La restauration de la mosquée Oum Al-Sultan Chaabane et du complexe de Khayer bey représente une étape majeure dans la renaissance et la revitalisation du Caire islamique. L’inauguration de ces deux grands monuments m’a donné une satisfaction profonde pour la réutilisation des monuments islamiques et la renaissance de l’art islamique », a affirmé Karim Aga Khan lors de la cérémonie de l’inauguration. L’Aga Khan est le chef spirituel de la communauté chiite ismaélite dans le monde. Il est fier que ce soient les Fatimides chiites qui ont fondé Le Caire avant plus de 1 000 ans, d’où son intérêt pour les monuments de la capitale.

Le premier complexe mis au jour remonte à une période faste et très riche dans le domaine de l’architecture : l’époque mamelouke (1250 - 1517). Cette suite d’édifices religieux que le sultan mamelouk Chaabane fit construire en l’honneur de sa mère Khond Baraka en 1368 (soit 770 de l’hégire), se compose d’une mosquée, deux madrassas à beau portail surmonté de stalactites, un sabil et un kottab. Il renferme aussi un abreuvoir pour les animaux ainsi que deux grandes coupoles funéraires abritant les corps du sultan Chaabane lui-même, sa mère et sa sœur. Chaque tombe possède une porte donnant sur la salle de prière et dont les panneaux sont en bois sculpté. « Les travaux de restauration de la mosquée Oum Al-Sultan Chaabane, qui ont commencé en 2003, ont compris la reconstruction de la partie supérieure de son minaret qui a été complètement détruite dans des périodes antécédentes précisément lors d’un séisme qui a frappé l’Egypte en 1884. Les travaux ont compris également la complémentation des parties des fenêtres et des moucharabiehs endommagées. Ces reconstructions ont été réalisées selon le plan originaire de l’édifice qu’on a trouvé dans les anciens documents historiques », explique Emad Osman, responsable des antiquités du quartier d’Al-Darb Al-Ahmar.

Complexe Khayer bey

Le second complexe réhabilité est celui surnommé de Khayer bey. Il figurait en tête de liste des monuments à restaurer par la Fondation Aga Khan. Outre sa valeur historique, le complexe de Khayer bey représente une valeur esthétique et architecturale peu commune. « Ce complexe fut construit en plusieurs étapes entre le XIIIe siècle et le XVIIe siècle. Témoin d’une évolution de l’architecture mamelouke, il se compose de cinq édifices, citons : la mosquée-madrassa Khayer bey, le palais Alin Aqq, la maison d’Ibrahim Agha Mostahfezan, la maison ottomane numéro 25 et le sabil Ghanem Al-Hamzawi », indique Nader Ali Ahmad, architecte responsable du projet de restauration du complexe Khayer bey.

Khayer bey, gouverneur d’Alep pendant le règne du sultan mamelouk Qonsowa Al-Ghouri, fut nommé chef de l’armée lors de la conquête de la Syrie par le sultan ottoman Sélim le 1er, auquel il livra le pays. Sa mosquée-madrassa qui se distingue par ses arcades croisées de style ottoman, comprend un mausolée, élevé en 1502 et un sabil-kottab ajouté en 1520. La mosquée est construite sur le plan déformé d’une madrassa à iwan. La salle du tombeau, surmontée d’une coupole, surprend par la hauteur de son plafond.

Le palais mamelouk d’Alin Aqq Al-Hossami, édifié en 1293, est également connu sous le nom de palais de l’émir Khayer bey, qui s’y installa après avoir été nommé pacha du Caire sous les Ottomans. Il le remodela et le relia à sa mosquée-mausolée juste à côté, par un pont en pierre. Le palais servait de résidence à de nombreux autres émirs jusqu’au XVIIe siècle. L’entrée principale du palais est un grand défoncement rectangulaire que terminent des stalactites, et flanquée de deux banquettes en pierre. Au XVIIe siècle, Ibrahim Agha Mostahfezan, alors maire du Caire sous l’empire ottoman, a construit à l’intérieur du palais un puits d’eau douce et un abreuvoir pour les animaux.

