Soudan.
Ne parvenant pas à surmonter leurs divergences, le nord et
le sud ont suspendu leurs pourparlers de sortie de crise. Un
des principaux désaccords porte sur la région pétrolière d’Abyei.
Le statut d’Abyei fait trébucher les pourparlers
C’est toujours l’impasse entre le nord et le sud du Soudan,
les deux parties ne parvenant pas à s’entendre, notamment
sur le statut de la région pétrolière d’Abyei, au cœur du
pays et qui est toujours au centre de ce conflit, le plus
vieux d’Afrique.
C’est ainsi que le Mouvement de libération du peuple du
Soudan (SPLM), ancien groupe rebelle du sud, a annoncé
dimanche dernier la suspension du comité chargé de résoudre
les divergences avec le Parti du congrès national (NCP),
formation nordiste qui domine le gouvernement central. « Le
comité a cessé de siéger », a indiqué Yasir Arman, membre de
ce groupe de travail et secrétaire général adjoint du SPLM.
Formée de six membres, la commission a pris la décision de
mettre fin aux pourparlers, faute d’accord sur les questions
litigieuses, dans l’attente d’une réunion, vraisemblablement
la semaine prochaine, entre le premier vice-président Salva
Kiir, le chef du SPLM, et le président Omar Hassan Al-Béchir.
Le SPLM et le NCP avaient conclu en 2005 à Nairobi un accord
de réconciliation nationale prévoyant le partage équitable
des ressources et du pouvoir. Selon les anciens rebelles, le
NCP manque toutefois de volonté politique pour appliquer cet
accord. « Nous avons rencontré de très graves difficultés
qui nous ont empêché de poursuivre le travail du comité », a
indiqué Arman. Partageant le même avis, le vice-président du
mouvement sudiste SPLM, Malek Agar, a déclaré que la
commission avait suspendu ses travaux en raison de
divergences sur la méthode de traiter les questions
litigieuses et la persistance de désaccords sur
l’application de l’Accord de paix globale (CPA). Il a cité
en premier lieu le désaccord sur Abyei, mais tenu à
souligner que la suspension des travaux de la commission
formée de trois nordistes et trois sudistes ne signifiait
pas « la fin du dialogue » pour résoudre la crise. « La
commission est dans l’attente de nouvelles instructions des
deux présidents », a-t-il dit. Selon lui, les questions
litigieuses qui devraient être discutées étaient au nombre
de onze, sans citer plus de détails. Mais c’est la question
du statut d’Abyei qui pose le plus de problèmes. Selon le
Centre de recherche International Crisis Group, la région d’Abyei
doit, en vertu de l’accord de 2005, bénéficier d’un statut
de zone autonome spéciale jusqu’en 2011, date à laquelle
elle pourrait choisir par référendum de rallier un éventuel
sud autonome. « Mais, il semble que les deux camps ne sont
pas d’accord sur ce règlement. Cette région est assez riche
que chaque partie veut la contrôler toute seule », explique
Ibrahim Nasreddine, analyste au Centre d’études africaines,
à l’Université du Caire.
La commission chargée de résoudre les litiges nord-sud avait
fait l’objet d’un accord le 3 novembre entre le SPLM et le
NCP du président pour sortir de la crise née de la décision
des sudistes de suspendre, le 11 octobre, leur participation
au gouvernement central pour protester contre ce qu’ils
considèrent comme des entraves mises par les nordistes à
l’application du CPA.
Les deux parties avaient estimé que les différends seraient
réglés à la fin d’une tournée africaine du président Béchir
et d’une visite aux Etats-Unis de M. Kiir. Or, des
déclarations de ce dernier lors de cette visite ont provoqué
la colère des nordistes, notamment lorsqu’il a dit, selon
les médias locaux, avoir perdu confiance dans le président
Béchir. Certains médias proches du nord ont vu dans cette
visite une tentative des sudistes d’exercer des pressions
sur Khartoum qui entretient de mauvaises relations avec
Washington. Cette visite avait eu lieu sur invitation
américaine. Le secrétaire général du SPLM, Pagan Amoum, a
abondé dans le même sens que M. Kiir, parlant de profonde
crise de confiance entre le nord et le sud et s’attardant
sur ce qu’il considère comme des atteintes aux droits de
l’homme dans le nord.
Maha
Salem