Caire islamique.
Deux complexes monumentaux des époques mamelouke et ottomane
viennent d’être réhabilités et ouverts au public. Un ajout
important à la mise en valeur du patrimoine.
Splendeur retrouvée
Lors
de sa récente visite en Egypte, le prince Karim Aga Khan a
manifesté un intérêt exceptionnel pour les sites historiques
et les monuments du Caire islamique. Intérêt qui n’as pas
été sans effet. Lors d’une grande cérémonie, le prince,
accompagné par Farouk Hosni, ministre de la Culture, et le
Dr Abdel-Azim Wazir, le gouverneur du Caire, a tenu lui-même
à lever le voile sur deux grands projets de restauration et
de réhabilitation de deux des plus beaux et des plus grands
complexes monumentaux du Caire islamique qui venaient d’être
terminés. Ils ont été financés par la Fondation Aga Khan. Il
s’agit du complexe de la mosquée Oum Al-Sultan Chaabane et
celui de Khayer bey. Les monuments restaurés se trouvent
dans le quartier Al-Darb Al-Ahmar, qui se situe au pied de
la Citadelle et abrite un nombre inestimable de monuments et
d’édifices datant de différentes époques de la période
islamique, citons surtout les périodes mamelouke et ottomane
(lire encadré).
« La restauration de la mosquée Oum Al-Sultan Chaabane et du
complexe de Khayer bey représente une étape majeure dans la
renaissance et la revitalisation du Caire islamique.
L’inauguration de ces deux grands monuments m’a donné une
satisfaction profonde pour la réutilisation des monuments
islamiques et la renaissance de l’art islamique », a affirmé
Karim Aga Khan lors de la cérémonie de l’inauguration. L’Aga
Khan est le chef spirituel de la communauté chiite ismaélite
dans le monde. Il est fier que ce soient les Fatimides
chiites qui ont fondé Le Caire avant plus de 1 000 ans, d’où
son intérêt pour les monuments de la capitale.
Le premier complexe mis au jour remonte à une période faste
et très riche dans le domaine de l’architecture : l’époque
mamelouke (1250 - 1517). Cette suite d’édifices religieux
que le sultan mamelouk Chaabane fit construire en l’honneur
de sa mère Khond Baraka en 1368 (soit 770 de l’hégire), se
compose d’une mosquée, deux madrassas à beau portail
surmonté de stalactites, un sabil et un kottab. Il renferme
aussi un abreuvoir pour les animaux ainsi que deux grandes
coupoles funéraires abritant les corps du sultan Chaabane
lui-même, sa mère et sa sœur. Chaque tombe possède une porte
donnant sur la salle de prière et dont les panneaux sont en
bois sculpté. « Les travaux de restauration de la mosquée
Oum Al-Sultan Chaabane, qui ont commencé en 2003, ont
compris la reconstruction de la partie supérieure de son
minaret qui a été complètement détruite dans des périodes
antécédentes précisément lors d’un séisme qui a frappé l’Egypte
en 1884. Les travaux ont compris également la
complémentation des parties des fenêtres et des
moucharabiehs endommagées. Ces reconstructions ont été
réalisées selon le plan originaire de l’édifice qu’on a
trouvé dans les anciens documents historiques », explique
Emad Osman, responsable des antiquités du quartier d’Al-Darb
Al-Ahmar.
Complexe Khayer bey
Le
second complexe réhabilité est celui surnommé de Khayer bey.
Il figurait en tête de liste des monuments à restaurer par
la Fondation Aga Khan. Outre sa valeur historique, le
complexe de Khayer bey représente une valeur esthétique et
architecturale peu commune. « Ce complexe fut construit en
plusieurs étapes entre le XIIIe siècle et le XVIIe siècle.
Témoin d’une évolution de l’architecture mamelouke, il se
compose de cinq édifices, citons : la mosquée-madrassa
Khayer bey, le palais Alin Aqq, la maison d’Ibrahim Agha
Mostahfezan, la maison ottomane numéro 25 et le sabil Ghanem
Al-Hamzawi », indique Nader Ali Ahmad, architecte
responsable du projet de restauration du complexe Khayer
bey.
Khayer bey, gouverneur d’Alep pendant le règne du sultan
mamelouk Qonsowa Al-Ghouri, fut nommé chef de l’armée lors
de la conquête de la Syrie par le sultan ottoman Sélim le
1er, auquel il livra le pays. Sa mosquée-madrassa qui se
distingue par ses arcades croisées de style ottoman,
comprend un mausolée, élevé en 1502 et un sabil-kottab
ajouté en 1520. La mosquée est construite sur le plan
déformé d’une madrassa à iwan. La salle du tombeau,
surmontée d’une coupole, surprend par la hauteur de son
plafond.