Quant au sabil annexé au complexe par Ghanem Al-Hamzawi, alors vice-gouverneur sous le règne de Khayer bey, il illustre l’architecture ottomane et est encore intact.

« Les travaux de restauration ont commencé par une étude sur le terrain, à savoir l’analyse des matières qui composent les édifices. L’étape la plus délicate était celle qui consistait à reconstituer l’ornementation de ces monuments. Mission complexe étant donné l’état de dégradation des édifices », explique l’architecte Nader Ahmad.

Les travaux de restauration des deux complexes monumentaux ont été financés par la Fondation Aga Khan et réalisés par the Aga Khan Trust for Culture – Egypt, en collaboration avec le Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes (CSA), avec des conseillers étrangers. « Dans le projet, ont participé un nombre estimable de restaurateurs, artisans, superviseurs et ouvriers égyptiens. Plus de 700 personnes font partie aujourd’hui de ce projet majeur de développement », souligne Abdel-Khaleq Mokhtar, directeur général de la zone archéologique du sud du Caire où se situe le quartier Al-Darb Al-Ahmar. Des stages de formations en les techniques de la restauration ont été tenus pour ces centaines de jeunes hommes et femmes. D’autres ont été tenus pour un nombre des habitants.

Associer les habitants

Les édifices qui viennent d’être restaurés ne seront pas fermés à clefs. Pour garantir la conservation et une bonne réutilisation des monuments, la Fondation Aga Khan en collaboration avec le CSA a décidé la réouverture des mosquées aux fidèles, et la réutilisation des autres édifices dans des activités culturelles et sociales. « La Fondation Aga Khan a fait intégrer les habitants de Darb al-ahmar dans ses travaux pour les sensibiliser et garantir plus tard la préservation des monuments et des maisons qui les entourent après restauration », souligne Emad Osman.

L’intérieur du palais Khayer bey sera transformé en musée, le sabil servira de centre pour les activités culturelles diverses. La maison d’Ibrahim Agha Mostahfezan sera réutilisée comme un centre de santé pour l’enfance et la maternité, ainsi qu’une petite clinique. « La madrassa et le kottab d’Oum Al-Sultan Chaaban ainsi que les chambres qui les suivent seront réutilisés dans des activités servant au développement du niveau social et économique des habitants du quartier Al-Darb Al-Ahmar. Une tendance de plus en plus admise en ce qui concerne Le Caire islamique puisqu’il est difficile de vider la ville de ses habitants. On étudie actuellement le genre d’activités qui peuvent être effectuées là bas : on pense à une bibliothèque, des classes présentant des cours d’enseignement aux analphabètes adultes et on pense aussi à des classes ou une sorte d’ateliers pour apprendre aux jeunes l’artisanat traditionnel », souligne Abdel-Khaleq Mokhtar. Une démarche à double intérêt : préserver d’une part les monuments et sensibiliser d’autre part les habitants du quartier à l’importance et la richesse du patrimoine.

Le quartier Al-Darb Al-Ahmar vit actuellement une ambitieuse opération pour la restauration du reste de ses édifices historiques et surtout la préservation du tissu social qui l’entoure.

D’autre part, la Fondation Aga Khan prend actuellement des mesures pour achever les travaux de restauration de la muraille est de Saladin ainsi que la création d’un musée racontant l’histoire de la capitale islamique, au sein du parc d’Al-Azhar, tout près d’Al-Darb Al-Ahmar. Elle pense ainsi à cet égard ouvrir une porte sud dans le parc Al-Azhar au service de ses visiteurs qui veulent aller voir les monuments du Caire islamique, surtout ceux d’Al-Darb Al-Ahmar. « Un million de personnes visitent le parc Al-Azhar par an. Il faut encourager ce grand nombre de visiteurs à visiter les sites islamiques à proximité et contempler ces lieux historiques remarquables », estime le prince Karim Aga Khan.

Amira Samir

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