Deux candidats arabes à l’Unesco
Mohamed Salmawy
Chaque
jour, les chances de la réussite du candidat égyptien au
poste de directeur général de l’Unesco augmentent. Ce qui
confirme que l’horaire en avance, choisie par l’Egypte qui a
devancé tous les pays arabes et européens pour proposer sa
candidature à ce poste culturel distingué, était correcte.
D’autant qu’aucun pays arabe n’a occupé ce poste depuis la
création
de l’Unesco, bien que l’Egypte fut parmi les 20 membres
fondateurs en 1945.
Après que la candidature de Farouk Hosni fut rendue
publique, des rumeurs ont circulé selon lesquelles le Maroc
avait proposé la candidature d’un de ses citoyens 6 mois
avant l’Egypte, et qu’il en avait informé tous les pays, y
compris l’Egypte. Mais, un dirigeant diplomatique de haut
niveau m’a affirmé que les Affaires étrangères égyptiennes
n’ont pas été au courant de cette candidature, sinon ils en
auraient informé la présidence de la République. Selon cette
même source, si des informations de la sorte étaient
parvenues à la présidence de la République, cette dernière
n’aurait pas proposé, dès le départ, le nom d’un candidat
égyptien qui deviendrait, en l’occurrence, un rival à son
frère arabe.
En
réalité, l’arrière-plan historique confirme l’exactitude de
l’opinion du dirigeant diplomatique : au cours des
précédentes élections de l’Unesco en 2000, l’Egypte
s’est abstenue de soutenir la candidature de Dr Ismaïl
Séragueddine ou de lui faire la propagande pour ne pas
barrer la route au candidat arabe qui était à l’époque
l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Londres, Dr Ghazi
Al-Qosseby. D’autant que le commandement politique égyptien
avait promis de le soutenir. Ceci a certes affaibli les
chances du Dr Séragueddine qui s’était engagé dans les
élections à partir d’une initiative individuelle.
Ceci en ce qui concerne l’Egypte. Mais à l’échelle mondiale,
aucune source étrangère ne m’a informé du fait d’avoir eu
des informations sur un éventuel candidat arabe ou étranger
avant la candidature de Hosni. Lorsque j’ai visité le siège
de l’Unesco, il y a quelques semaines, aucun autre candidat
à l’exception de Farouk Hosni n’était en vue, même si les
rumeurs couraient sur la probabilité de l’existence d’autres
candidatures qui n’ont pas encore vu le jour. D’autre part,
je viens de rentrer du Japon où j’ai rencontré M. Yamamutu,
le directeur général de ce qui est appelé la « diplomatie
publique ». Cette personnalité prend en charge le dossier du
Japon pour ce qui est des candidatures présentées à
l’Unesco. Yamamutu m’a affirmé qu’il n’était au courant
d’aucune autre candidature arabe, à l’exception de celle de
Farouk Hosni. D’ailleurs, c’était moi-même qui l’avait mis
au courant du retrait du candidat du sultanat d’Oman en
faveur de notre ministre.
De son côté, l’Algérie, après avoir appris que l’Egypte a
proposé son candidat, s’est abstenue de présenter le sien.
Lorsque j’ai communiqué à M. Yamamutu que l’ex-ministre
marocaine de la Culture, Aziza Bennani, allait se présenter
pour ce poste, il m’a dit que le Japon n’était pas au
courant.
Yamamutu m’a affirmé que le Japon examinait avec sérieux et
intérêt la requête de l’Egypte pour diriger l’Unesco. Il m’a
déclaré, en présence de l’ambassadeur égyptien à Tokyo, Dr
Walid Abdel-Nasser, qu’il présenterait une recommandation
officielle à cet égard dans les semaines qui viennent.
Au moment où j’étais au Japon, l’artiste Farouk Hosni se
trouvait au siège de l’Unesco à Paris, où il a rencontré un
nombre non négligeable de fonctionnaires de l’Organisation.
Il a également vu Aziza Bennani et leur rencontre était très
cordiale, selon la version des témoins.
Un journaliste français avait demandé à Farouk Hosni au
sujet de ces situations, généralement curieuses, du monde
arabe où il n’y a pas d’accord sur un seul candidat. Le
ministre a souligné immédiatement que le Maroc exerçait un
droit naturel et que ce sont les élections qui
trancheront la situation. Il a confirmé également que dans
les deux cas, c’est le monde arabe qui en sera le
bénéficiaire. Je suppose que la position de Aziza Bennani
n’est pas différente de celle de Farouk Hosni. Raison pour
laquelle j’ai été surpris en lisant les commentaires et les
surenchères auxquels on ne s’attendait pas de la presse
marocaine qui a critiqué l’Egypte et son candidat. Certains
ont écrit, sur un ton ironique, que si « l’Egypte est la
mère du monde, nous en sommes le père ». Cette manière
d’agir porte atteinte à l’image du monde arabe, plus que
l’existence de plusieurs candidats arabes en lice.
Le fait que deux candidats arabes se disputent le poste de
l’Unesco n’est pas la fin du monde. Il affaiblit certes les
chances de succès du monde arabe, mais ne les annihile
pas.
Si nous revenons en arrière, nous verrons que Koïchirou
Matsuura n’était pas l’unique candidat asiatique ou du
quatrième groupe, tel que baptisé par l’Unesco, qui désigne
le groupe arabe comme étant le cinquième groupe. Trois
candidats asiatiques, d’Indonésie, du Sri Lanka et des
Philippines, étaient en lice contre lui au cours des
dernières élections qui ont consacré Matsuura. Il n’en
demeure pas moins qu’ils sont allés dans la bataille
jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la troisième session de
vote.
La présence de plusieurs candidats issus d’un même groupe
géographique ne minimise en rien les chances du plus fort
pour l’emporter. Bien que ceci complique davantage le champ
de bataille par manque d’unanimité entre les pays d’un même
groupe au sein du conseil exécutif de l’Unesco.
Ce conseil est considéré comme l’organe qui dirige
l’institution et qui entreprend toutes les décisions
exécutives, y compris l’élection du directeur général. Il
est composé de 58 Etats répartis en groupes géographiques
qui, pour la plupart, ont présidé l’organisation et parfois
plus d’une fois. Comme par exemple le premier groupe, celui
de l’Europe de l’Ouest. Quant au 5e groupe, celui de
l’Afrique, il l’a emporté une fois à travers le Sénégalais
Amadou Mahtar M’Bow qui a maintenu ce poste plus que
quiconque. Il est resté 13 ans à la tête de l’organisation.
Le quatrième groupe, quant à lui, ne l’a jamais remporté.
Il est possible que ces raisons soient ce qui a encouragé
certains pays à prendre l’initiative d’appuyer le candidat
arabe. Ils ont été stimulés, semble-t-il, par la
connaissance qu’ils ont de la personne de Farouk Hosni, de
ses compétences et de sa vision lucide dans les affaires
culturelles.
Le nombre de pays qui ont annoncé leur soutien au candidat
égyptien, à deux ans du vote, est de 10. Les partisans sont
des pays aussi bien des pays arabes qu’africains et
européens de l’Ouest. Quant aux pays qui ont promis
officiellement d’examiner avec attention le vote pour ce
candidat, ils ont atteint les 26 de par le monde entier.
La situation actuelle paraît être prometteuse et laisse
entendre que les chances de l’Egypte de l’emporter et de
présider l’organisation sont bonnes. Mais à condition que
les efforts égyptiens s’intensifient sur plusieurs niveaux
les deux prochaines années. Combien sont grandes les chances
que nous avons gaspillées parce que nous n’avons pas déployé
l’effort nécessaire ?