Guevara. Il arrive
souvent de voir sur les pare-brise des voitures et sur des t-shirts le portrait
du Che. Pour la jeunesse égyptienne, il représente l’éternel héros qu’ils ne
trouvent pas dans leur société ou juste un beau visage sur un tissu.
Entre mythe et simple effigie
«
Guevara rêvait de créer un socialisme universel », « Il a voulu lever haut le
drapeau de la justice dans le monde entier », « L’homme qui a bravé les
Américains », des avis qui s’échangent entre bloggers, qui utilisent son
portrait et son nom comme logos à travers leurs blogs. « Une personne avec qui
on peut ne pas être tout à fait d’accord mais que l’on respecte, apprécie et
admire », dit Mohamad, étudiant et membre du mouvement Kéfaya. Ce dernier qui a
collé sur la porte de sa modeste maison un grand poster de Guevara, explique
que lui, comme tant d’autres, n’admettent pas la manière violente avec laquelle
cet homme a mené son combat et réalisé son objectif.« Il a commis des meurtres
et retenu des personnes en otage », « mais, continue Mohamad, il a atteint son
noble objectif et à sa manière ». « Même si je ne suis pas d’accord avec sa
façon de faire, cependant, je respecte ses opinions qui nous inspirent encore
aujourd’hui ».
« Rien
de plus noble que de mourir pour une cause à laquelle on croit fermement », des
paroles de Che et que répète Sami, jeune pédiatre, très proche des idées de
cette illustre personnalité. Il rejette les interventions violentes commises
par les Etats-Unis dans certains pays sans rencontrer de résistance. Ce qui le
pousse à fouiller dans l’histoire pour se rappeler et faire rappeler aux autres
qu’un homme comme le Che a sacrifié sa vie pour lutter contre l’injustice et la
pauvreté. Sami, Khaled, Youssef et d’autres aiment s’attabler au café qui porte
le nom de Guevara et dont le décor est un assemblage de noir et de rouge. Là,
ils peuvent écouter à longueur de temps de la musique latine.
Selon
le sociologue et chercheur Al-Magdoub, rien de plus normal que des jeunes
s’intéressent aux actes héroïques et aux héros. Et s’ils n’existent pas dans
leurs sociétés, ils les cherchent ailleurs. Quant à la société égyptienne et
depuis 1952, le seul symbole de bravoure a été le président Nasser. « Un
symbole, malheureusement amplifié par la publicité et non par des actes héroïques.
Après sa mort, ni l’Egypte ni le monde arabe en général n’ont connu un homme
pareil, ce qui a poussé les jeunes à chercher un modèle étranger », affirme
Al-Magdoub.
Aujourd’hui,
les idées de Guevara continuent à fasciner ceux de la gauche qui voient en lui
un vrai symbole de la révolution et de la défense des droits des plus démunis.
« Il
est vrai que les jeunes répètent ses slogans depuis des années, portent des
t-shirts à son effigie, mais ce n’est que pure apparence. Car on n’a pas encore
réussi à appliquer ses idées », dit Samer, économiste, écrivain et penseur.
Le
Che, symbole de résistance, n’est pas vu de la même manière par tout le monde. Il
y a des gens qui considèrent que la présence du Che dans la mémoire de la jeune
génération n’est que purement commerciale. Al-Wali, analyste et journaliste,
assure que ce sont les grandes institutions commerciales qui en profitent le
plus. En faisant de la propagande autour d’un personnage pareil, ils réalisent
de gros bénéfices, exploitant l’amour que les gens ont pour lui.
Mais
cela n’empêche pas que le Che est resté une icône pour des millions de gens
répétant ses slogans. D’autres pensent que si ses ennemis l’avaient laissé en
vie, ce mythe n’aurait jamais existé. Pour Alaa, ingénieur, Guevara n’est qu’un
mythe justifié par sa capacité inébranlable de diriger. Un charisme qui nous
manque aujourd’hui, ce qui explique pourquoi les jeunes s’y attachent.
Certains
ne veulent même pas en entendre parler, comme Fakhri, de tendance islamiste qui
classe ce militant « marxiste » dans la catégorie des athées. Nawara Negm,
écrivaine, pense pour sa part que tout ce que ce militant a fait est resté
gravé même s’il a usé de la violence pour atteindre ses objectifs. De nos
jours, lorsque des militants comme Hassan Nasrallah ou Al-Zarqawi se comportent
de la même manière, le monde les taxe de terroristes. « C’est l’Occident qui a
fait de Guevara un héros mais il a taxé des militants arabes qui luttent pour
des causes de terroristes. Pour l’Occident, ce sont seulement leurs militants
qui ont le droit de devenir des héros. Nos peuples n’ont pas le droit de se
révolter ni de revendiquer quoique ce soit », lance-t-elle.
Loin
de cette polémique autour de Guevara et de ses idées, il existe une minorité
qui l’apprécie beaucoup sans connaître son histoire. « Il est très charmant
physiquement », dit Lamia, en expliquant la raison pour laquelle elle porte un
t-shirt qui illustre son portrait. Certains qui ignorent tout de lui le
confondent avec un chanteur de pop ou un modèle pour une publicité de cigare
cubain.
De
toute façon, on est loin de l’époque où le poète Ahmad Fouad Negm a écrit :
«Guevara est mort, Guevara est mort, la nouvelle vient d’être annoncée à la
radio. Il est mort en criant sa douleur, tenant son fusil à la main, il est
mort en homme vaillant, j’en ai la certitude ». C’était en 1968, le jour où Che
Guevara à été abattu.
Hanaa Al-Mekkawi