Al-Ahram Hebdo, Opinion | Mohamed Salmawy, Deux candidats arabes à l’Unesco
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 Semaine du 14 au 20 Novembre 2007, numéro 688

 

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Opinion

Deux candidats arabes à l’Unesco

Mohamed Salmawy

Chaque jour, les chances de la réussite du candidat égyptien au poste de directeur général de l’Unesco augmentent. Ce qui confirme que l’horaire en avance, choisie par l’Egypte qui a devancé tous les pays arabes et européens pour proposer sa candidature à ce poste culturel distingué, était correcte. D’autant qu’aucun pays arabe n’a occupé ce poste depuis la création de l’Unesco, bien que l’Egypte fut parmi les 20 membres fondateurs en 1945.

Après que la candidature de Farouk Hosni fut rendue publique, des rumeurs ont circulé selon lesquelles le Maroc avait proposé la candidature d’un de ses citoyens 6 mois avant l’Egypte, et qu’il en avait informé tous les pays, y compris l’Egypte. Mais, un dirigeant diplomatique de haut niveau m’a affirmé que les Affaires étrangères égyptiennes n’ont pas été au courant de cette candidature, sinon ils en auraient informé la présidence de la République. Selon cette même source, si des informations de la sorte étaient parvenues à la présidence de la République, cette dernière n’aurait pas proposé, dès le départ, le nom d’un candidat égyptien qui deviendrait, en l’occurrence, un rival à son frère arabe.

En réalité, l’arrière-plan historique confirme l’exactitude de l’opinion du dirigeant diplomatique : au cours des précédentes  élections de l’Unesco en 2000, l’Egypte s’est abstenue de soutenir la candidature de Dr Ismaïl Séragueddine ou de lui faire la propagande pour ne pas barrer la route au candidat arabe qui était à l’époque l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Londres, Dr Ghazi Al-Qosseby. D’autant que le commandement politique égyptien avait promis de le soutenir. Ceci a certes affaibli les chances du Dr Séragueddine qui s’était engagé dans les élections à partir d’une initiative individuelle.

Ceci en ce qui concerne l’Egypte. Mais à l’échelle mondiale, aucune source étrangère ne m’a informé du fait d’avoir eu des informations sur un éventuel candidat arabe ou étranger avant la candidature de Hosni. Lorsque j’ai visité le siège de l’Unesco, il y a quelques semaines, aucun autre candidat à l’exception de Farouk Hosni n’était en vue, même si les rumeurs couraient sur la probabilité de l’existence d’autres candidatures qui n’ont pas encore vu le jour. D’autre part, je viens de rentrer du Japon où j’ai rencontré M. Yamamutu, le directeur général de ce qui est appelé la « diplomatie publique ». Cette personnalité prend en charge le dossier du Japon pour ce qui est des candidatures présentées à l’Unesco. Yamamutu m’a affirmé qu’il n’était au courant d’aucune autre candidature arabe, à l’exception de celle de Farouk Hosni. D’ailleurs, c’était moi-même qui l’avait mis au courant du retrait du candidat du sultanat d’Oman en faveur de notre ministre.

De son côté, l’Algérie, après avoir appris que l’Egypte a proposé son candidat, s’est abstenue de présenter le sien. Lorsque j’ai communiqué à M. Yamamutu que l’ex-ministre marocaine de la Culture, Aziza Bennani, allait se présenter pour ce poste, il m’a dit que le Japon n’était pas au courant.

Yamamutu m’a affirmé que le Japon examinait avec sérieux et intérêt la requête de l’Egypte pour diriger l’Unesco. Il m’a déclaré, en présence de l’ambassadeur égyptien à Tokyo, Dr Walid Abdel-Nasser, qu’il présenterait une recommandation officielle à cet égard dans les semaines qui viennent.

Au moment où j’étais au Japon, l’artiste Farouk Hosni se trouvait au siège de l’Unesco à Paris, où il a rencontré un nombre non négligeable de fonctionnaires de l’Organisation. Il a également vu Aziza Bennani et leur rencontre était très cordiale, selon la version des témoins.

Un journaliste français avait demandé à Farouk Hosni au sujet de ces situations, généralement curieuses, du monde arabe où il n’y a pas d’accord sur un seul candidat. Le ministre a souligné immédiatement que le Maroc exerçait un droit naturel et que ce  sont les élections qui trancheront la situation. Il a confirmé également que dans les deux cas, c’est le monde arabe qui en sera le bénéficiaire. Je suppose que la position de Aziza Bennani n’est pas différente de celle de Farouk Hosni. Raison pour laquelle j’ai été surpris en lisant les commentaires et les surenchères auxquels on ne s’attendait pas de la presse marocaine qui a critiqué l’Egypte et son candidat. Certains ont écrit, sur un ton ironique, que si « l’Egypte est la mère du monde, nous en sommes le père ». Cette manière d’agir porte atteinte à l’image du monde arabe, plus que l’existence de plusieurs candidats arabes en lice.

Le fait que deux candidats arabes se disputent le poste de l’Unesco n’est pas la fin du monde. Il affaiblit certes les chances de  succès du monde arabe, mais ne les annihile  pas.

Si nous revenons en arrière, nous verrons que Koïchirou Matsuura n’était pas l’unique candidat asiatique ou du quatrième groupe, tel que baptisé par l’Unesco, qui désigne le groupe arabe comme étant le cinquième groupe. Trois candidats asiatiques, d’Indonésie, du Sri Lanka et des Philippines, étaient en lice contre lui au cours des dernières élections qui ont consacré Matsuura. Il n’en demeure pas moins qu’ils sont allés dans la bataille jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la troisième session de vote.

La présence de plusieurs candidats issus d’un même groupe géographique ne minimise en rien les chances du plus fort pour l’emporter. Bien que ceci complique davantage le champ de bataille par manque d’unanimité entre les pays d’un même groupe au sein du conseil exécutif de l’Unesco.

Ce conseil est considéré comme l’organe qui dirige l’institution et qui entreprend toutes les décisions exécutives, y compris l’élection du directeur général. Il est composé de 58 Etats répartis en groupes géographiques qui, pour la plupart, ont présidé l’organisation et parfois plus d’une fois. Comme par exemple le premier groupe, celui de l’Europe de l’Ouest. Quant au 5e groupe, celui de l’Afrique, il l’a emporté une fois à travers le Sénégalais Amadou Mahtar M’Bow qui a maintenu ce poste plus que quiconque. Il est resté 13 ans à la tête de l’organisation. Le quatrième groupe, quant à lui, ne l’a jamais remporté.

Il est possible que ces raisons soient ce qui a encouragé certains pays à prendre l’initiative d’appuyer le candidat arabe. Ils ont été stimulés, semble-t-il, par la connaissance qu’ils ont de la personne de Farouk Hosni, de ses compétences et de sa vision lucide dans les affaires culturelles.

Le nombre de pays qui ont annoncé leur soutien au candidat égyptien, à deux ans du vote, est de 10. Les partisans sont des pays aussi bien des pays arabes qu’africains et européens de l’Ouest. Quant aux pays qui ont promis officiellement d’examiner avec attention le vote pour ce candidat, ils ont atteint les 26 de par le monde entier.

La situation actuelle paraît être prometteuse et laisse entendre que les chances de l’Egypte de l’emporter et de présider l’organisation sont bonnes. Mais à condition que les efforts égyptiens s’intensifient sur plusieurs niveaux les deux prochaines années. Combien sont grandes les chances que nous avons gaspillées parce que nous n’avons pas déployé l’effort nécessaire ?

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