De l’utilité des fatwas
Salama
A. Salama
Le
phénomène des fatwas a remarquablement pris de l’ampleur,
dans l’objectif de faire face non seulement aux problèmes
émergents de nature politique et économique, mais aussi à
ceux qui se rapportent également à l’art et à la création.
En d’autres termes, des causes n’ayant rien à voir avec la
religion. Ceci laisse entendre que les fatwas religieuses
sont devenues l’alternative des procédures et des programmes
qui sont supposés être de la responsabilité de l’Etat, du
gouvernement et du parti au pouvoir.
Lorsque le gouvernement a été incapable de résoudre le
problème du nuage noir et d’introduire des méthodes
pratiques et scientifiques destinées à mettre un terme aux
opérations d’incinération de la paille de riz, il a demandé
le secours de Dar Al-Iftaa. Cette dernière a émis une fatwa
déclarant que l’incinération de la paille de riz constitue
un péché majeur qui fera entrer ses auteurs en enfer. Elle
s’est référée, semble-t-il, au principe disant « ne nuis pas
et ne porte pas atteinte à autrui » et a prétendu que cette
mesure cause la pollution et nuit à la santé des autres.
En réalité, les agriculteurs, à qui le gouvernement n’a pas
pu procurer des alternatives modernes et non polluantes pour
se débarrasser de la paille de riz que ce soit par le
recyclage ou par sa transformation en une source d’engrais
ou en une énergie alternative, sont les victimes n°1 si le
problème n’est pas réglé. Il incombe alors à Dar Al-Iftaa —
avant d’émettre n’importe quelle fatwa — de présenter des
solutions pratiques au problème, s’il s’avère que son
règlement est de son ressort.
Une autre fatwa a été émise après le drame des milliers de
jeunes naufragés en quête d’emplois sur l’autre rive de la
Méditerranée. Ladite fatwa dit que ces jeunes naufragés sont
cupides et ne sont pas morts en martyrs. Il faut dire que
ces jeunes ont été gagnés par le désespoir dans leurs
propres villages et bourgs après l’incapacité de l’Etat de
leur procurer des emplois et à
cause des queues interminables de chômeurs. Au lieu
d’inciter la jeunesse à perfectionner ses connaissances, qui
est une règle de base dans les pays industrialisés et
avancés, la fatwa les aveugle par le désespoir et les
avertit que s’ils sont noyés près des côtes italiennes, ils
ne seront point considérés comme martyrs. Ces jeunes étaient
partis à la recherche du gagne-pain qu’ils n’ont pas trouvé
dans leur propre pays. Une telle fatwa insinue que le
problème n’est pas celui du chômage qui est leur calvaire
quotidien et celui de leurs familles, mais plutôt celui de
leur cupidité qui les lance dans une longue course pour
amasser de l’argent. Sinon, ils n’auraient pas dépensé ces
énormes sommes pour payer ces trafiquants de main-d’œuvre
qui les déportent de l’autre côté de la Méditerranée.
De telles fatwas renversent la situation faisant de la
victime le principal coupable et innocentant les appareils
de l’Etat et la société de la défaillance de leurs
politiques, que ce soit au niveau de l’incinération de la
paille de riz ou du dossier de l’emploi et du marché du
travail. Bref, ces fatwas servent uniquement les politiques
de justifications gouvernementales et ne prennent pas en
considération les circonstances économiques et politiques.
Une manière de mêler la religion à la politique, exactement
comme la fatwa prohibant le boycott des élections ou
l’interdiction des manifestations et autres. Ainsi, il
semble que l’Etat civil dont on parle beaucoup récemment
n’en est pas un, d’autant plus que la religion peut être
manipulée à un niveau ou à un autre. Ceux qui critiquent le
programme des Frères stipulant la création d’une instance
d’hommes de religion pour prendre en charge les fatwas se
rapportant aux questions de l’Etat et à ses politiques,
doivent nous dire quelle est la différence entre les hommes
de religion au service du gouvernement et ceux dans le
programme du parti des Frères.