Le palais mamelouk d’Alin Aqq Al-Hossami, édifié en 1293,
est également connu sous le nom de palais de l’émir Khayer
bey, qui s’y installa après avoir été nommé pacha du Caire
sous les Ottomans. Il le remodela et le relia à sa
mosquée-mausolée juste à côté, par un pont en pierre. Le
palais servait de résidence à de nombreux autres émirs
jusqu’au XVIIe siècle. L’entrée principale du palais est un
grand défoncement rectangulaire que terminent des
stalactites, et flanquée de deux banquettes en pierre. Au
XVIIe siècle, Ibrahim Agha Mostahfezan, alors maire du Caire
sous l’empire ottoman, a construit à l’intérieur du palais
un puits d’eau douce et un abreuvoir pour les animaux.
Quant au sabil annexé au complexe par Ghanem Al-Hamzawi,
alors vice-gouverneur sous le règne de Khayer bey, il
illustre l’architecture ottomane et est encore intact.
« Les travaux de restauration ont commencé par une étude sur
le terrain, à savoir l’analyse des matières qui composent
les édifices. L’étape la plus délicate était celle qui
consistait à reconstituer l’ornementation de ces monuments.
Mission complexe étant donné l’état de dégradation des
édifices », explique l’architecte Nader Ahmad.
Les travaux de restauration des deux complexes monumentaux
ont été financés par la Fondation Aga Khan et réalisés par
the Aga Khan Trust for Culture – Egypt, en collaboration
avec le Conseil Suprême des Antiquités égyptiennes (CSA),
avec des conseillers étrangers. « Dans le projet, ont
participé un nombre estimable de restaurateurs, artisans,
superviseurs et ouvriers égyptiens. Plus de 700 personnes
font partie aujourd’hui de ce projet majeur de développement
», souligne Abdel-Khaleq Mokhtar, directeur général de la
zone archéologique du sud du Caire où se situe le quartier
Al-Darb Al-Ahmar. Des stages de formations en les techniques
de la restauration ont été tenus pour ces centaines de
jeunes hommes et femmes. D’autres ont été tenus pour un
nombre des habitants.
Associer les habitants
Les édifices qui viennent d’être restaurés ne seront pas
fermés à clefs. Pour garantir la conservation et une bonne
réutilisation des monuments, la Fondation Aga Khan en
collaboration avec le CSA a décidé la réouverture des
mosquées aux fidèles, et la réutilisation des autres
édifices dans des activités culturelles et sociales. « La
Fondation Aga Khan a fait intégrer les habitants de Darb
al-ahmar dans ses travaux pour les sensibiliser et garantir
plus tard la préservation des monuments et des maisons qui
les entourent après restauration », souligne Emad Osman.
L’intérieur du palais Khayer bey sera transformé en musée,
le sabil servira de centre pour les activités culturelles
diverses. La maison d’Ibrahim Agha Mostahfezan sera
réutilisée comme un centre de santé pour l’enfance et la
maternité, ainsi qu’une petite clinique. « La madrassa et le
kottab d’Oum Al-Sultan Chaaban ainsi que les chambres qui
les suivent seront réutilisés dans des activités servant au
développement du niveau social et économique des habitants
du quartier Al-Darb Al-Ahmar. Une tendance de plus en plus
admise en ce qui concerne Le Caire islamique puisqu’il est
difficile de vider la ville de ses habitants. On étudie
actuellement le genre d’activités qui peuvent être
effectuées là bas : on pense à une bibliothèque, des classes
présentant des cours d’enseignement aux analphabètes adultes
et on pense aussi à des classes ou une sorte d’ateliers pour
apprendre aux jeunes l’artisanat traditionnel », souligne
Abdel-Khaleq Mokhtar. Une démarche à double intérêt :
préserver d’une part les monuments et sensibiliser d’autre
part les habitants du quartier à l’importance et la richesse
du patrimoine.
Le quartier Al-Darb Al-Ahmar vit actuellement une ambitieuse
opération pour la restauration du reste de ses édifices
historiques et surtout la préservation du tissu social qui
l’entoure.
D’autre part, la Fondation Aga Khan prend actuellement des
mesures pour achever les travaux de restauration de la
muraille est de Saladin ainsi que la création d’un musée
racontant l’histoire de la capitale islamique, au sein du
parc d’Al-Azhar, tout près d’Al-Darb Al-Ahmar. Elle pense
ainsi à cet égard ouvrir une porte sud dans le parc Al-Azhar
au service de ses visiteurs qui veulent aller voir les
monuments du Caire islamique, surtout ceux d’Al-Darb
Al-Ahmar. « Un million de personnes visitent le parc
Al-Azhar par an. Il faut encourager ce grand nombre de
visiteurs à visiter les sites islamiques à proximité et
contempler ces lieux historiques remarquables », estime le
prince Karim Aga Khan.
Amira
Samir